‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 52 sur 504 · Pensées, éd. de Paris, in-12, $ XX, p · texte numérisé non relu

Pensées, éd. de Paris, in-12, $ XX, p

qui se confie tout son cœur, aspiration douloureuse qui trouve en un frère aîné si ferme dans sa voie, si désintéressé, si scrupuleux, d’un si beau caractère, un dinhable objet, tout conspire à gagner son âme à la vérité qu’il comprend. Déjà même 1l va la préchant, non sans quelque intempérance, et quelques excès de logique : s’il écrit à son père, en commun avec Jean-Marie, et s’il vante, dans sa lettre, la résignation chrétienne à à la Pro vidence, € est pour pousser Je précepte jusqu’à l'indifférence totale et l'absolu mépris des choses d’icibast. Et s’il prend la plume, c’est déjà pour la mettre au service de l'Eglise. Témoin un article inédit sur les Zndulgences”, dont nous avons pu retrouver le manuscrit auto-

1. Arch. des Frères, n° 110. Lettre de M. de La Mennais du 8 avril 1803. 2. Voici cet article entièrement inédit :

Indulgences.

Un certain Abbé Gautier, qui signe, Le citoyen Prêtre Michel Gautier, fait réimprimer à Turin, en 1800, un Catéchisme sur les Indulgences, ou plutôt contre les Indulgences, composé par Mgr Sciarelli, évêque de Colle en Toscane, petit in-12 de 46 pages, y compris le frontispice et la préface.

L'auteur établit d'abord que « l'Indulgence est une rémission ou diminution de la pénitence prescrite par les canons à ceux qui seroient tombés dans quelque faute grave ». Il s'étend ensuite’ sur l’ancienne discipline relativement à la pénitence, et il convient que l'Eglise a le droit de dispenser des peines portées contre les pécheurs par les canons, toutefois avec beaucoup de réserves et sans que l’auteur se rende trop garant de ce qui en pourra résulter : car voici comme il s'explique (p.23) : « D. S'il en est ainsi, l'Eglise ne peut donc pas user arbitrairement du « pouvoir qu'elle a reçu de Dieu d'accorder des Indulgences ? R. Non « certes. L'Indüulgence est un acte de juridiction et même de justice, qui « présuppose une espèce de discussion et de jugement, pour savoir s’il con- « vient ou non de l’accorder, et en quel degré on doit l'accorder. De là « vient que toutes les Indulgences ne sont pas égales pour tous », etc.

Ces développements vont jusqu'à la page 24 où commence une autre question... Je vous avertis que ce n'est pas Luther qui parle:

« D. L’indulgence qui est accordée correspond-elle à un temps quel « conque pendant lequel on devait souffrir dans le Purgatoire ? J'avais oui dire, etc...

« R. C'est une erreur très grossière.

« D. Maïs n’y a-t-il pas dans l'Eglise un certain trésor inépuisable com- « posé des mérites de J.-C. et des saints, etc. ?..

« R. Vous êtes dans une très grave erreur. Votre trésor est une inven- « tion de quelques théologiens scolastiques qui vivaient dans les siècles « d'ignorance, lesquels ayant perdu de vue la réalité de l’Indulgence « qui consiste dans la dispense de quelque partie de la pénitence pr'es- « crite par les canons, pénitence tombée alors en désuétude; et qui, d’un « autre côté, trouvant dans la tradition que l'Eglise a le pouvoir d’ac- « corder des Indulgences, inventèrent un prétendu trésor, dont la dispo-

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graphe, et qui est de beaucoup le plus ancien qu’il nous ait laissé de sa main. Le document prouve que, dès le commencement de 1803, et peut-être même plus tôt, Félicité rompait des lances en faveur des doctrines qui, dans la religion catholique, sont trop souvent la pierre d’achoppement de ceux qui n’ont pas la foi, même lorsqu'ils en ont le désir. N’allons pas nous y tromper cependant : la conversion n’est pas complète. Retour imparfait encore de l'enfant prodigue et sauvage, timide réconciliation, elle l’assied au divin banquet, mais non loin des portes ouvertes, aux places que l’on garde aux passants. Le Christianisme est devenu pour lui une

« sition et la distribution dépendoit de la‘ Volonté et du bon plaisir de « l'Eglise ou plutôt du Pape. »

On a vu ce que c'est que les Indulgences selon l’auteur ; voyons selon lui encore comment l'Eglise doit les appliquer. |

« D. L'Eglise peut-elle user généralement envers tout le monde de cette « Indulgence, remettant en général à tous les pénitens tout ou partie de « leur pénitence ?

« R. S'il en était ainsi, l'E. bien loin d’être une fidèle dépositaire de la « puissance que Christ lui a confiée, en serait plutôt une dispensatrice « infidèle. J'ai dit que l’Indulgence se concède par une espèce de juge- « ment, un acte de juridiction et comme de justice, qui suppose un exa- « men précédent, une connoissance de la cause, et des motifs pressans « qui la déterminent à préférer l’indulgence à la rigueur. D’après cela « vous comprenez bien qu'une Indulgence accordée à tous indifférem- « ment ne peut avoir lieu. »

Mais s’il faut un jugement avant d'accorder une Indulgence, qui le portera? Les Evêques. « Un tel jugement appartient à ceux qui sont « dépositaires de l’autorité de J.-C., lesquels sont principalement les Ev. « Ce sont eux donc qui, selon l'ancienne commune et la décrétale citée « d'Alexandre VIII, doivent, dans les cas particuliers, avoir présents la « faute du pénitent,son état actuel, ses dispositions, afin d'user envers lui « de la bénignité et de la condescendance de l'Eglise. »

Tout cela est admirable, voyons ce qui suit:

P. 37. « D. Peut-on gagner l'Indulgence pour les morts?

« R. (L'auteur rappelle ses principes, puis il conclut) :

« Vous voyez bien que toutes ces conditions ne peuvent se vérifier par rapport aux âmes déjà jugées par Dieu. »

P. 42. « D. L’E. ne peut donc délivrer les âmes du Purgatoire ?

« Non certainement. »

« D. Mais est-ce qu'il n’est pas vrai qu’une messe célébrée à un autel privilégié délivre une âme du Purgat. ?

«R. C’est une de ces erreurs vulgaires qui déshonorent souverainement la Religion,scandalisent les hérét. (ce qui est beaucoup plus dangereux que de scandaliser les cath.) et exposent l'E. à la dérision des Libertins.

« D. Donc à quelque autel qu’on célèbre une messe pour les défunts, c'est la même chose ?

« Oui certainement. » k

Get article inédit est tout entier de la main de F. de La Mennais.

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opinion très probable, qu'il défend dans le monde, qu'il produit en conversation, mais qui ne gouverne encore ni son cœur, ni Sa vie !.

Cet état d'esprit, dans lequel M. de La Mennais dut retrouver Félicité, quand il revint d'Espagne en compagnie de Louis- Marie, le 26 juillet 1803?, après plus de dix mois d'absence, se prolonge jusqu’en mars 1804. Etat heureux sans doute, et pourtant tourmenté, parce que les vérités qui sont dans son intelligence n’ont pas encore trouvé l’accès de son cœur.

Comprenons bien sa misère : ses lectures, ses entretiens avee Jean-Marie, et ce besoin d'ordre qu'il éprouve, linclinent vers la vérité catholique. Il la comprend, elle le séduit comme un thème brillant à développer, il ne la vit pas encore. La Vérité dans son intelligence est comme une sublime étrangère : son àme n’en est pas changée. Il ne suffit point de savoir, il faut vouloir ce que l’on sait. Maïs si vouloir, c’est réformer entièrement sa vie, si vouloir, c’est mater l’orgueilleuse révolte qui vous détourne des aveux pénibles, si vouloir, c’est humilier jusqu’à cette pensée dont on est si fier, que de prétextes un esprit mobile, un cœur orgueilleux, une imagination forte et féconde trouveront pour ne pas vouloir! Ainsi la vérité habitera l'intelligence, et les mœurs et les habitudes resteront les mêmes. Et si quelque crise violente et décisive ne vient pas dénouer ce douloureux enchevêtrement de vérités et d'erreurs, de convictions et de lâchetés, d’affirmations et de trahisons, en éclairant d’un jour brutal ces tristes profondeurs de lâme, le mal peut survivre et durer, avec Pimpuissance désolante où nous sommes, le connaissant, d’en triompher.

Telle nous semble être, aux environs de juillet 1803, la situation misérable de Félicité. Situation d’autant plus douloureuse que les tempéraments comme le sien, nerveux et impressionnables, subissent plus que d’autres encore les influences du milieu : s’ils paraissent quelquefois devancer leur temps, c'est qu'avec une extrême et presque maladive sensibilité, ils en pressentent les premières émotions, à l'heure où ces légères secousses sont encore imperceptibles aux autres. Or, de 1800 à 1805, la renaissance religieuse éclate en France et s’y développe avec

1. Cf. SAINTE-BEUVE, Portr. contemp., t. I, p. 211. 2. Carnet inédit de Louis-Marie de La Mennais. Arch. des Frères.

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un entrainement extraordinaire. Sans doute le culte catholique n’avait jamais été entièrement suspendu, même sous la Terreur !. Mais n’était-ce rien que cette inquiétude perpétuelle, cette constante menace pour les pasteurs et les fidèles, ces craintes qu’un gouvernement faible comme celui du Directoire, même animé d’une bonne volonté qui lui manqua souvent, ne pouvait faire cesser ? | Tenons mieux compte des dispositions morales du pouvoir : dès le Consulat, les catholiques avaient goûté l’inappréciable bienfait de la sécurité. Les innombrables adresses de reconnaissance reçues par Bonaparte montrent à quel besoin profond du pays répondait cette politique ?. Lorsqu'on avait appris en Bretagne que le 5 juin 1800, neuf jours avant Marengo, le premier consul avait affirmé aux curés de Milan sa ferme intention de servir la religion catholique, sa religion, « la seule qui puisse procurer un bonheur véritable à une société bien ordonnée, et affermir la base des bons gouvernements à », la joie publique y avait éclaté sans mélange. On ne s’étonnera pas que le grand-père de Félicité, papa Mennais, comme on l’appelait, eût sur sa cheminée un buste du grand homme“. Après la signature du Concordat en juillet 1801, après sa mise en vigœueur en avril 1802, quels sentiments de reconnaissance et d'espoir animèrent tous les catholiques lorsqu'au mois d'août 1802, ils virent renaître et se développer une foule de communautés avec la permission et sous le contrôle de l'Etat ! Sœurs de la Charité, sœurs de Saint-Thomas, sœurs de Saint-Charles, sœurs Vatelottes, pendant le voyage de M. de La Mennais en Espagne, reprennent leur place dans l'assistance publique et

1. DEBIDOUR, l'Eglise et l'État, pp. 183-184. Il était même rétabli de fait en bien des endroits. Cf. ALB. CASSAGNE, la Vie politique de François de Chaleaubriand, in-8, Paris, Plon-Nourrit, 1912, t. I.

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