‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 55 sur 504 · PT SPAS NT OS · texte numérisé non relu

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trée au foyer avant le départ de son père, va, cette même année 1804; épouser. Ange Blaize !, et son prochain bonheur, et sa piété fervente mettent leur rayonnement autour d’elle. Tout s’ordonne autour de lui; s’il regarde en lui-même, tout est désordre, déchirement, conflit.

Le duel qu'il eut à la fin de 1803 pour un motif, paraît-il, futile?, et dans lequel il blessa son adversaire, a-t-il été le point de départ de la crise salutaire et décisive ? J’inclinerais à le croire. Le contraste ainsi violemment accusé dut frapper son imagination; et peut-être même se vit-il tombé plus bas qu’il n’était. L'absence de son frère, en retraite à Rennes depuis le mois d'août 1803, pour ses ordinations, la préoccupation dominante, rue Saint-Vincent, du mariage de sa sœur Marie, rendent Félicité à sa solitude morale. La maîtrise de ses pensées, de ses habitudes, de ses mœurs, que l'exemple et la société de Jean-Marie lui rendaient jusque-là facile, désormais il ne l’exerce plus. Une rechute s’est produite alors, un retour aux agitations, aux égarements, aux négations, aux faiblesses passées, et le duel fut sans doute le plus profond degré de cette chute.

Au commencement de mars 1804, lorsque Jean-Marie, prêtre nouvellement consacré, rentre à Rennes, Félicité-de La Mennais est déjà sur la voie du retour. Ecoutez plutôt comment, dans l’article inédit qu'il écrivit dans les premiers jours de 1804, à l’occasion de la réception de Parny par Garat à l’Académie française, 1l s’emporte avec véhémence, avec toutes les ardeurs de la foi totale, contre la corruption d’un Parny et les impiétés d’un Garat. On sait que la réception du poète licencieux de la Guerre des dieux par l’idéologue fit scandale dans certains milieux ?. L'article de Félicité de La Mennais nous apporte un écho de cette indignation :

« Si dans une séance publique de l’académie française, à

1. BLA1ZE, Œuvres inédites de F. Lamennais, t. 1, Introd., p. 21.

2. SAINTE-BEUVE, Portr. contemp., t. I, p. 212; BLAIzE, Œuvres inédites de F. Lamennais, t. I, Introd., p. 20. Ce passage de Napoléon Peyrat, Béranger et La Mennais, Correspondance, Entretiens et Souvenirs, ferait-il allusion à ce duel? l’auteur parle de « sa passion (de La Mennais) pour le cheval, la chasse, les armes, et de son audacieux défi à Surcouf, le fameux corsaire qui faisait trembler l'Océan Indien » (1 vol. in-16, Paris, Meÿruels, 1862, p. 111).

3. Cf. SAINTE-BEUVE, Portr. contemp., Paris, Didier, 1852, in-12,t. III, p. 147-150. La réception de Parny avait eu lieu le 28 décembre 1808 (6 nivôse an XII).

l’époque même où la philosophie y régnoit presque sans partage, le président de cette académie eût osé élever la voix pour justifier, louer, préconiser un livre infâme autant qu'impie, un livre qui attaque ouvertement ce qu'il y a de plus sacré chez les hommes, la religion etles mœurs, sans doute que l’indignation publique universellement manifestée eüt fait Justice sur le champ même d’un attentat qui eût annoncé dans son auteur le dernier degré de l’avilissement, de Pimpudence et de la rage. Aujourd’hui cet homme s’est trouvé, et il a été entendu sans murmures : ce fait seul suffiroit pour montrer combien en peu de temps nous nous sommes perfectionnés, et pour justifier en quelque sorte les espérances de M. Garat. Il ne sera peut-être pas inutile de le suivre dans les idées qu'il a développées vers la fin de son discours, très extraordinaire à tous les égards, pour me servir de l'expression la plus douce, et qui sûrement fera époque dans l’histoire des lettres et de la philosophie.

« Comme s’il eût soupçonné qu’on pourrait en douter, ilcommence par protester de la pureté de ses intentions. « Quand « les intentions sont pures, dit-il, on aime surtout à exprimer « sa pensée toute entière devant une assemblée choisie et nom- « breuse où la voix de la nature et de la conscience est toujours « sisüre de se faire entendre. » Ces idées, et Jusqu'à ces expressions ne rappellent-elles pas ces tems à jamais fameux, où en invoquant la nature et la conscience, on outrageoit également toutes les deux, où l’on égorgeoit, noyoit, massacroit avec des intentions pures, où pour le plus grand progrès des sciences et des arts, on en détruisoit les plus précieux monumens, on brüloit les bibliothèques, on guillotinait les artistes et les savans ? Y aurait-il donc quelques rapports de doctrine, de nature ou de conscience entre les hommes d’alors et M. Garat 1? »

A l’emportement du ton, mesurons toute la distance qui sépare ces pages de celles qu’en 1802-1803 Félicité dirigeait contre « le citoyen prêtre Michel Gautier ». Certes, le progrès est sensible, et l’enfant prodigue touche le seuil; il cite encore Garat dans la suite :

« En composant ce poëme (la Guerre des dieux), dit-il à M. Parny, en le publiant, et ce qui devant toutes les opinions

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