Inédit
MARECHAL. — La Jeunesse de La Mennais. 6
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pas impunément de son temps. Du moins, à la faveur de cette pesante citation, aborde-t-il, en la commentant, la question religieuse; et voyez de quel ton il le prend :
«On ne sauroit faire, dit-il, dela religion un éloge plus magnifique, et l’on n’en est ensuite que plus étonné d’appréndre qu’une religion qui à le pouvoir de retenir les passions sous le saint empire de la vertu, une religion pleine d'immortelles espérances, et où l’on puise tant de bonheur et de vertu, que cette religion, dis-je, a pour premier effet d’éteindre le seul flambeau qui puisse guider l'homme à travers tant de lénèbres et de dangers semés le long de la vie. Mais comment l’homme abandonné à ces dangers et dans ces ténèbres, pourrait-il trouver le bonheur et la vertu? Ce seroit bien là le plus heureux de tous les hazards, ou le plus grand de tous les miracles, et si la religion le fait, que demandez-vous de plus ? Que produira de plus précieux la raison, ce flambeau unique? Elle apprendra, dites-vous, à l'imagination à ne point s’effrager de ce cercle de reproductions et de destructions où tout sort du néant pour y rentrer. Eh! quoi, est-ce là cette vérité si importante, si certaine, si consolante, qu'il faille pour linculquer aux hommes appeller à son secours le charme des passions naturelles et leur séduction? Mais si elle est si certaine, pourquoi répugne-t-elle tant à l'esprit et au cœur de l’homme? Pourquoi at-elle besoin pour persuader de l'attrait du libertinage ? Si elle est si consolante, pourquoi ne produit-elle, le plus souvent, dans ceux qui en sont imbus, que la tristesse et le désespoir? Ah! sans doute il ÿ a bien loin de cette vérité-là aux erreurs de la religion, et le crime n’est pas plus éloigné de la vertut. »
Ce jeune apologiste de vingt-deux ans excelle déjà dans la dialectique; il sait mettre son adversaire en contradiction avec lui-même ; on doit lui rendre cette justice. Au reste, c’est encore et surtout, ici même, pour la morale qu’il combat : rappelons-nous avec quelle fierté son père célèbre, en toute occasion, la pureté des mœurs dans sa ville natale. Une nouvelle citation de Garat aiguille la question sur cette voie :
« La morale fondée sur des croyances qui peuvent s’ébranler, sur des espérances qui peuvent s’affoiblir, leur paroit trop incertaine, trop facile à être égarée; et ils veulent l’éta-