Inédit
Le trait, dirigé contre l’ancien ministre, est sanglant. Le jeune écrivain reprend aussitôt le discours de son adversaire :
«Ils pensent enfin que si la terre peut mériter un Jour que le législateur des mondes lève le voile qui le cache à nos regards, et interrompe le silence où il s’enveloppe, ce jour resplendira sur le genre humain: lorsqu'il se présentera à l'auteur des êtres parvenu aux derniers développemens des germes de perfectibilité déposés dans son intelligence. »
« J'avoue que j'ai été obligé de relire deux fois ce passage avant d’en croire mes yeux. Voilà M. Garat qui espere, qui attend une révélation; mais il pense qu’elle ne sera accordée à l’homme que lorsqu'il sera parvenu aux derniers dévelop-
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pemens des germes de perfectibilité déposés dans son intel-
ligence, c’est-à-dire jamais, ou quand il n’en aura plus besoin; car une perfectibilité à l'infini n’a point de bornes, ni de terme, et s’il était possible qu’elle en eût, il ne le seroit pas à Dieu même d’ajouter aux connoissances ou à la pertection d’un être infiniment parfait, puisqu'il n'y à rien au delà de l'infini. Si c’est là la seule révélation que les philosophes aient à craindre, ils peuvent done être fort tranquilles!. »
Certes, voilà le combat pied à pied contre la licence et l’impiété, voilà le vif élan d’un esprit qui semble, dès maintenant, religieusement convaincu. Hélas ! sous le dialecticien vigoureux et subtil, prompt à l'attaque et forçant l'adversaire, l’homme se dissimule à peine, hésitant, déchiré.
Il a cherché la vérité de bonne foi, déjà même il croit, avec l’aide de son frère, l’avoir trouvée; et s’il suffit d’avoir compris et bien défendu la doctrine pour mériter de s'asseoir au festin de réconciliation, il l’a comprise et défendue : mais il ne sait pas, mais il ne peut pas le vouloir. Et quelle est la racine, quel est le nœud de cette impuissance? D'où vient cette accablante apathie, ce vide d’idées, de sentiments et