‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 60 sur 504 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

d'énergies, qui le livre aux sursauts de l’instinct ? Ah ! c’est qu'il ne vit pas ce qu’il sait. Contre l’autorité vivante et parlante de l'Eglise, contre cette autorité que son intelligénce accepte, puisque volontiers elle s’arme de dialectique pour y asservir les autres, son cœur, que le joug indigne, se révolte secrètement. Non, jamais répugnance à croire, jamais incapacité de vivre une vérité que l’on justifie par des arguments vraisemblables, ne fut plus violente, ne régna plus tyranniquement sur une âme désemparée. Qui fera sentir au disciple de Rousseau qu’il doit, pour se guérir, s’ineliner, se soumettre ? Qui vaincra son indifférence ?

Sera-ce l'émotion que lui cause — à lui qui rêva d’un foyer — le mariage de sa sœur Marie, qui vient d’avoir vingt ans, avec Ange Blaize, qui en a vingt-six? Il est présent à la cérémonie, le 5 avril 1804, et Louis, son frère aîné, signe comme témoin !. — Sera-ce le chagrin qu’il éprouve, le 7 mai suivant, au lit de mort de son grand-père, Louis-François Robert, celui qu’on appelait dans la famille papa Mennais, et qui meurt âgé de 88 ans, à 11 heures trois quarts du matin? ?

Que d'événements propres à faire songer, se pressent dans

ces trois mois ! En mars, l’ordination de Jean-Marie; en avril, le mariage de Marie ; en mai, la mort du grand-père Mennais. Que d’appels de la destinée! Mais suffiraient-ils encore à convertir Félicité ? Quel saint produira ce miracle?

Un seul le pouvait: l’abbé Jean. Le jeune prêtre eut une inspiration qui révèle à la fois une bien intime connaissance de celui qu’il voulait conquérir, et son admirable vocation de pécheur d’âmes. C’est à ce cœur tendre et souffrant qu'il faut s’adresser, à ce cœur qui déjà, séduit et gagné par Jean- Marie, a su guider l'intelligence et la soutenir jusqu’à ces hauteurs voisines de la foi, auxquelles elle se tient maintenant. Certes, la tendresse de Féli pour Jean ne peut amener son esprit au delà de cette sympathie qui, préjugeant de la justesse des idées, les fait accueillir et défendre en paroles sans qu’elles puissent jamais devenir la chair et le sang de celui qui les emprunte. Mais Jean, maintenant, est prêtre; ce caractère, en lui, n’est pas séparable des autres. Féli Pau-

1. Arch. mun. de Saint-Malo., ann. 1804, reg. des actes de mariage, fol. 17.

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