Arch. mun. de Saint-Malo, décès, 1803-1804, fol
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rait-il oublié? Ce que l'affection pour le frère ne peut obtenir, l'affection pour le prêtre ne le gagnera-t-elle pas ? Refuser d'accepter cette base première de la vie de Jean, cette croyance sur laquelle il édifie son avenir, n'est-ce pas le repousser lui-même, est-ce encore aimer Jean? Mais ce qui contrarie V'inclination qu’il se sent maintenant à faire siennes toutes les idées de son frère, qu'est-ce autre chose qu'une obstination opiniâtre et blâmable dont le principe est dans l’orgueil ? Carune longue expérience lui a appris, il le sait, qu'il n’est pas d'idée, qu'il n’est pas de vérité qui s'impose si l’on ne s’élance vers elle! Qu'est-ce donc qui retient cet élan chez Féli, sinon une excessive complaisance pour soi-même, et pour ce qu'il y a de plus misérable et de plus caduc en soi, pour ce passé de faiblesse qu'il renie ? Quel geste à la fois évoquant la tendresse et brisant l’orgueil courbera cette âme insoumise et lui rendra la paix, si du moins elle peut la
trouver ? Ce geste, il vient d'inspiration à Jean. « Confesse- 8 ) P
toi», dit-il à Fél. — Confesse-tor — c’est-à-dire confie-toi tout entier à ce prêtre, ton meilleur ami, à ce frère qui, consacré par Dieu même, peut et doit tout entendre, peut et doit tout absoudre et tout oublier. Que l’amour t'aide à briser les rébellions de l’orgueil; avoue-le cet orgueil ; oblige-le de confesser tes faiblesses ; et que cet aveu, con-
traignant ton intelligence à reconnaitre l'obstacle auquel se
sont heurtés jusqu'ici tes désirs de croire, renverse d'un seul coup cet obstacle qui ne peut tenir que parce qu'il se dissimule et qu'il se sait ignoré. — A l'instant même, Félicité se met à genoux; et quand il se relève, l’œuvre du salut s’est accomplie, la grâce léclaire : « J'ai la foi, dit-il, et je suis surpris de n’avoir pas compris ce que tu m'exposais tout à l'heure. » Et lui-même le développant avec infiniment de force et de clarté, démontre avec évidence que, cette fois du moins, la vérité a pénétré son être, et qu'il est réellement converti!.
1. Cf. LaveiLe, J.-M. de La Mennais, t. I, pp. 47-48. C'est au cours d'un sermon à Saint-Brieuc que l'abbé Jean rappela en traits voilés cette conversion :
« Quelqu'un m’amena un jour un de ses amis qui s'était particulièrement appliqué à l'étude des mathématiques, et qui ne savait de la religion que ce qu'il avait lu dans les livres écrits contre elle. Ce pauvre jeune homme cherchait la vérité de bonne foi, ct je n'eus pas de peine à
- Aussitôt, il en veut donner un témoignage public. Foulant aux pieds le respect humain, il fait bientôt après, en 1804, sa première communion. Ce fut au mois de mai, in Aymnis et can- Hicis, à l’époque où communiaient les enfants nés en ces heures de trouble qui l'avaient écarté de la table sainte; ils accédaient en même temps que lui au port qu'il avait méconnu.
Peut-être, en se faisant professeur de mathématiques dans le collège ecclésiastique fondé en commun par Jean-Marie, M. Engerran et M. Vielle!, voulait-il réparer, dans lamesure de ses forces, l’inutilité complète, au point de vue du seul nécessaire, de ces années qu’il appellera désormais des années toutes de crimes. |
Et pourtant, quelque chose, nous le verrons, manque encore à cette conversion: la vie religieuse intérieure, sous forme non de privation, mais d’intime, d’ineffable union avec Dieu est un monde auquel il aspire déjà, auquel il ne renoncera jamais et qui, cependant, lui reste et lui restera sans doute à jamais fermé.
la lui découvrir. » (Cette première partie du développement s'applique tout à fait à la conversion intellectuelle de Félicité.) ï
« Cependant, il avait toujours une répugnance secrète dont il ne pouvait connaître la cause à croire un de nos dogmes (sans doute celui de l'autorité de l'Eglise). Les preuves que je lui en donnais ne lui paraissaient pas encore suffisantes pour soumettre pleinement sa raison, — « Confessez-vous », lui dis-je. A l'instant même, il se met à genoux; les larmes coulent de ses yeux, la grâce l’éclaire, et, se levant : « J'ai la foi, «me dit-il, et je suis surpris de n'avoir pas compris Ce que vous m'expo- «siez tout à l'heure, » Et le voilà de le développer lui-même beaucoup mieux et avec infiniment plus de clarté et de force que je ne l'avais pu faire. Depuis ce temps-là, chaque fois que je le voyais, il déplorait et l'ignorance et l’aveuglement dans lesquels il avait vécu ; il me communiquait les réflexions qui se présentaient à son esprit sur les plus hauts mystères du christianisme, et j'avoue que je n’ai jamais trouvé personne qui sût mieux les défendre et en qui se fût vérifié d’une manière plus frappante ce que dit l’Ecriture, que l'amour enseigne toutes choses : docebit vos de omnibus. » (Arch. des Frères.) Cf. Lettres inédites de J.-M, et F.de La Mennais, recueillies par H. DE Courcy, Paris, Bray,1862, in-16, p. 28, où l’on cite une annotation autographe de l’abbé Bruté déclarant que le frère de Félicité (l'abbé Jean) « l'avait regagné à Dieu »,