LAveILLE, J,-M. de La Mennais, t. I, p
I. La Réponse aux objections des athées. — II. Les vacances à la Chenaie : les Témoignages des philosophes modernes en faveur de la Religion chrétienne. — NI. Félicité de La Mennais contre le baron d'Holbach. — IV. Les Philosophes modernes jugés par eux-mêmes.
Si, comme Pascal l’a fait sentir, le moi est ce qui nous éloigne du divin, et si la machine rebelle s’oppose à la victorieuse invasion de Dieu dans les âmes, ne serait-ce pas 101 la cause des froideurs, des abandonnements dont souffre encore Félicité ? Suivant le conseil de Pascal, il brisera ces résistances par les pratiques et par les œuvres. Les derniers mois de 1804 et toute l’année 1805 sont consacrés à cet effort : jours de recueillement et de silence ; jours de travail, de paix et de confirmation dans la foi reconquise.
Félicité de La Mennais avait, dès le commencement du siècle, étudié les mathématiques sous la direction d’un de ses amis, M. Querret. Il lui faisait lire, en échange, Cicéron et Tacite *.
En 1804, notre héros, d'élève, devient maïtre de mathématiques à son tour. Il les enseigne dans le collège fondé en 1802 par son frère Jean-Marie et par MM. Engerran et Vielle. Ils viennent de s’adjoindre un quatrième collaborateur, l'abbé
1. Notice sur M. Querret, ancien professeur de mathématiques, ancien membre résidant de la Société royale académique de Nantes, par M. ANTonIN Macé, dans la Vigie de l'Ouest, n°* du 8 mai 1840 et suivants. Bibl. munic. de Saint-Malo
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Hay. Les classes ont eu lieu d’abord dans les mansardes de la vaste maison de M. Engerran : on avait voulu profiter sans tarder de l’autorisation donnée par Bonaparte de fonder conjointement avec les lycées que prescrivait la loi du 11 floréal an X (1er mai 1802) des écoles secondaires libres. M. Vielle s'était donc empressé de réunir aux élèves de M. Engerran, les quelques élèves qu’il instruisait chez lui. Le nouvel établissement recevait les enfants qui se destinaient à l’état ecclésiastique ; mais il accueillait aussi ceux qui, moins nombreux, il est vrai, se préparaient aux carrières civiles !.
Il fallut bientôt renoncer à loger comme pensionnaires dans la maison de M. Engerran les nouveaux venus qui ne tardèrent pas à affluer de Saint-Malo et des environs. On prit alors comme externes ceux qui habitaient la ville, et les autres furent logés dans des familles honnôtes : leurs parents leur envoyaient, les jours de marché, de petites provisions de beurre, de lard, d'œufs et de confitures. Une chambre de la maison de M. Engerran transformée en chapelle servait aux exercices religieux *.
Témoin de ces humbles et difficiles débuts qu'il soutient de tout son effort, Félicité de La Mennais comprend mieux à présent cette foi féconde en œuvres qu’il avait jadis méconnue. Où trouverait-on ailleurs de tels dévouements ? Et quels intérêts de la terre obtiendraient de Jean-Marie cette ardeur inlassable qui lui fait cumuler les fonctions de vicaire à la cathédrale, les charges de la prédication, les soucis de l’enseignement théologique au collège de Saint-Malo ? Songez qu’il a dû grouper ses élèves en plusieurs séries, et qu’il a jusqu’à trois cours par jour?! L’enseignement des sciences, pour tout le collège, ne laisse guère non plus de loisir à Félicité #.
1. E. Herpin, etc., Histoire du Collège de Saint-Malo, 1 vol. in-8, Ploërmel, imprimerie Saint-Yves, Ir partie, chap. IV, pp. 35 et sq.