‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 75 sur 504 · Ibid., liv. I, chap. var · texte numérisé non relu

Ibid., liv. I, chap. var

et les grands philosophes du dix-septième siècle ne résiste à l'examen. D’Holbach rend hommage à Descartes, « restaurateur de la philosophie », mais lui interdit de conclure de l’idée de Dieu à son existence. Pour lui comme pour la plupart de ses contemporains, le système de Spinoza, dont ils se font d’ailleurs des idées si fantaisistes, est le prolongement logique des principes du cartésianisme, et Malebranche est un anthéiste inconscient.

Le théisme n’est pas plus solide que les traditions religieuses. Son tort est de croire que l'erreur et la tromperie peuvent tourner au profit du genre humain, qu'une opinion utile doit être considérée comme vraie. « Nous examinerons si les avantages de la croyance en Dieu sont aussi réels qu'on le dit; en attendant, il est question de savoir si l'opinion de l'existence d’un Dieu est une erreur ou une vérité. » Or la notion de Dieu est une erreur, et toute erreur est funeste. L'optimisme du déiste est une étrange infatuation : la nature, mélangée de biens et de maux, est dominée par la loi de la guerre; l’on ne peut attribuer raisonnablement à son auteur «ni bonté, ni malice, ni justice, ni injustice, ni intelligence, ni déraison ! ». ;

Sans doute le théiste, cet enthousiaste heureux, est moins dangereux que le superstitieux atrabilaire; mais les dieux de l’un et de l’autre sont des chimères, et jamais il n’y aura qu’un pas du théisme à la superstition. Les superstitions religieuses ne sont que des théismes dénaturés : telle la doctrine de Socrate corrompue par Platon et par les néo-platoniciens ; et Ja doctrine de Jésus, méconnue par ses principaux disciples.

Le théisme n’est donc pas moins erroné que les superstilions religieuses. Or, si lutile n’est pas nécessairement le vrai, en revanche, le vrai ne peut être qu'utile, et il y a un intérêt majeur pour la morale et pour la société à en poursuivre la recherche. Ce ne sont done pas les notions théologiques qu’il faut donner pour base à la morale, mais celle de la nécessité des choses : notre propre conservation, notre propre bonheur, auquel nous tendons naturellement, conditionné par le bonheur des autres, fait le fondement de l'obligation morale. Au contraire, en fondant la morale sur l'existence de Dieu, on est conduit à la plus funeste résignation, celle qui

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