Témoignages, p
Un sentiment commun aux sauvages et aux docteurs a bien
des chances pour être universel — et le consentement du
genre humain est, aux yeux de Rousseau lui-même, une marque de vérité.
Ce n’est pas tout ; Félicité extrait encore ces lignes « Demandez à un sauvage ce quifait marcher votre montre, il vous répondra : c’est un esprit. Demandez à nos docteurs ce quifait marcher l'univers ; ils vous diront : c'est un espriti.»
Ont-ils tort les uns etles autres ? Mais plutôt, comment d’Holbach n’aurait-il pas tort lui-même de penser autrement qu'eux ? les rouages de la montre ne se sont pas assemblés seuls, c’est un esprit qui les a assemblés, suivant une intention, et pour réaliser une fin; et s’il faut un esprit pour construire une montre, comment n’en faudrait-il pas un pour construire l'univers ? Sans doute le sauvage ignorant ne connaît pas les causes secondes, et le théologien néglige volontiers de s’en occuper; mais lignorant n'est-il pas aujourd’hui celui qui, reculant en deçà de la sauvagerie primitive, ignore la cause première que le sauvage même reconnaissait ? L’athée ne s’aperçoit pas qu'en voulant traiter les théologiens de sauvages ignorants, 1l réédite la fameuse preuve
des causes finales, la preuve physico-théologique vulgarisée
sous cette forme : S’il faut un architecte pour bâtir une maison, à plus forte raison a-t-il fallu un créateur pour construire lPunivers. La preuve se dresse contre l’athée, et c’est lui-même qui l’a produite : Mentita est iniquitas sib.
Cette preuve téléologique est celle-là même contre laquelle d'Holbach a surtout bataillé; dans le passage où son adversaire a trouvé des armes contre lui, il s’essayait, selon son habitude, à ridiculiser le finalisme. Le ridicule, en fin de compte, est pour lui : on aperçoit le sourire... Aïlleurs encore, on le retrouvera; notre baron allemand s’évertue au $ 43 du Bon Sens à prouver le déterminisme universel : « Ainsi donc, direz-vous, l’homme intelligent, de même que l’univers et tout ce qu’il renferme, sont les effets du hazard! non, vous répéterai-je, l'univers n’est point un effet; il est la cause de tous les effets : tous les êtres qu’il renferme sont des effets nécessaires de cette cause, qui quelquefois nous montre sa façon d'agir, mais qui bien plus souvent nous dé-