Témoignages, p
robe sa marche. Les hommes se servent du mot hazard pour couvrir l'ignorance où ils sont des vraies causes : néanmoins, quoiqu’ils les ignorent, ces causes n’agissent pas moins d'après des loix certaines. Il n’est point d'effets sans causes.
« La Nature estun mot dont nous nous servons pour désigner l'assemblage immense des êtres, des matières diverses, des combinaisons infinies, des mouvements variés dont nos yeux sont témoins. Tous les corps, soit organisés, SOI non organisés, sont des résultats nécessaires de certaines causes faites pour produire nécessairement les effets que nous voyons. Rien dans la Nature ne peut se faire au hazard; tout y suit des loix fixes; ces loix ne sont que la liaison nécessaire de certains effets avec leurs causes. Un atôme de matière ne rencontre pas fortuitement ou par hazard un autre atôme; cette rencontre est dûe à des loix permanentes, qui font que chaque être agit nécessairement comme il fait, et ne peut agir autrement dans des circonstances données. Parler du concours fortuit des atômes, ou attribuer quelques eflets au hazard, c’est ne rien dire, sinon que l’on ignore les loix par lesquelles les corps agissent, se rencontrent, se combinent ou se séparent.
«Tout se fait au hazard pour ceux qui ne connoïssent point la Nature, les propriétés des êtres et les effets qui doivent nécessairement résulter du concours de certaines causes. Ce n’est point le hazard qui a placé le soleil au centre de notre système planétaire, c’est que par son essence même la substance dont il est composé doit occuper cette place, et de là se répandre ensuite pour vivifier les êtres renfermés dans les planètes. »
Voilà de solides raisons contre les partisans du hasard. Mais tandis que le baron d'Holbach aligne contre eux non sans quelque lourdeur, ses arguments, tout préoccupé de bien comprendre Bayle, et de ne point s’écarter de la voie du matérialisme auquel il prétend aboutir, le malin Breton le guette au détour du chemin, et oblige à confesser lui-même qu'il vient d’avouer cét ordre universel contre lequel il s’est tant dépensé. Je l’entends distinctement qui s’écrie : « O lourdaud d’Allemand (vous savez qu'il est sans respect dans sa gaité comme dans ses colères), se peut-il que vous m’accordiez qu'il n’y a pas d’effet sans cause, que tout a lieu d’après
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des lois certaines et nécessaires, et que vous n’aperceviez pas la conséquence qu'il en faut bien tirer, s’il est vrai que toute loi suppose un législateur, et tout effet une cause, par rapport à l’univers, qui n’est qu’une série d’effets ordonnés suivant des lois? Vous l’avez dit, cependant :
« Les hommes se servent du mot hazard pour couvrir l'ignorance où ils sont des vraies causes : néanmoins, quoiqu’ils les ignorent, ces causes n’agissent pas moins d’après des lois certaines. Il n’est point d'effets sans causes. Parler du concours fortuit des atômes ou attribuer quelques effets au hazard, c’est ne rien dire, sinon que l’on ignore les lois par lesquelles les corps agissent, se rencontrent, se combinent et se séparent !. »
Pure distraction d’un athée qui, tout à sa chimère de divimiser la nature, n’a pas songé qu’à l'instant même, il ren-
dait les armes aux finalistes. Sans doute sera-t-il plus dan-
gereux en attaquant directement les croyants; Félicité s’arrête au $ 78, et lit: « Le mal physique passe communément. pour être la punition du péché. Les calamités, les maladies, les famines, les guerres, les tremblements de terre sont des moyens dont Dieu se sert pour châtier les hommes pervers.
. Aïnsi l’on ne fait pas difficulté d'attribuer ces maux à la sévé-
rité d’un Dieu juste et bon. Cependant ne voyons-nous pas ces fléaux tomber indistinctement sur les bons et sur les méchants, sur les impies et sur les dévots, sur les innocents et sur les coupables ? Comment veut-on nous faire admirer dans ce procédé la justice et la bonté d’un être, dont l’idée paraît si consolante à tant de malheureux ? » — Il n’y a rien là dont un enfant qui sait son catéchisme ne puisse aisément se Jouer : nous n’avons sondé ni les reins ni les consciences, et qui peut se dire innocent ? Et du reste ces maux, du point de vue surnaturel, ne sont que des épreuves destinées à nous faire gagner léternelle félicité des justes. Notre lecteur passe donc sans s'arrêter; il continue: « [1 faut sans doute que ces malheureux aient le cerveau troublé par leurs infortunes, puisqu'ils oublient que leur Dieu est l'arbitre des choses, le dispensateur unique des événemens de ce monde ; dans ce cas ne serait-ce pas à lui qu'ils devraient s’en prendre des maux dont ils voudraient se consoler entre ses bras ?