‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 84 sur 504 · Le Bon Sens, etc · texte numérisé non relu

Le Bon Sens, etc

au même instant, et de la plume même du philosophe qui fait bon marché de l’histoire, cette maxime par laquelle il se condamne lui-même avec ses pareils : « Ce n’est jamais impunément que l’on trompe les hommes!. » Ils’amuse aussi — car n'oublions pas qu’il est en vacances —— à transformer en « sermon sur les dangers de ne point penser à Dieu » la démonstration du baron d’Holbach : que l’idée dé Dieu n’en impose à personne, et n’occupe réellement que des « rêveurs ?». « Les hommes, enseigne notre Allemand, les hommes pour la plupart pensent rarement à Dieu, ou du moins n’en sont pas fort occupés. Son idée a si peu de fixité, elle est si affligeante, qu'elle ne peut arrêter l'imagination que de quelques réveurs tristes et mélancoliques, qui ne constituent pas le plus grand nombre des habitans de ce monde. Le vulgaire n’y conçoit rien ; son fable cerveau s’embrouille dès qu’il veut y penser. L'homme d’affaires ne songe qu'à ses affaires; le courtisan à ses intrigues; les gens du monde, les femmes, les jeunes gens à leurs plaisirs; la dissipation efface bientôt en eux les notions fatigantes de la religion. Les ambitieux, les avares, les débauchés écartent soigneusement des spéculalions trop faibles pour contrebalancer leurs passions diverses. » ; , Encore une fois, tout le passage en italiques revient à juste titre à Pascal, et méritait d’être conservé® : d’Holbach y constate, après l’auteur des Pensées, cette incroyable aberration de la nature corrompue, qui, pour échapper à sa trop réelle misère, ne trouve de ressource qu’à se divertir : elle se plonge ainsi plus avant et s’égare à jamais dans cette misère même. Ce n’est donc pas, au fond, le procès de la religion qui a bien connu l’homme, c’est le procès de l'humanité, c’est sa propre condamnation que le philosophe développe dans la suite : « À qui est-ce que l’idée de Dieu en impose? c’est à quelques hommes affaiblis, chagrins et dégoûtés de ce monde; à quelques personnes en qui les passions sont déjà amorties soit par l’âge, soit par les infirmités, soit par les coups de la fortune. La religion n’est un frein que pour ceux que leur tempérament ou les circonstances ont déjà mis à la raison. La crainte de Dieu n’empêche de pécher que ceux qui

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