SAINTE-BEUVE, Causeries du lundi, t. 1, p
2. Guizor, Mémoires pour servir à l'histoire de mon lemps, 8 vol. in-8, Paris, Michel Lévy, t. I, p.5.
3. SAINTE-BEUVE, Portr. de femmes, p. 107 (art. sur Mme de Staël).
En face de cette réaction menaçante, etdont, à partir de 1796, ils pressentaient de mieux en mieux le succès, ils persistaient à détendre la philosophie telle que l’entendaient les idéologues.
Mme de Staël les réunissait chezelle à diner une fois par décade :
Garat, Cabanis, Chénier, Ginguené, Daunou, Destutt de Tracy étaient ses hôtes Les plus habituels. Goût exclusif pour les sciences physiques et naturelles, tendance accusée au matérialisme, antichristianisme et phobie religieuse, confusion du moral et du
social, et réduction du premier au second en même temps qu'au
physique, les traits marquants du dix-huitième siècle philosophique se retrouvent chez les idéologues. Et si, comme on l’a lit, on remonte de cette seconde génération d’idéologues à la précédente, à celle d’un Sieyès, qui songe à faire connaitre Kant; d’un Rœderer, qui relève de Rousseau, de Turgot, de Smith, ets’occupe de faire traduire Hobbes ; des Volney, Dupuis, Maréchal et Naigeon, qui rappellent Helvétius, d’'Holbach, Diderot, Mably; d’un Saint-Lambert, représentant d'Helvétius et de Voltaire; enfin des continuateurs de Locke, Bonnetet Condillac !, on comprendra combien on est fondé à dire qu'avec Pidéologie c’est tout le dix-huitième siècle des philosophes qui s’insinue, Ou mieux, qui s'affirme énergiquement, au début du dix-neuvième siècle, face à la reconstruction religieuse dont Fontanes, Chateaubriand, Bonald, J. de Maistre, La Harpe et tant d’autres sont en train de poser les assises.
Un autre genre de péril menace l’Église de France et paraît plus imminent encore. Après avoir hautement favorisé le mouvement religieux, l’empereur laisse entrevoir maintenant ses véritables intentions, et la mainmise qu'il veut opérer sur l'Eglise et sur le clergé. Déjà la réception de Pie VII en France, le soin qu’on avait pris de dissimuler son passage, autant qu'il était possible, aux populations, la précaution de le faire entrer dans Paris la nuit, l’inconvenance de cette demi-heure d’attente à laquelle Napoléon, le jour du sacre, avait soumis le Saint-Père, son geste fameux, lorsqu’il lui avait arraché la couronne des mains pour se couronner lui-même, autant d'incidents qui, à l’heure où s’affirmait le plus hautement, à la face du monde, Punion du jeune empereur et de la papauté, accusaient, pour les obser-
1. Cf. PIcAvET, les Idéologues, in-8, Paris, Alcan. 1894. I] ne s’agit ici, on l’a bien compris, que de la manière dont Saint-Sulpice et son groupe envisageait alors l'idéologie.
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vateurs perspicaces, de prochains et graves dissentiments !. A partir de 1805, les empiétements du pouvoir civil sur
le pouvoir religieux vont se multipliant : les curés qui se
permettent un blâme, une attitude déplaisante, ou même qui se montrent simplement tièdes dans la louange, sont mis en prison. L'empereur s'applique à empêcher tout concert entre les membres du eélergé : il ne souffre guère qu'ils s’assemblent, et même il ne veut pas qu’ils lisent où qu’ils écrivent trop. Il tient sévèrement en bride la presse ecclésiastique, et prescrit, | précisément au début de 1806, que toutes les publications périodiques ayant un caractère religieux soientréunies en une seule, le Journal des Curés, qui sera soumis à l’étroite surveillance de la police ? En mai 1806, lorsqu'il institue en principe l'Université, il décide que les emplois ecclésiastiques de quelque importance, comme les cures de 1re classe, ne seront donnés qu'aux candidats pourvus des grades qu’elle peut seule conférer. Bientôt même, il ajoute qu'on refusera ees grades aux postulants connus pour avoir des idées ultramontaines où dangereuses à l’autorité3. Le clergé doit être une milice noire à son service, et les évêques doïvent s’employer pour lui de la même manière que les préfets. L’ambition de l'empereur va plus loin : il voudrait faire du pape le premier de ses préfets spirituels, et l'avoir entièrement dans sa main #. Désormais, il n'aura plus à la bouche que l'Eglise gallicane et les libertés de 1682, et à mesure que, depuis 1805, son dessein de dépouiller le pape de ses États s’accuse davantage, on aperçoit aussi plus clairement la fin dernière à laquelle 1l tend, qui est d'opprimer l'Eglise, et de la réduire à n’être dans sa main qu'un docile instrument du pouvoir.
Déjà certains symptômes font pressentir les difficultés menaçantes : la police, en sous-main avertie d’avoir l'œil aux «intrigues des cagots », va, d’un zèle un peu prématuré, mais bien significatif, mander Frayssinous et lui susciter quelques premières difficultés au sujet de ses conférences ?.
1. Comte D'HAUSSONVILLE, l'Église romaine et le Premiér Empire, VI. Cf, Dewinour, l'Église et l'État, p. 242.
2, Lettre à Fouché, du 7 février 1806.