Cf. SAINTE-BEUVE, Portr. lit{., 11, pp. 268-269, note
9. Cf. GEOFFROY DE (GRANDMAISON, la Congrégalion, 1 vol. in-8, Plon- Nourrit, 2° édition, 1890.
et a Be 1
gieuse d’une époque n’est pas dans ces cheminements obscurs, dans ces galeries souterraines qui facilitent la construction de l'édifice et en assurent la solidité, mais qui ne le constituent pas. Il existe pour chaque époque, dans l'ordre religieux, une région dominante, sorte de point stratégique d’où lPhistorien embrasse la situation tout entière. Saint-Sulpice construit l'édifice religieux de l'Empire. Par ses préoccupations enselgnantes, il tient au monde, et rien de ce qui s’éveille au dehors dans l’ordre littéraire, pour peu qu’il touche à la philosophie et à la religion, ne lui demeure étranger.*Par la tâche même qui est sa raison d’être, il guide et domine le clergé, et non seulement les prêtres, mais encore les évêques, et l'oncle même de l’empereur. Le caractère de son supérieur, l'autorité considérable qu’il s’est acquise, font que Saint-Sulpice a les mains à la fois dans l’Église, dans le siècle, et jusque dans les conseils de Napoléon !. Se placer aux côtés de l’empereur et parmi ses comparses, c’est se placer plus haut peut-être, mais en dehors. Se mettre au point de vue de la Congrégation, comme on l’a fait avec tant de pénétration et de talent, c’est entrer dans la place, mais pour l’objet qui nous occupe, descendre trop bas; Saint-Sulpice seul nous met au centre.
Le siècle, j’entends le siècle religieux, dans lequel il est fortement engagé, remonte à Louis XIV pour y trouver son point d'appui. Fontanes, par tempérament et par hérédité, se rattache à Racine, dont Sainte-Beuve a dit qu'il apparait, à la fin du dix-huitième siècle, comme une image un peu effacée pâlissante et ressemblante. Après avoir traversé jusqu'aux approches de la Révolution ces eaux glacées du voltairianisme pour lequel il n’était pas fait, il est revenu au Christianisme. S’il est de son siècle par certaines teintes philosophiques et sentimentales qui se mêlent à l’inspiration religieuse, il n’en reste pas moins le dernier des classiques, l’adorateur du dixseptième siècle. Pour le bien comprendre il ne faut pas séparer la passion du grand siècle de ce rôle d’excitateur religieux et de mentor littéraire, que cet esprit si modéré joua auprès de René, et qui représente sa contribution véritable au Génie du Christianisme et peut-être, aux yeux de l’avenir, son plus durable titre de gloire ?.
1. Archives de Saint-Sulpice. Correspondance inédite de M. Emerv. 2. SaTE-BEUvE, Portr. litt., t. Il, Fontanes, p. 211. -
En littérature surtout, Fontanes attaque vivement l'erreur chère aux sophistes et aux rhéteurs qui voudraient que les siècles du goût n’aient pas été ceux de la philosophie et de la . raison. « À l'exception de trois ou quatre grands modernes, qui appartiennent encore au siècle dernier, Racine, Corneille, La Fontaine, Boileau, Molière, Pascal, Fénelon, La Bruyère et Bossuet ont répandu plus d'idées justes et véritablement profondes que ces écrivains à qui on a donné l’orgueilleuse. dénomination de penseurs,comme si on n’avait pas su penser avant eux avec moins de faste et de recherche !. »
C’est donc par le retour au dix-septième siècle, que Fontanes contribue dès lors à la réparation religieuse et sociale qu'il appelle de ses vœux. Il a plaidé cette cause avec La Harpe
,et l'abbé de Vauxcelles dans le Hémorial qui tenait campagne
dès 1797 contre les idéologues?. Et l’on s'explique ainsi comment 1l fut conduit à louer dans le Mercure, comme une œuvre classique, et renouant la chaîne interrompue du dixseptième siècle, le Génie du Christianisme à la genèse et à Pachèvement duquel il avait tant contribué. L'ouvrage avait paru le 14 avril 1802, et c’est encore au titre classique qu'il provoquait l’enthousiasme de La Harpe et de tout le parti du réveil religieux #. Grâce à Fontanes, au berceau du. romantisme, ombre du grand sièele veillait.
A la même époque, venu de plus loin que Fontanes à l’union des idées classiques et chrétiennes, Joubert s’y était pourtant élevé. Ballanche, dans un ouvrage qui annonçait déjà le Génie du Christianisme, faisait de larges emprunts au dix-septième siècle, à Bossuet et surtout à Pascal dont il citait complaisamment les Pensées. Gardons-nous d'oublier Bonald, parvenu