Correspondance , t. II, p. l'J
« à sa vue, » écrit-elle ; mais elle se cache ; « je « ne voulus pas troubler sa soirée1. »
En automne, il est à Milly froidement reçu par son père et par toute sa famille, malade, n'en pouvant plus : « Je me vois décliner peu à peu, « dit-il à Virieu, tous les genres de malheur se « sont donné rendez-vous sur ma triste car- « casse et j'approche de tous côtés de ma ruine « totale 2. ;)
Il trouve le moyen de travailler pourtant, aux intervalles de répit à ses souffrances; il ébauche une tragédie de Brunehaut, un Mérovèe, un Clovis^ termine son Saùl et fait une Médée. Cette dernière tragédie nous a été restituée par Mmc de Lamartine, en 1881, et figure dans le volume des poésies inédites. Elle ressemble aux premières tragédies de Racine, on y sent l'influence des grands tragiques grecs. Elle se déroule en cinq actes de grands vers corrects, un peu froids.
A sa dernière page, elle porte cette mention :
« Commencé le 1er octobre 1813, à Milly. » « Fini le 20 novembre 1813, à Milly. »
1. Le Manuscrit de ma mère, p. 174. •'. Correspondance f t. II, p. 21.
Notre poète égaie l'austérité de ses occupations et délasse son àme par de friandes réminiscences de son escapade prolongée de l'été. Il envoie à Laurent de Jussieu, son camarade, des vers intitulés : Souvenir.
Ce n'est plus la muse grecque qui l'inspire, c'est celle de Parny; il est ressaisi par son temps :
Te souvient-il de ces moments trop courts
Où, partageant et nos goûts et nos peines,
Aux vieux échos des forêts de Vincennes
Nous racontions nos vers et nos amours ?
Il n'oublie pas le cabriolet dans lequel l'avait aperçu sa mère, et qui le ramenait de ses excursions :
Un char léger par ton ami conduit, Dans le séjour du tumulte et du bruit Reconduisait le couple poétique { .
Mais les temps ne sont pas à la poésie. Nous sommes à la fin de 1813; la guerre est déchaînée, la France est envahie.