‹ La jeunesse de LamartineChapitre 104 sur 227 · idem, t. Il, p · texte numérisé non relu

idem, t. Il, p

il passe l'automne, son cher automne, « dans sa « cellule, les pieds dans ses sabots ». Il dépose son grand sabre de garde du corps et, sous les douces influences du foyer, il redevient l'enfant de ses montagnes :

« Oh ! combien Ton vaut mieux dans la « retraite des champs ! s'éerie-t-il dans une « lettre a Yirieu. Combien l'on retrouve de senk timents que Ton croyait à jamais perdus ! « Combien lame reprend de ton et le cœur de « puissance ! Combien l'imagination s'agrandit « et se réchauffe!... Tout ce que nous avons « senti si fort dans notre bon temps, je le sens « depuis trois jours ; je me reconnais et je <( retrouve autour de moi mille sensations

« oubliées Sais-tu ce que c'est que des

« jours pluvieux, nébuleux, orageux d'automne « sur nos coteaux ? Comprends-tu le charme de « ces vents harmonieux qui ébranlent mes « fenêtres et font crier ou siffler nos arbres « déjà défeuillés? Peux-tu te peindre les délices « que je trouve à parcourir, sous mon manteau, « nos vignes dépouillées, à grands pas et comme « un homme pressé par Forage?... Je suis rede- « venu... tout ce que j'étais il y a cinq ans,

« tout ce que nous étions en sortant des mains « de l'admirable, de l'adorable nature. Le croi- « ras-tu ? Je sens mon cœur aussi plein de sen- « timents délicieux et tristes que dans les pre- « miers accès de fièvre de ma jeunesse. Je ne « sais quelles idées vagues et sublimes et infi- « nies me passent au travers de la tète à chaque <( instant ; le soir surtout, quand je suis, comme « à présent, enfermé clans ma cellule et que je « n'entends d'autres bruits que la pluie et les « vents. Oui, je le crois, si, pour mon malheur, « je trouvais une de ces figures de femme que « je rêvais autrefois, je l'aimerais autant que « nos cœurs auraient pu aimer, autant que « l'homme sur la terre aima jamais. Mon cœur « bondit dans ma poitrine, je le sens, je l'en- « tends ; Dieu sait tout ce qu'il contient, tout « ce qu'il désire. Pour moi, je jouis et je souffre « de cet état et je sens tomber quelques larmes: « Oui, si cela durait, il faudrait sans doute « mourir; mais je mourrais, du moins, avec « quelques sentiments nobles el vertueux dans « l 'âme L » »

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