f.c Manuscrit de ma mère, p
•J. Correspondance, t. II, p. 116.
santé lorsqu'il lui fut ravi. En août, en septembre, le mal empira. Les médecins consultés ne permirent pas le voyage.
C'est alors que, entre le 16 et le 23 septembre 1817, le poète jette l'immortel cri du Lac, cri sublime qui a retenti dans tous les cœurs, d'une douceur , d'une tristesse infinie, mouillé des larmes des choses mêlées aux larmes humaines. Le Lac est un chant païen encore, comme celui des Elégies à Graziella, mais il est émouvant comme un chœur d'Eschyle, comme un appel aux divinités bienfaisantes de la terre et des eaux. Notre poète, dans un petit coin de la Savoie, associe à son amour, au souvenir d'une soirée d'été, puis à sa douleur, toutes les puissances de la nature ; il leur donne une âme, les évoque et elles répondent à sa voix.
Voilà des accents que ne connaissait guère la poésie française !
Mme Valentine de Lamartine a publié la première version du Lac. Elle est datée d'Aix-en- Savoie, septembre 1817 et intitulée : Ode au lac du B... Elle contient plusieurs variantes de peu d'importance, mais renferme une addition d'un grand intérêt.
Après le vers :
Il coule et nous passons !
se trouvent les deux strophes suivantes supprimées dans l'édition définitive :
Elle se tut; nos cœurs, nos yeux se rencontrèrent. Des mots entrecoupés se perdaient dans les airs, Et dans un long transport, nos âmes s'envolèrent Dans un autre univers.
Nous ne pûmes parler; nos âmes affaiblies Succombaient sous le poids de leur félicité, Nos cœurs battaient ensemble et nos bouche9 unies Disaient éternité !
Juste ciel! se peut-il que ces moments d'ivresse
Plus loin, au lieu de : « ces extases sublimes, » est la variante si significative : « ces délices sublimes. »
Ainsi est expliqué le caractère vrai de l'amour de Lamartine et de Julie.
Ce ne sont pas les deux êtres séraphiques, creux, les deux ombres qui promènent leur silhouette vague, éthérée dans Raphaël,
Ce n'est pas Julie qui déplaisait tant à Saint- Marc Girardin, « cette Julie a la fois frêle et « ardente, passionnée comme une créole et « chaste comme une malade, enivrant son âme « sans scrupule parce qu'elle sait qu'il n'y a en « elle que l'âme qui puisse s'enivrer, mettant « dans tous ses sentiments je ne sais qu'elle mys- « ticité voluptueuse qui touche à l'indécence et « qui en prend presque le langage quoiqu'elle « en rejette les instincts1. »
Non, c'est une femme jeune, sensible comme toutes celles de sa génération, dont le cœur encore n'a pas battu et qui s'ouvre à l'amour sous le souffle d'une poésie savoureuse, nouvelle que lui soupire un jeune homme qui l'aime. Elle est femme, elle l'aime; elle s'abandonne, parce qu'elle aime et qu'elle est aimée.
C'est Lamartine, à vingt-six ans, d'une imagination ardente, féru d'idéal, et de désirs aussi, qui, un jour, découvre l'objet de ses rêves dans une personne qu'il rencontre, qui l'adore comme une idole, mais qui a des sens et qui, sous l'idole, trouve la femme.
1. Cours de littérature dramatique, t. IV, p. 121, 122, in-12. Charpentier.
C'est l'amour vrai parce qu'il est humain.
M. Alexandre ne peut pas prendre son parti de cet amour-là; il veut, à toute force, séraphiser : « Le baiser sous les étoiles, dit-il, n'est « pas un péché. C'est l'ivresse idéale ; il a de « la terre et du ciel1. »
Le 23 septembre, notre malheureux amant est au Grand-Lemps, chez son ami Virieu, ne pouvant écrire qu'un mot à Mlle de Canonge, tant il est faible : « Voici, mademoiselle, un vrai bulle- « tin, car mes forces ne vont pas au delà; j'ai « la fièvre presque continuelle depuis quinze « jours2. »
Au commencement d'octobre, nous le retrouvons à Bourgoin plus calme, presque rasséréné, y faisant Y Ode aux Français.
Peuple ! des crimes de tes pères Le ciel punissant tes enfants...3 »
Cette ode est, en politique, ce que Y Ode au Génie est en religion : l'apologie dos siècles passés. C'est de Lamartine du droit divin , de