‹ La jeunesse de LamartineChapitre 126 sur 227 · Première* méditations poétiques · texte numérisé non relu

Première* méditations poétiques

« preuve que paraissait fournir l'instinct. Si « Lamartine n'aimait pas, n'aurait-il plus ni foi « ni espérance ? On regrette de voir glisser en « madrigal un poème d'une aussi incontestable « beauté K »

La première version de V Immortalité qui nous est donnée dans les poésies inédites offre quelques variantes ; elle est plus intime et débute ainsi :

Le soleil de nos jours pâlit dès son aurore, 0 ma chère Julie

L'interrogation y est plus amère. La plainte qui va avoir toute son intensité dans Le Désespoir et dans l'épitre à Byron se fait timidement entendre ici. Déjà la blessure saigne ; l'amant va perdre tout ce qu'il aime et il a bien de la peine à se résigner !

Après ce vers :

Est-ce pour le néant que les êtres sont nés ?

se trouvent ceux-ci qui ont été supprimés plus tard :

1. Étude sur « V Immortalité », par M. Mabilleau, in-12, Hachette, 1888.

F. Reyssié. — La Jeunesse de Lamartine. 14

Non, cet être parfait, suprême intelligence, A des êtres sans but n'eût pas donné naissance ; Non, ce but est caché, mais il doit s'accomplir, Et ce qui peut aimer n'est pas fait pour mourir. Et cependant, jeté dans les déserts du monde, L'homme, pour s'éclairer dans cette nuit profonde, N'a qu'un jour incertain, qu'un flambeau vacillant Qui perce à peine l'ombre et meurt au moindre vent...

Et la méditation finit ainsi :

Ainsi l'homme flottant de misère en misère, Du berceau dans la tombe, achève la carrière. Et du temps et du sort, jouet infortuné, Descendant au tombeau, dit : « Pourquoi suis-je né ? » Pourquoi ? Pour mériter, pour expier peut-être, Et puisque tu naquis, il était bon de naître.

Dans ces heures d'angoisse, un soir, il descend le petit sentier pierreux qui le conduit à Bussières , passe devant le presbytère du futur Jocelyn et entre dans la vieille église

Dont la mousse a couvert le modeste portique.

Il s'agenouille : « une image se plaçait tou- « jours entre Dieu et moi ; j'éprouvai le besoin

« de la consacrer *, » et il écrit Le Temple :

Non, je ne rougis plus du feu qui me consume; L'amour est innocent quand la vertu rallume...

Je l'ai dit à la terre, à toute la nature; Devant les saints autels, je l'ai dit sans effroi ; J'oserais, Dieu puissant ! la nommer devant toi. Oui, malgré la terreur que ton temple m'inspire, Ma bouche a murmuré tout bas le nom d'Elvire2.

Les nouvelles de Paris sont meilleures ; il y a une lueur d'espoir.

« La position déplorable de la personne qui « m'inquiétait tant, écrit-il le 23 novembre à « l'amie dévouée, vient de changer en mieux et « j'ai reçu la nouvelle dune convalescence au « moment où je n'attendais plus rien que de « funeste. Mais je ne puis cependant me livrer « à une joie tranquille, car les médecins, tout ce en m'annonçant le mieux, me laissent toute « inquiétude pour l'avenir3. »

Durant cette accalmie, notre poète reprend ses études, adresse à l'ombre de Victor Alfieiï

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