Correspondance , t. II, p
des stances d'un grand souffle reproduites dans les poésies inédites, et retourne à ses travaux de l'Académie de Maçon.
A la séance du 19 décembre, il est nommé membre d'une commission chargée de désigner un sujet de prix de poésie.
Il y lit ce jour-là Y Ode à la Gloire qu'il avait composée à Paris, l'hiver précédent, à l'adresse de Manoël.
« Il rappelle à ce poète poursuivi par l'adver- « site, dit le procès-verbal des délibérations, « que la fortune ne peut rien sur l'âme des fils « d'Apollon, qu'ils ne vivent que dans la <c gloire. »
Les appréhensions de l'amant étaient fondées. Le mieux ne fut que passager. Julie s'éteignit, à Paris, à la fin de l'année 1817.
<( Pendant treize mois, dit M. de Mazade, te Lamartine fut tout entier à une de ces pasce sions que les absences et les obstacles « enflamment au lieu d'attiédir, qui font éprou- « ver à une âme humaine toutes les poignantes « voluptés de la vie ; Graziella n'est qu'un « éblouissement d'adolescence sous un ciel
« plein de fascinations; Elvire ou Julie, c'est « l'astre brûlant et mystérieux, se levant sur le « cœur d'un jeune homme de vingt-six ans et « réveillant en lui toutes les puissances inté-
« rieures C'est ce 'qui achevait en lui le
« poète ; désormais , il avait senti , il avait « aimé... ; il portait la source d'une nouvelle et « pathétique inspiration1. »
L'amour de Lamartine pour Julie fut, en effet, une crise et une crise bienfaisante. Sa poésie devait , dorénavant , exprimer des émotions vécues. Julie fut sa Laure, sa Béatrice, son Eléonore ; elle fut davantage encore : « Dieu et « elle, dit-il plus tard, se confondaient si com- « plètement dans mon esprit que l'adoration où « je vivais d'elle devenait aussi une perpétuelle « adoration de l'Etre divin qui l'avait créée. Je « n'étais qu'un hymne et il n'y avait pas deux « noms dans mon hymne, car Dieu c'était elle « et elle c'était Dieu2. » Sainte-Beuve ne se trompait pas quand il disait qu'il y avait là « comme une religion ». Oui, ce fut un culte, et l'objet de ce culte était si pur, si sacré aux