‹ La jeunesse de LamartineChapitre 135 sur 227 · EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

EN ALLEMAGNE

Après les initiateurs, voici venir les chefs du romantisme eux-mêmes. C'est l'Allemagne qui donne le signal de la révolution intellectuelle des temps nouveaux. C'est Schiller, c'est Goethe qui ouvrent la marche des émancipateurs.

Goethe est le grand pêcheur d'hommes ; s'il est le destructeur des vieux dogmes, il représente aussi l'aspiration ardente vers l'inconnu, vers l'hifini, le rêve de destinées plus hautes. Si Prométhée et Faust agitent des problèmes qui

sont poignants à lame, ils lui sont aussi un aliment vivifiant. Ces deux œuvres immortelles sont le sursum corda de l'humanité.

Lamartine, nous l'avons vu, avait étudié la littérature allemande et tes œuvres de Gœthe en particulier; mais il avait une prédilection pour Werther qu'il lisait assidûment et qu'il citait à tout propos. 11 en parle encore à la fin de sa vie et lui attribue une grande influence sur ses contemporains et sur lui-même. « Ce livre, ditce il, a été l'origine et le type de toute une litté- « rature européenne qui a bouleversé, pendant « plus d'un demi-siècle, les imaginations saines « et fortes de l'Occident. La Corinne de Mme de « Staël, le René de Chateaubriand, le Lara de « lord Byron, les mélancolies de nos propres « poésies françaises depuis André Chénier jus- « qu'à nos poètes d'aujourd'hui, à l'exception de « Béranger et de Musset, poètes de réaction et « d'ironie contre le sérieux des âmes, toutes ces « œuvres sont de la famille de Werther. Quant « à moi, je ne m'en cache pas, Werther a été « une maladie mentale de mon adolescence poé- « tique; il a donné sa voix aux Méditations poé- « tiques et à Jocehjn ; seulement, la grande

<( religiosité qui manquait a Goethe et qui sura- « bonde en moi a fait monter mes chants de « jeunesse au ciel au lieu de les faire résonner « comme une pelletée de terre sur une bière « dans le sépulcre d'un suicidé1. »

En France et en Angleterre, le mouvement nouveau est simultané.

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