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Histoire de la littérature anglaise, t. III

2d4 LA JEUNESSE DE LAMARTINE

fred, jusqu'à don Juan, ne sont qu'un personnage, lui-même. C'est son âme toujours qu'il décrit, e'est son cœur qu'il met à nu, ce sont ses émotions qu'il reproduit dans son œuvre. Aussi est-elle sincère.

Il aime In nature comme son ami Shelley ; comme lui, il s'y plonge jusqu'à s'y noyer. En Grec des temps primitifs, il en évoque les forces mystérieuses. Ses héros, comme ceux de Shelley, sont des Titans qui veulent disputer aux dieux l'empire du ciel. Son Manfred est une création satanique , combien puissante ! Et comme l'on sent, au milieu de cette révolte, ces larmes qui venaient à Lucrèce de ses aspirations infinies et de la douloureuse certitude de son néant !

Byron est classique; il adore Pope; il aime aussi l'ancien Testament, la sauvage épopée, le Dieu des Hébreux, inflexible, implacable, avide de sang et de sacrifices. Le doux Jésus du Nouveau Testament ne l'émeut pas. C'est la roideur des vieux âges qui lui agrée en Judée et à Athènes. C'est Athènes surtout qui lui sourit; ;ni^>i sa poésie est-elle le sentiment et L'expression du beau !

LE HOMANTISME

Lamartine, avec son tempérament avide de tout connaître, ne resta pas étranger a la révolution intellectuelle qui $e faisait autour de lui ; il s'y mêla, s'en imprégna, et cette révolution eut un retentissement manifeste sur son ffénie; ou a vu la multiplicité de ses lectures; on a vu qu'il ne se bornait pas à chercher en France un aliment à son esprit, mais qu'il le demandait aux nations voisines, à l'Allemagne, à PAnerleterre surtout, dont il connaissait bien la langue. Sa nature s'assimilait tout en recevant l'impression de tout. Sa poésie devait refléter le grand mouvement qui l'entourait , mais en gardant sa personnalité, en restant sienne.

Il n'est pas étonnant que son cœur ulcéré par le coup qui venait de le frapper ait répondu à la voix des trois grands génies du Nord : Goethe, Shellev, Byron, et surtout au cri de révolte poussé par les deux poètes anglais.

Notre poète prit plaisir, pour un temps, à être inconsolé ; mais, nous l'avons dit, sa nature était optimiste. Son ciel était serein, c'était un ciel d'Orient et les brumes n'y séjournaient pas. D'ail-

leurs, un courant bienfaisant avait commencé à se faire sentir clans son inspiration. La méditation de L Immortalité en était inondée. C'était le souffle du spiritualisme, du spiritualisme de Socrate et de Platon. Un jeune homme d'Occident va faire parler le langage des dieux à la sublime doctrine platonicienne ; il va chanter en vers le Phcdon. Une renaissance grecque, contemporaine du romantisme , va éclairer l'aube du xixe siècle en France, renaissance opérée par de brillants philosophes, par des penseurs modestes mais profonds, par un poète exquis. Ce poète, qu'a bercé une mère chrétienne, d'une piété angélique, aura parfois des accents d'un spiritualisme plus passionné que le spiritualisme lui-même, c'est-à-dire des accents chrétiens.

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