Idem, t. II, p. 21i
« ne trouvent ici que des admirateurs, presque « des incrédules, écrivait de Toulouse Alexandre « Soumet au jeune lauréat, vous êtes pour nous « une énigme dont les Muses ont le secret. 1. »
L'ode de Lamartine ne méritait pas le prix. C'était du J.-B. Rousseau ou du Lefranc de Pompignan des mauvais jours.
Notre poète est toujours seul à Milly en maître de maison, sans autre distraction que quelques visites à son oncle, au château de Montceau, et en proie à la plus profonde tristesse. Il n'a rien oublié; la plaie saigne toujours. Il a recours, pour la panser, à la divine consolation : la religion. Mais le doute est là toujours aussi lancinant que lorsqu'il composait, quelques mois auparavant, la méditation La Foi :
« Tu veux des conseils, de la force, de l'espèce rance ; à qui diable t'adresses-tu? écrit-il à « Yirieu. Que veux-tu que te dise un homme « qu'on écartèle? Il cric et voilà tout; il espère « faiblement que ses tourments le mènent à une « meilleure vie, mais encore, encore; lYspé- « rance (pion dit si vive aux derniers moments
1. Lettre rep rodai te dons Victor Hugo avant 1 830 par Edmond
Dii.i , in-l-j. [883, p. I29d 130.
LA IMtKMIKUE MEDITATION
<c m'a bien l'air de ressembler aux faux amis, « chauds dans le bonheur, froids ou nuls dans « l'extrême adversité. Un certain nuage obscur, « se répand sur les yeux'; on est las, on est calme, « on est assoupi, et l'on passe je ne sais où sans « sentir comment. Voilà de belles consolations ! « heureux donc l'homme qui croit ! heureux <( celui qui espère, seulement comme je croyais, <( comme j'espérais avant un malheur sans re- <( méde ! Je donnerais mon reste de jours pour « un grain de foi, non pas pour soulever les « montagnes, mais pour soulever le poids de <c glace qui me pèse sur l'âme. Je la demande « aux livres, je la demande à ma raison, je la « demande au ciel, je veux la demander aux « œuvres aussi ; j'obtiendrai peut-être. La foi « serait si bien faite pour nous autres malheu- « reux qui ne sommes pas du tout, non pas du « tout de ce monde, qui ne vivons pas de sa « vie, qui ne sommes pas heureux de son bon- « heur, qui ne nous nourrissons pas de son « pain ! Où nous appuierons-nous si cet appui « mystérieux nous manque toujours l ? »