‹ La jeunesse de LamartineChapitre 154 sur 227 · Correspondance, t. II, p. 21'J · texte numérisé non relu

Correspondance, t. II, p. 21'J

Et il lui envoie la dernière strophe de La Foi. Cette lettre navrée est l'éloquent commentaire de cette méditation.

La mère du poète, en revenant a la mi-août de Montculot où elle était allée faire ses belles promenades dans les bois qui l'entourent, en compagnie d'Homère, de Mm0 de Sévigné, de Massillon, méditer et prier à « la fontaine du Fayard » que devait plus tard chanter son fils : La source dans les bois, le retrouve à Milly « calme, mais « triste, dit-elle, plus que jamais vivant dans les « livres, et quelquefois écrivant des vers qu'il ne « montre jamais. De temps en temps, ses amis, a M. de Vignet et M. de Yirieu, m'en parlent « avec une sorte d'enthousiasme ; mais à quoi « lui servent ses talents ensevelis, à supposer « même qu'ils soient réels? D'ailleurs, qu'est-ce « que cette poésie rentrée et sans échos, pour « un jeune homme dévoré du besoin d'une vie « active?... On dirait aussi qu'il est abattu par « quelque chagrin secret qu'il ne dit pas, mais « que je crains d'entrevoir. 11 n'est pas naturel « qu'un jeune homme de cette imagination et de « cet âge se confine aussi absolument dans la « solitude; il faut qu'il ait perdu, ou par la mort

« ou autrement, je ne sais quel objet qui cause sa « mélancolie si profonde1. » La mère a deviné!

C'est la fin d'août de L'année ISL8, le soir, un peu avant le coucher du soleil. Notre poète, dans la disposition d'esprit que nous savons, sort par la petite porte du jardin, au nord. Il est dans le chemin bordé de buis nains et d'un éboulis de pierres grisâtres appelé murger que le vigneron a enlevées de son champ en le Touillant et a mises là pour le protéger de la dent du mouton et de la chèvre. Il atteint bientôt la base du Craz. Il a devant lui le bouquet de chênes qu'il traversait il y a dix ans, le cœur lui battant du premier frôlement de l'amour; gravissant la croupe de la montagne, il découvre le château de Bvone et la tour et la terrasse où l'attendait Lucy L***. Peu à peu, s'élevant au milieu d'un tapis d'herbes folles et de campanules grêles, dernières lleurettes de l'arrièresaison, il atteint le taillis de chênes qui couronne le sommet du pic.

Là, le spectacle qu'il a sous les yeux lui ins-

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