Première» méditation* poétiques, Dieu
Quand notre voyageur, « en poète que le « rythme entraîne, que la mesure balance et « qui s'enivre de la musique des mots1, » arrive chez son oncle l'abbé, à Montculot, il a terminé cette belle méditation qu'il intitule Dieu et qu'il dédie à l'abbé de Lamennais.
Dans cette Thébaïde qu'il aime , où il est entouré des soins les plus vigilants, sa santé se remet ; il boit du lait d'ànesse ; il se promène tout le long du jour sur ces coteaux pittoresques du Morvan ; il se grise de ces paysages qui parlent à son àme, de « ce beau torrent de rumeurs2 » qui s'élèvent des profondeurs des grands bois : « Ah! si l'homme pouvait rendre « seulement quelque ombre de ce qu'il sent « dans la nature même inanimée, cela serait « assez beau; mais je crois que les belles « images que nous recevons par les yeux s'al- « tèrent et se décolorent en passant par l'enten- « dément, et nous ne faisons que de pales et « ternes copies de ce divin original. Les hommes
1. Paroles de M. Tony Revillon prononcées au Centenaire de Lamartine, le 20 octobre 1890.
2. Expression de Maurice de Guérin citée par Mathew Arnold qui la trouve digne de Wordsworth, « Essays in criticism », édit. Tauchnitz, t. I, p. 185.
« sont bien orgueilleux de parler de leur beau « idéal, c'est la nature qui est le suprême « idéal. Nous ne faisons que la gâter et nous « croyons l'embellir. Il y a plus de poésie dans « le plus petit coin d'un de ses tableaux que « dans toutes nos poésies humaines. Cela me « désole et me console en même temps1. »
Il rêve, lit parfois Montaigne et Saint-Evremond, médite sur les questions religieuses. Il voudrait, pour obéir aux tendres sollicitations de sa mère et de Mrne de Raigecourt, s'affermir dans les sentiments d'une foi sincère. Mais il n'y réussit guère : « Que je vous envie, écrit-il au « duc de Rohan qui va entrer dans les ordres, « votre héritage pacifique dont vous vous mettez « enfin en possession ! Il fallait ajouter à toutes « les béatitudes : heureux ceux qui croient ! « Elle les renferme toutes et croyez-vous que si « je croyais comme vous le pensez, je balance- « rais à prendre mon parti ? Qu'est-ce que je « pourrais espérer de mieux? je vous le demande. « Je me précipiterais dans cette source de vie « et j'y étancherais a jamais cette soif de justice