‹ La jeunesse de LamartineChapitre 184 sur 227 · Le Manuscrit de ma mère, p · texte numérisé non relu

Le Manuscrit de ma mère, p

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C'est le cri du jeune aigloa qui ose déployer son aile sous l'aile du roi des airs.

Lui aussi, meurtri des coups du sort, à l'instar de ses hardis contemporains : Goethe, Shelley, Byron, il fait entendre la plainte du Prométhée moderne qui s'insurge et ne veut reconnaître aucun joug, aucun maître; lui aussi a l'audace de soulever la question des revendications humaines.

Ce sont les Titans, c'est-à-dire les puissances primordiales de la nature, qui ont créé l'homme. Entre la nature obéissant à des lois fatales, au destin cruel et l'homme doué d'une pensée, d'une volonté libre, qu'y a-t-il? Rien. Toute force, prétendue divine, est une imposture née de la superstition et que la raison répudie. L'homme est en lutte avec le fatum seul. Il peut en triompher par une indomptable énergie, par le vigoureux emploi de toutes ses facultés; mais il ne doit compter que sur lui-même. Là où il agit, il est roi, il est Dieu. Il dit, comme le Prométhée de Goethe : « Je suis maître, je possède tout aussi « loin que s'étend le cercle que remplit mon « activité. Rien au dessous et rien au dessus... « C'est le cri superbe de l'humanité qui ne veut

« rien devoir à un maître et qui prétend être « elle-même, elle seule, sous un ciel inflexible « et sourd, l'ouvrière de ses destins1. »

C'est aussi le défi du Prométhée de Byron, ce Prométhée qu'il n'a pu achever, mais dont il a laissé quelques fragments dans ses Miscellanées, fragments datés de Diodati, près Genève, juillet 1816, beaux et puissants comme ceux de la Théogonie d'Hésiode2.

Ce sera l'imprécation du Prometheus unbound que, dans deux ans, Shelley va composer à Rome parmi les tertres, les fourrés, les voûtes des ruines pittoresques des bains de Caracalla.

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