‹ La jeunesse de LamartineChapitre 185 sur 227 · Voici la fin de ces fragments · texte numérisé non relu

Voici la fin de ces fragments

« Like thee, man is in part divine,

« A troubled stream from a pure source,

« And man in portions can foresee

« Ilis own funcreal destiny,

« Ilis wretchcduess and his résistance

« And his sad unallied existence

« To which his spirit may oppose

« Itself and equal to ail woes

« And a firm will and a deep sensé

« Which even in torture can descry

« Ils own conccntred recompense,

« Triomphant when it darea defy

(( And making death a victory.

Byron Galignams.

l'épitre A BTRON 301

Ce sera enfin, de nos jours, le thème des accents désespérés, mais si émouvants d'Ackermann.

Combien est différent le Prométkée d'Eschyle?

Le héros grec ne nie pas la suprématie du maître, il est vaincu ; il avoue sa défaite. La Puissance et la Force, « son muet satellite, » l'ont enchaîné au rocher. Il gémit, accuse la barbarie de son vainqueur et prend à témoin la nature tout entière cpji lui répond par la voix de déités compatissant aux douleurs de l'infortuné.

Le Proraéthée grec est plus touchant que le Prométhée moderne parce qu'il est plus humain ; il n'est pas en dehors ni au dessus de l'humanité.

Notre poète, après son cri de révolte du Prométhée moderne, revient au gémissement du supplicié grec. Comme lui, il reconnaît la toutepuissance d'un maître souverain et il s'incline devant elle ; mais pourquoi ce maître absolu a-t-il pris plaisir à la souffrance de l'homme? Pourquoi l'homme, qui a des visées si hautes,, a-t-il une destinée si infime? Pourquoi lui avoir montré les cieux quand il est destiné à ramper sur la terre? Pourquoi surtout avoir fait luire, aux yeux de son intelligence, un monde idéal où

sa pensée s'épanouit, quand l'objet de ses rêves ne doit pas être atteint?

Et alors éclatent ces accents d'une tristesse si déchirante :

Notre crime est d'être homme et de vouloir connaître ;

Ignorer et servir est la loi de notre être1.

Borné dans sa nature, infini dans ses vœux,

L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux,

Soit que déshérité de son antique gloire,

De ses destins perdus il garde la mémoire,

Soit que de ses désirs l'immense profondeur

Lui présage de loin sa future grandeur.

Imparfait ou déchu, l'homme est le grand mystère

Dans la prison des sens enchaîné sur la terre,

Esclave, il sent un cœur né pour la liberté ;

Malheureux, il aspire à la félicité...

A l'encontre du Prométhée d'Eschyle qui ne

pardonne pas à son vainqueur et ne cesse d'inquiéter son insolente prospérité par des prédic-

1. Lamartine avait encore dans sa vieillesse (on l'a vu pour l'Ode au Désespoir quand il se prit à la commenter dans un Entretien familier de littérature , quelques élans de révolte et lançai I parfois des mots pleins d'amertume qui épouvantai. Mit son secrétaire, M. Cb. Alexandre. Un jour, en 1851, dans un diner, au milieu d'une conversation sur des sujets religieux» il s'écria : « Le christianisme est une religion d'esclaves. » (Souvenirs de Lamartine, j.. J7J.

L K PITRE A BVIION

tions menaçantes, notre poète, comme Job, se résigne et entonne un hymne à sa gloire !

Pourtant, il ne peut retenir une plainte, c'est l'image de Julie qui éveille ses regrets :

Un seuhêtre du moins me restait sous les cieux ; Toi-même de nos jours avais mêlé la trame ; Sa vie était ma vie et son àme mon àme... Comme un fruit encor vert du rameau détaché, Je l'ai vu de mon sein avant l 'âge arraché !

Mais cette plainte finit en repentir et il exhorte le fier Titan à faire comme lui et à s'élever vers Dieu, source de tout bien :

La gloire ne peut être où la vertu n'est pas.

Viens reprendre ton rang dans ta splendeur première,

Parmi ces purs enfants de gloire et de lumière

Que d'un souffle choisi Dieu voulut animer

Et qu'il fît pour chanter, pour croire et pour aimer1.

Byron entendit parler de cette ode, mais il ne la lut jamais. 11 écrivit à Moore : « YV...asks me « if I hâve heard of my lauréat at Paris, somea body who has writen a most sanguinary epitre

t. Premières méditations poétiques.

« against me. — lst Jane 1820. » On voit qu'il ne l'avait jamais eue sous les yeux. Au lieu d'être « most sanguinary, » l'ode était pleine de déférence, d'admiration.

L'ange gardien de Paris, Mra0 de Raigecourt, à laquelle il envoie quelques passages de sa méditation A Byron, cherche à donner une base plus solide à la religiosité vague de son protégé ; elle gémit de le voir si chancelant dans sa foi et elle le lui reproche doucement :

« Hélas ! je sens parfaitement l'excellence de « ces conseils, lui répond-il, ce n'est pas le « désir de la foi et du repos d'esprit qui me « manque, ainsi qu'à tant d'autres comme moi, « c'est le principe de la foi et du repos, c'est a la conviction absolue et puissante... La foi « n'est pas comme le salut, on ne la ravit pas « par force, elle se donne, elle est un pur don « d'en haut1. »

C'est la fin de novembre ; il s'apprête à tenter encore une fois la fortune et à partir pour Paris. Il Liquide certaines dettes « très considérables » qu'il a contractées à l'insu de son père ; « un

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