Premières méditations poétique
7 Reyîsié — La Jeunesse de Lamartine. 20
Sous ces perspectives, succédant aux angoisses passées, l'âme du poète se rassérène, la piété se veille en lui.
Il arrive presque à la doctrine du pur amour fénélonien, à la délicieuse abdication de la volonté dans les mains de la Providence : « Ce « qu'il y a de plus parfait, écrit-il à Virieu, c'est « de penser, mais de penser avec résignation et « en Dieu, pour me servir d'une expression (( mystique, de se contempler en lui, de le voir « dans tout et de se reposer sur lui de nous- « mêmes1, » et il envoie à son ami la méditation La Prière, hymne de foi, d'espérance, reflet de son cœur apaisé :
C'est peu de croire en toi, bonté, beauté suprême; Je te cherche partout, j'espère en toi, je t'aime!
C'est l'affirmation de la croyance à l'immortalité de l'âme, affirmation cette fois éclatante et sentie :
Oui, j'espère, Seigneur, en ta magnificence.
Témoin de t;i puissance et sur de t;> bonté, J'attends Le jour Bans fin «le L'immortalité*.
1. Correspondance, t. II, j>. '» '• * '• - -. Premières méditations poétiques.
i.Ki'iiiti: a BYRON 307
Il y a dans le premier jet de La Prière quatre vers fort beaux, faisant une charmante image et
qui ont été retranchés plus tard; les voici :
Brûlant seul au milieu du sombre sanctuaire, L'astre des nuits jetant son éclat sur la terre. Balancé devant Dieu comme un vaste encensoir, Fait monter jusqu'à lui les saints parfums du soir.
La poésie intitulée Stances est de ce tempslà, de cette inspiration : Notre poète, lui aussi, « entonne l'hosannah des siècles nouveau-nés. »
Pour moi, je chanterai le maître que j'adore.
C'est lui, c'est le Seigneur', que ma langue redise Les cent noms de sa gloire aux enfants des mortels, Comme la harpe d'or pendue à ses autels. Je chanterai pour lui jusqu'à ce qu'il me brise l.
Au commencement de janvier 1820, Lamartine est à Paris, en quête d'un poste de secrétaire d'ambassade afin d'épouser la jeune Anglaise.
Il est reçu avec distinction, son nom se répand. Ses premières Méditations poétiques viennent de paraître en mars de cette année. C'est un petit volume in-8° édité à Paris, à la
Nouvelles méditations poétiques.
Librairie grecque *, latine , allemande, chez Henri Nicolle, rue de Seine, n° 12, sans nom d'auteur1.
Les Méditations poétiques eurent bien vite une voerue immense. M. de Talleyrand vient de donner le signal de l'admiration2. « Elles ont « un succès inoui et universel pour des vers en « ce temps-ci, écrit le poète à son ami Virieu, « le roi en a fait des compliments superbes; a tous les anti-poètes, M. de Talleyrand, Mole, (( Mounier, Pasquier, les lisent, les récitent, « enfin, on en parle au milieu de ce brouhaha « révolutionnaire du moment3. » Le ministre de l'intérieur, le comte Siméon, donne au poète la
1. Dictionnaire des ouvrages anonymes, par BàRBIER. Paris, Daffis, 1875. — Journal de la librairie, année 1820, n° 882. — Qléraud, France littéraire, t. IV, p. 479.
2. Voici le billet qu'envoie Talleyrand à la princesse de Talmont : « Je vous renvoie, princesse, avant de m'endormir, « le petit volume que vous m'avez prêté hier ; qu'il vous suffise « de savoir que je n'ai pu dormir et que j'ai la jusqu'à quatre « heures du matin pour relire encore. Je ne suis pas prophète, « je ne puis pas vous dire ce que sentira le public, mais mon « public à moi, c'est mon impression sous mes rideaux. Il y a « là un homme, nous en reparlerons. » C'était le médecin de Julie et du poète, le docteur Alain, qui avait reçu la confidence par un billet de la princesse et l'avait fait porter, dès le malin, à son jeune ami. (Ch. Alexandre. Mm* A. de Lamartine, p. 24 et25.)