‹ La jeunesse de LamartineChapitre 201 sur 227 · Correspondance, t. lit, p · texte numérisé non relu

Correspondance, t. lit, p

M. de Fréminville, sur l'exemplaire en sa possession des Nouvelles méditations poétiques , a l'ait an crayon l'annotation suivante après le commentaire de « l'Esprit de Dieu », exemplaire gracieusement mis sous nos veux par son fils :

« L'auteur n'est point vrai sur le motif qu'il donne. En « voici l'origine :

« Au mois de juillet lSli, M. Aymon de Virieu, lui et moi, « nous étions allés au Jardin des Plantes où nous nous « assîmes à l'ombre du cèdre piaulé par de Jussieu. Pen- « dant que les deux condisciples causaient ensemble, étant « assis derrière eux, j'écrivis au crayon quelques lignes « sur un calepin. M. de Lamartine me voyant la physionomie « exprimant une forte pensée voulut que je la comuniquasse. « Qu 'imprimez-vous là, me dit-il ? — Ce n'est qu'une simple m idée en mauvaise prose, lui répond is-je, et je lui mis le « livret entre les mains. Il en fut frappé en le lisant.

« Plus de sept ans après, nous étant revus à Paris, il me « récita pour premier bonjour la première et la dernière « strophe en me demandant s il avait bien exprimé ma pensée. « Je ne pus que lui répondre affirmativement. Le premier « volume de ses Méditations poétiques avait déjà paru, parce « qu'il le plaça à la tète du second. L'a-t-il composé dans l'in- « tervalle de 1814 à 1822 ? C'est ce que j'ignore. Il est vraice semblable qu'elle est postérieure à l'impression du premier « recueil. » (Signé : de Fréminville.)

Il ajoute plus bas : « Le motif en prose que je n'ai pu retrou- « ver avait plus de précision, plus de netteté et exprimait la « vérité d'une manière plus simple et plus énergique...

« L'épisode de la lutte mystérieuse de Jacob avec un ange est un vrai hors d'oeuvre se liant mal avec le reste. »

La famille du poète s'augmente. Le petit Alphonse vient d'avoir une sœur : Marie-Louise- Julie, née à Mâcon le 14 mai 1822.

Marie-Louise-Julie sont les trois prénoms de l'enfant. Ces prénoms sont ceux unis ensemble de la mère, du père et de l'amante morte, mais non oubliée.

Est-ce par pur sentiment d'euphonie que le prénom de Julie ou Julia fut adopté, comme pourraient le faire croire les vers de Gethsémani?

Pour que son nom sonnât plus doux dans la maison, D'un nom mélodieux, nous l'avons baptisée.

Non , Lamartine dit lui-même dans ses Mémoires : « Julia, ce fut le nom qu'un souvenir « d'amour donna à notre fille. » Le père trouve cela tout naturel ; Julie, nous l'avons vu, a été pour lui un culte, une religion.

M. Ch. Alexandre, le fidèle et scrupuleux secrétaire, en est, au fond, un peu choqué. « La « mère, dans une candide ignorance, dans une « sublime innocence, eut-elle foi à l'amour (.( idéal de Julie? Ignora-t-elle l'heure terrestre o de ce poétique amour, le baiser du Lac? Ne a connaissait-elle pas, en 1822, la strophe du

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(( baiser? Elle qui avait tous les manuscrits sous (c sa garde devait avoir lu les strophes cachées L »

La vérité est que la mère savait tout; mais elle n'avait pas seulement la tendresse des cœurs aimants, elle avait aussi l'intelligence des grandes âmes, exempte de toute mesquine jalousie. Le père n'eut pas à imposer le nom ; elle eut la délicatesse d'aller au devant de ses désirs. C'est que la jeune femme, artiste, ouverte à toutes les jouissances de l'esprit, n'aimait pas seulement l'homme dans Lamartine, elle aimait le poète, le poète qui l'avait fait pleurer en lui lisant L'Immortalité, Le Lac, L Isolement . Et qui lui avait inspiré ces chants divins ? X'était-ee pas Julie? Julie qui, en faisant jaillir les sources de la passion vraie, de la passion féconde, Lavait marqué au front de l'auréole des élus ? Ce nom était donc cher aux deux époux qui spontanément le placèrent sur une tète bien aimée.

A la fin de mai, le poète est soufFrant. On prescrit Plombières.

Son ami, M. de Fréminville, qu'il a vu h Paris au commencement de l'année et auquel il a lu les strophes de L Esprit de Dieu vient de se

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