Mme Alphonse de Lamartine, par Ch. Alexandre, p
marier. Il lui écrit la lettre suivante, lettre
inédite :
Maçon, 30 mai 1822.
Enfin, mon cher Fréminville, Virieu en passant m'a donné votre adresse et je puis vous faire mes bien sincères compliments sur tout ce qui vous est arrivé d'heureux depuis notre entrevue. Je ne parle pas de votre place à Lyon, je ne regarde pas cela comme une bonne chose, j'aimerais mieux vous voir hors de toute affaire parce que vous portez votre puissance et votre action en vous-même et que vous n'êtes pas de cet ordre d'hommes propres à faire un rouage passif de la machine administrative. Mais je parle de ce bonheur inapréciable d'avoir arrêté son esprit et son cœur sur un objet digne de vous, de ce bonheur plus grand encore de lui avoir plu et enfin de le posséder. Virieu m'a dit que vous aviez mis votre bonheur et votre vie en bonnes mains, je ne doute pas qu'avec un caractère comme le vôtre, cette félicité ne soit mutuelle.
Je vous attendais ici à Pâques, selon votre promesse, mais je conçois que votre nouvelle position vous ait enchaîné là-l>as. Je vais partir moi-même, Je vais seul aui eaux de Plombières, de là à Paris, de lit à Londres avec ma femme. Elle vienl de me donner une petite fille, elle attendra son plein rétablissement pour venir me rejoindre à Paris.
Notre ami Aymon va aussi se marier, je suis plus soucieux de celte affaire que je ne le serais pour vous et pour moi-même, sa vocation n'était pas si clairement prononcée et si la femme sur qui le sort l'a tait tomber n'est pas parfaitement selon son esprit, il courrait risque d'être plus malheureux qu'un autre. Je l'ai trouvé au reste bien disposé, je crois que quelques jours passés à vous entendre lui ont fait ou feront du bien. Je lui ai tenu le même langage, mais si j'ai du platonisme dans le cœur, je n'en ai pas autant dans l'esprit que vous qui avez digéré et transsubslantié cette doctrine presque divine.
Adieu, mon cher Fréminville, pensez à moi, gardez-moi une place en réserve dans votre amitié, le tems viendra, j'espère, où je pourrai en jouir comme autrefois. Quant à moi, vous devez savoir que quand on a su vous comprendre et vous connaître on ne risque pas de vous oublier. Mettez, je vous prie, mes hommages aux pieds de M,ue de Fréminville.
Votre ami,
Lamartine ' .
1. La lettre est écrite sur deux feuilles; la seconde feuille porte une petite déchirure dans un coin, qui a emporté quelques lettres de certains mots ; mais il a été facile de reconstituer les mots tout entiers.
En suscriptîon :
Monsieur
Monsieur de Fréminville
conseiller de préfecture du
département du Rhône rue du Pérat, n° 24, Lyon.
Après Plombières et Paris, comme il l'annonce dans sa lettre à M. de Fréminville, Lamartine se rend en Angleterre avec sa femme et le petit Alphonse. Mme de Lamartine a voulu présenter son mari et son fils à ses parents, à ses amis. Mais l'enfant ne s'habitue pas au climat de Londres. On l'emmène à Richmond pour lui faire changer d'air. Le père se promène, trouve le ciel anglais désagréable, mais la terre « dolce e lieta », visite les châteaux, admire le gothique dont on les affuble, raffole de ce style : « J'en « ai pris la passion, la manie, la rage, écrit-il à « Virieu. Je vois que c'est le seul genre que sup- « porte notre médiocrité. Je suis au désespoir « d'avoir mis une pierre à Saint-Point avant « d'avoir ouvert les yeux à cette nouvelle lumière; « je me repens de ce que j'ai fait et je vais finir « dans un meilleur sens1. »