‹ La jeunesse de LamartineChapitre 210 sur 227 · Platon et les autres disciples de Socrate, 1865, in · texte numérisé non relu

Platon et les autres disciples de Socrate, 1865, in

L'historien allemand Ernest Gnrtius [ et chez nous Ernest llavet 2 ont fait justice de cette étrange assertion.

La Mort de Socrate plut beaucoup à Jouffroy; c'est certainement en parlant de cet ouvrage qu'il disait que : « Lamartine était le plus grand « poète de son siècle parce qu'il avait su déve- « lopper dans le plus éclatant langage les pro- « blêmes les plus élevés et les plus abstraits de « la philosophie. »

Dans une lettre écrite à la date du 3 octobre 1823 à Victor Hugo , Alfred de Vigny s'exprimait ainsi : « Socrate est un ouvrage très bien « composé et auquel on ne peut pas refuser une « poésie grave et majestueuse. Je veux bien que « Platon en ait fait une partie ; tout cela est « plus beau par les vers et il y en a d'une sévé- « rite mâle qui m'a ému, et l'émotion ne trompe « jamais3. »

Un écrivain d'un esprit très fin et très origi-

1. Histoire grecque, traduite par M. Iîouché-Leclerq, t. IV, p. 111 et suiv. Leroux, 1881, in-8.

2. Le Christianisme cl ses origines, l'Hellénisme, t. I, p. 142 et suiv., Calmann-Lévy.

3. Victor Hugo avant 1.830, par M. Kdmond Biké, 1883, in-12, p. 321.

nal, M. Emile Chaslcs, a soutenu que notre poète, dans ce chant , a été fidèle à nos vieilles traditions. « Le véritable esprit gaulois, dit-il, n'est « pas un esprit de lyrisme et de raillerie. Quand « les études historiques auront éclairé nos ori- « gines, on sera surpris de voir que 1500 ans « avant Jésus-Christ , notre race avait des a maîtres savants qui lui enseignaient un dogme « unique : l'immortalité de l'àme , et que tous « vivaient de cette croyance. .. Le rôle de Lam arec tine, rôle de poète, fut précisément de reven- « diquer parmi nous les droits éternels de notre « foi antique. Il était plus Gaulois qu'il ne s'en « doutait et il ressemblait à ces maîtres d'autre- « fois qui, du sein des forêts primitives, ensei- « gnaient à la Gaule la toute puissance de a l'âme l. )>

Le poète vient passer l'été à Saint-Point qu'il répare et où il s'installe. Il prépare les Nouvelles Méditations qu'il vend 15.000 francs. Elles paraissent à la fin de septembre chez Urbain

1. Conférence faite à Paris le 9 mai 1869. Paris, 1869, brochure in-8. Bureaux de l'Echo de la Sorbonne.

Canel*. « De septembre 1823 à octobre 1825, elles eurent cinq éditions2. »

Voici ce qu'en dit Alfred de Vigny dans la lettre que nous avons citée, écrite a Victor Hugo le 3 octobre 1823 :

« Quant aux Nouvelles Méditations , certes « l'ensemble est fort inférieur aux premières; « le ton est désuni et on a l'air d'avoir réuni « toutes les rognures du premier ouvrage et les « essais de l'auteur depuis qu'il est né. Je ne « puis croire qu'il ait présidé à cet arrangent ment Cependant, et je le dis avec vérité,

« je ne crois pas que M. de Lamartine ait rien « fait qui égale Les Préludes et les dernières « strophes surtout, Bonaparte et le Chant a d'amour. Il y a en général dans ses ouvrages « une verve de cœur, une fécondité d'émotion « qui le feront toujours adorer, parce qu'il est

1. 27 septembre 1823. Nouvelle» Méditations poétiques , par M. Alphonse de Lamartine, in-8 de 11 feuilles 3/4. Paris, Urbain Canel, Audin. Imprimerie de Rignoux (Journal de la librairie).

2. 5.361. 24 septembre 1825. Nouvelles Méditations poétiques, chez Urbain Canel, 'ie édition (Journal de la librairie .

6.007. 29 octobre 1825. Nouvelle» Méditations poétiques, chez Gosselin, 5e édition (Journal de la librairie.

« en rapport avec tous les cœurs. Il ne lui reste « plus qu'à l'être avec l'esprit par la pureté et « avec les yeux dans les descriptions l. »

Cette appréciation nous semble en partie erronée.

Les Nouvelles Méditations poétiques ne sont pas inférieures aux premières; elles renferment des chants : Le Passé, Iscliia, Les Etoiles, Y Elégie à El,.., Le Crucifix, qui leur sont peutêtre supérieurs. Elles font corps avec elles, d'ailleurs, et ne doivent pas se séparer. Beaucoup de ces poésies, en effet, datent d'avant 1820. Le poète, enhardi par le succès du petit volume édité par Nicolle , les a insérées dans l'in-8 d'Urbain Canel de 1823. Ce qui est vrai , c'est que le succès en fut moindre, parce que l'attrait de la nouveauté n'existait plus. Ces accents si touchants étaient connus déjà et le choc si soudain, qui avait doucement ému les cœurs, s'était amorti par accoutumance.

1. Victor Hugo avant 1830, par M. Ed. Biré, in-12, 1883, p. 322.

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