‹ La jeunesse de LamartineChapitre 28 sur 227 · Cours familier de littérature, -Y entretien, p · texte numérisé non relu

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son aurore. <c Il y a, a-t-on dit fort justement, « chez le Lamartine de 1820, une spontanéité « d'inspiration, une fraîcheur de sentiments, « une simplicité de moyens qui nous font sonce ger aux primitifs *. »

Le chevalier de Lamartine se fit aisément à cette existence campagnarde. Grand chasseur, levé dès l'aube, après avoir, le matin, fait retentir le Craz des aboiements de ses chiens, il s'en allait visiter ses vignes et diriger les travaux de son domaine.

Les revenus étaient modiques. On avait pu compter sur la fortune et sur le grand traitement de M. des Roy s, intendant de la maison d'Orléans. Hélas ! tout s'était évanoui î Mme des Roys, restée veuve, avait à peine de quoi subvenir à ses besoins personnels.

C'étaient les produits de la vigne qui seuls faisaient vivre la famille, et ces produits sont si précaires! Ce sera le souci de tous les instants. Vienne la gelée, vienne la grêle, c'est la gène. ce sont les privations !

On juge de l'angoisse de ce père devant des charges accablantes et des ressources si aléa-

1. Le mouvement littéraire au xixe siècle, Georges Pellissier, p. 126, 1889, Hachette, in-12.

toires. Mais c'était un homme de la plus mâle énergie. Non seulement il fit face aux dépenses d'une nombreuse famille, mais il parvint même à agrandir sa terre. Il sut trouver le moyen aussi d'exercer, comme il convenait, les devoirs de l'hospitalité et de soulager les habitants pauvres de son village, durant ces années si troublées et si fécondes en misères. Il n'ambitionna pas un rôle politique. « Très capable des grandes « choses, dit l'article nécrologique du Journal « de Saône-et-Loire dont nous avons parlé, par « la facilité, la justesse et l'étendue de son a esprit, sa modestie le renferma volontairement « dans les plus humbles. »

Il se borna à représenter son canton au Conseil général du département, pendant vingt ans.

Revenons à la mère du poète ; elle a joué un si grand rôle dans la vie de son fils !

Nous avons, pour l'étudier et la connaître, en dehors des révélations que nous a laissées Lamartine, un document précieux, un journal écrit par elle : Le Manuscrit de nui mère, dont il nous a éfé donné de voir deux cahiers picusemènt conservés à Saint-Point, l'un sous sa

«JE SUIS Ni PARMI LES PASTEUIIS )) 53

couverture eu carton blanchâtre gaufre, l'autre sous son cartonnage bleu zébré.

C'est sur ces carnets qu'elle notait ses pensées de chaque jour, de chaque heure, d'une écriture fine, mais bien lisible, bien nette.

Nous avons parlé des méfiances de la jeune fille à l'endroit des philosophes. Devenue mère, dans la solitude de Milly, elle s'effraie plus encore de leurs doctrines et elle éloigne d'elle celui qui est le plus dangereux, je veux dire Rousseau qui exalte son imagination et dont le sentiment si vrai de la nature sympathise tant avec ses secrètes inclinations, Rousseau : « qui « donna, si je puis m'exprimer ainsi, des ence trailles à tous les mots et y répandit un tel « charme, de si pénétrantes douceurs, de si a puissantes énergies que ses écrits tout éprouve ver aux âmes quelque chose d'assez semblable « à ces voluptés défendues qui nous ôtent le « goût et enivrent la raison '. »

Pleine de trouble, de scrupules, elle soumet sa conscience au plus rigoureux examen ; elle ne veut pas être de son temps. Dans sa nature

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