‹ La jeunesse de LamartineChapitre 30 sur 227 · Le Manuscrit de ma merc, p · texte numérisé non relu

Le Manuscrit de ma merc, p

2 . Faguet, Études sur le xvne siècle, in-12, Lecesnc et Oudin.

toute d'action, Je dévouement, de luttes incessantes, qu'il n'était pas un contemplatif et que

la doctrine du pur amour n'était pas pour ouvrir les âmes molles à la paresse et à l'extase, mais pour ramener des hommes trop attachés aux jouissances de la terre et trop ignorants des soulFrauces de leurs semblables, à l'oubli de soi et aux sentiments de charité, de compassion, de fraternité humaine.

C'est ainsi que la jeune femme, parfois alanguie pourtant par ces enseignements d'une trame un peu mince et que Mme de Sévigné désirait épaissir, comprit les leçons du directeur de sa conscience.

Elle sut y puiser surtout la résignation et la certitude que le bonheur réside dans l'accomplissement de ses devoirs, quelque pénibles qu'ils soient.

Munie de ce précieux viatique, elle subit sans se plaindre la destinée qui lui était impartie. Elle, Parisienne, de la Cour; elle, habituée à toutes les distractions, à tous les plaisirs mondains et intellectuels, elle se prit à aimer bientôt cette vie des champs, si douce aux âmes simples parce qu'elles peuvent y faire le bien. On se

souvient encore avec attendrissement, à Milly, de la bonté toujours active de la mère du poète, de ses visites aux pauvres vignerons, des consolations, des secours qu'elle leur portait. Son nom y reste vénéré.

Ce qui l'attacha bien vite aussi à ce coin de province, c'est que, en élève de Fénelon, elle adorait la nature ; elle la connaissait même mieux que son maître qui ne la vit guère que par l'intermédiaire de ses auteurs grecs et latins. Elle, au contraire, comme La Fontaine, comme Mme de Sévigné, « sa compagne assidue, » savait la regarder; elle était heureuse, comme cette dernière, « d'entendre le rossignol, le coucou, « la fauvette ouvrir le printemps ; » comme elle, elle se plaisait « aux beaux jours de cristal de l'automne ».

La campagne qu'elle avait sous les yeux lui agréa par le caractère arcadien et sicilien que nous lui connaissons, à elle qui faisait ses délices et d'Homère et de Virgile.

u Je jouis de ma solitude, écrit-elle un jour

sur son journal, je suis seule à Milly avec mes « enfants et mes livres ; ma société est M"10 de <( Sévigné. J'ai lait une grande promenade ce

« soir sur la montagne du Craz qui est. derrière a la maison, au dessus de nos vignes. J'étais « toute seule ; c'est mon plaisir dans ce tempsce ci, le soir, de m'égarer seule ainsi bien loin. « J'aime le temps d'automne et les promenades « sans autre entretien qu'avec mes impressions; « elles sont grandes comme l'horizon et pleines m de Dieu. La nature me fait monter au cœur « mille réflexions et une espèce de mélancolie « qui me plaît : je ne sais ce que c'est, si ce « n'est une consonnance secrète de notre âme « infinie avec l'infini des œuvres de Dieu ! « Quand je me retourne et que je vois du haut « de la montagne la petite lumière qui brille « dans la chambre de mes enfants, je bénis la « Providence de m'avoir donné ce nid caché et « tranquille pour les couver1! m

Voilà qui nous fait bien connaître cette aimable femme, comme amante de la nature, comme chrétienne et comme mère.

Ses enfants ! les couver, les élever, les instruire, ce sera la grande occupation, la grande tâche.

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