orrespondance, t. I, p. 1 V
LES PRBMIERS VKliS 111
Il met la main sur un ouvrage plus attrayant encore « Je suis depuis deux jours occupé, au (f coin de mon feu, à lire la Nouvelle Héloïse. « Grands dieux! quel livre! comme c'est écrit! « Je suis étonné que le feu n'y prenne pas ! « C'est le meilleur livre que nous puissions « lire ; c'est celui qui est le plus capable d'ins- « pirer des sentiments nobles jet vrais l. »
La mère n'est pas de cet avis ; elle sait le danger que font courir ces lectures à cette imagination ardente. Un jour, elle entre dans la chambre de son fils pour brûler les mauvais livres : elle y trouve Y Emile et se laisse aller à en lire plusieurs passages : « Je ne me le « reproche pas, écrit-elle, car ils étaient magni- « fiques ; ils m'ont fait du bien. C'est trop « dommage que cela soit empoisonné de tant « d'inconséquences et même d'extravagances « propres à égarer le bon sens et la foi des « jeunes gens. Je brûlerai ce livre et surtout la « Nouvelle Héloïse, encore plus dangereuse,
1. Correspondance, t. 1, p. 20G, 207. D'après M. Ch. Alexandre l'opinion de Lamartine sur Rousseau aurait changé plus tard. « Lamartine, écrit-il le 3 février 1844, exalte Voltaire et « méprise Rousseau... Rousseau, dit-il, est un cuistre. » (Souvenirs de Lamartine, p. 40.)
c: parce qu'elle exalte les passions autant qu'elle ce fausse l'esprit. Quel malheur qu'un tel talent ce touche à la folie! Je n'en crains rien pour « moi dont la foi est inébranlable et au dessus ce de toute épreuve, mais mon fils1! »
Est-il bien sûr que la mère elle-même n'ait rien eu à redouter de ces lectures?
Lamartine, dans sa Correspondance , ne prononce pas le nom de Bernardin de Saint-Pierre. Et pourtant, dans son épisode de Graziella, c'est Paul et Virginie qu'il lit à la famille du pécheur.
ce Lamartine, vers 1808, devait beaucoup lire les Etudes sur la nature, de Bernardin de Saintce Pierre, dit Sainte-Beuve. Il devait dès lors ce s'initier aux secrets de ces voluptueuses couce leurs du Lac'1. »
Il nous semble, au contraire, que l'influence de Bernardin de Saint-Pierre a été à peu près nulle dans la jeunesse du poète, époque de virilité, de puissante originalité et qu'elle ne date que de l'âge mûr, âge des Confidences , de
1. Le Manuscrit de ma mire, p. 17m, 171, in-8°. -. Portraits contemporains t Lamartine, j>. 283, t.