‹ La jeunesse de LamartineChapitre 82 sur 227 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

(Juin 1 S 1 1 à avril 1812.

Lamartine amoureux. — Départ pour l'Italie. — A Rome. — A Naples. — Une liaison : Graziella, la petite cigarière. — Graziella idéalisée. — Les vers que son souvenir inspire. — Le voyage en Italie sur le génie poétique de Lamartine; épanouissement de sensations déjà nées ; évocation de la muse antique. — Les élégies à Graziella. — Poèmes grecs. — Lamartine et Chénier.

Nous avons vu la boutade de Lamartine à l'adresse de ses collègues dans les lettres à Virieu et à Guichard. C'est que, au moment du discours académique, le jeune récipiendaire avait souci de bien autre chose que d'un succès littéraire. Son cœur était pris. Depuis deux mois, il soupirait pour une Mâconnaise. Il ne s'était pas déclaré et n'osait le faire ; il se mor-

fondait, se plongeait dans les pensées les plus noires, lisait Ossian, Shakspeare. « Rien >><■ m'est tout ; tout ne m'est rien, » voilà sa devise. Pour la première fois, nous voyons poindre dans sa correspondance un sentiment religieux. « N'avons-nous pas, écrit-il à Virieu, un grand « appui ailleurs qui ne nous perd pas de vue et « qui mesure nos souffrances et nos forces, qui « reçoit dans son sein l'enfant trop faible pour « se soutenir, et qui prête des forces à celui qui « continue sa triste route [ ! »

Cette passion, dont l'objet était Mlle Henriette P..., n'était, comme le dira l'amant luimême plus tard, « qu'une de ces inclinations « enfantines, très innocentes, qui sont les pres- « sentiments plus que les explosions de « l'amour2. » Mais le jeune ténébreux prend la chose au tragique. Il veut se marier, se marier tout de suite. Tous deux n'étaient que des enfants. La famille Lamartine refusa son consentement. « J'aime pour la vie, je ne m ap- « partiens plus et je n'ai nulle espérance de « bonheur quoique étant payé du plus tendre

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