Cours familier de littérature
Le milieu familial où il avait vécu, le clan de « la terre natale» lui avaient donné l'impression dune vie patriarcale et homérique.
Il avait été frappé par la physionomie si différente, suivant les saisons, du pays qu'il avait habité :
Septentrionale, pendant l'hiver, avec ses brouillards dormant aux pieds de rochers qui en émergent et qui dressent leurs tètes pelées, semblables aux pics d'Ecosse ou de Norwège.
Méridionale, pendant l'été, avec son sol couleur de brique, ses villages calcinés, perchés sur des hauteurs arides, ses éboulis de roches jaunâtres, ses sentiers pierreux, ses maigres touffes de buis, de bruyère et de serpolet broutées par les chèvres, comme en Calabre, comme en Sicile, et si l'imagination de l'enfant et du jeune homme s'était embrumée, pendant l'automne, des rêveries d'Ossian et de Young, elle s'était réchauffée, durant les mois baignés de soleil, ii l'image grecque évoquée devant elle.
Aussi, quand le poète maçonnais eut SOUS les yeUX, DOIl plus Seulement limage de cette patrie entrevue, mais cette patrie elle-même avec ses enchantements, ce fut en lui un épanouissement
de sensations déjà nées, mais latentes, la révélation dune parenté mystérieuse, d'une secrète affinité, et sa jeune muse qui, jusqu'alors, sans appui, sans guide sur, sacrifiant au goût du jour, s'était mise à la remorque des Fontane et des Lebrun-Pindare, ou, cédant aux entraînements de son adolescence, s'était acoquinée à l'essaim folâtre de Parnv, de Bertin, de Dorât, va tendre maintenant à ses origines, à ses impulsions natives, a la muse antique, vivre dans son vrai milieu, avec ses vrais maîtres, ses vrais dieux : Homère, Théocrite, Virgile.
Pour un temps, enivrée par la molle vie campanienne, par les délices du golfe de Baïa, elle se fait sensuelle, épicurienne. Rassurons-nous pourtant. Elle ne hante plus ces poetae minores dune veine galante, spirituelle, bien coulante et facile, mais si vide, dont on a dit que : « les vers « sont autant de myrtes dont une feuille ne ce passe pas l'autre1, » poètes fin de siècle, fin du xvme siècle. Non, elle est en bonne compagnie cette fois, elle est avec Horace, Ovide, Catulle, Tibulle, Properce, tous pleins de sève et de grâce ioniennes.