CHAPITRE PREMIER
CHARLES VII ET MARIE D'ANJOU SITUATION DE LA ROYAUTÉ (i4aa-i423)
Le père de Louis XI, Charles VII, onzième enfant et cinquième fils de Charles VI et dlsabeau de Bavière, était né le 22 février i4o3 ; doté au berceau du titre de comte de Pontliieu, il n'était devenu le Dauphin qu'à 1 âge de quatorze ans, — après la mort de deux frères aînés qui l'avaient jusque-là séparé du trône *. Son enfance s'était passée au milieu des scènes tristes ou terribles que donnaient, dans l'hôtel Saint-Pol, la folie du Roi, et, dans la ville, des troubles intermittents, prélude des dissensions prochaines : vers le milieu de i4o5, Charles avait vu son père délirer furieu-
* Pour ce chapitre sur la jeunesse de Charles VIT, nos principales sources ont ctë: les chroniques, déjà citées, du Religieux de Saint- Denis et de Monstrelet, la chronique anonyme du règne de Charles VI, les Journaux du Bourgeois de Paris, de Nicolas de Kaye, de Clément de Fauquembergue — el l'excellente Histoire de Charles VII par le M'* du Fresne de Beaucourt, t. I, le Dauphin, i4o3-i4îîîî. — Cr. aussi Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, roi de France et de son époque , (Paris, 1 862-1865, 3 vol. in-8"), l. I, ouvrage moins bien documenté et moins complet, mais utile encore à consulter.
!i8 LES ORIGINES. l'eNFANCK
sèment, en proie à l'une des plus violentes crises de son mal, et sa mère, prise de dégoût et de peur, s'enfuir en compagnie du duc d'Orléans, tandis que le duc Jean de Bourgogne, dont les soldats emplissaient Paris, prenait en sa garde les Enfants de France ; deux ans plus tard, il avait entrevu l'affreuse misère des humbles pendant le rigoureux hiver de 1407, et, la même année, sa petite personne avait participé à l'étrange désarroi que causait à la Cour l'assassinat du duc d'Orléans ; précipitamment, sa mère l'avait emmené à Melun, puis à Orléans; il n'était rentré à Paris qu'au mois de décembre 1409, lorsque la reine Isabeau avait consenti à s'y réinstaller elle-même, sous la surveillance tyrannique de Jean-sans- Peur.
Alors l'éducation du jeune comte de Ponthieu avait été entreprise, une éducation somptueuse, à en juger par les dépenses qu'elle occasionna ; mais la révolution de i4i3 l'avait interrompue. Placé au centre de l'insurrection parisienne, Charles avait vu le quartier Saint-Antoine occupé par les Cabochiens, l'hôtel Saint-Pol envahi par leurs députa tions; il avait entendu les injurieuses harangues prononcées dans les appartements du Roi tandis que, de la rue, montaient les cris de mort poussés par la foule des émeutiers. Que de fois, à de tels spectacles, son âme de cliétif enfant avait été pénétrée d'effroi ; aussi, lui était-il resté de son jeune âge, des souvenirs si amers ou si