‹ La jeunesse de Louis XI, 1423-1445Chapitre 15 sur 44 · L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION

Louis reçut une éducation très sérieuse et une solide instruction. Son précepteur, Jean Majoris, était, par ses vertus et ses talents, le type de ce « sage homme d que plus tard Philippe de Commines souhaitera de voir à a lentour de tout jeune seigneur^ ».

En 1429, ce prêtre avait trente ans ^ ; maître èsarts, il était aussi licencié ès-lois'; très versé dans les questions de théologie et de politique qui passionnaient son siècle, il entretenait des

* Mémoires de Philippe de Commynes, nouv. éd.. publ. arec une introd.ct des notes, par Bernard de Mandrot, dans la Coll. d^ textes pour servir à Vétude et à lens. de l'Histoire, (Paris, 1903, a vol. in-80), liv. I, ch. X, t. I, p. 74.

' Sur Jean Majoris, que quelques biographes appellent à tort Jean le Maire, voy. Notices biographiques puol. par Et. ChariTay

?rs de :e sur Majoris,

• Les grades universitaires, à Paris, au xiv« et au xv« siècle, étaient : bachelier, licencié, et maître ou docteur, ces deux dernières dénominations étaient synonymes, avec cette différence que le titre de maître était réservé à la Faculté des arts et celui de docteur à la F'acuité de droit. On ne pouvait recevoir le titre de maître es-arts qu'après trois années d'études et six mois au moins après avoir obtenu la licence.

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relations avec des prélats et des docteurs ; plusieurs d'entre eux l'avaient en haute estime et lui témoignaient de l'affection, notamment l'illustre Jean Gerson, et le savant Gérard Machet, le confesseur de Charles VII \ Trois de ses dissertations sur les libertés de l'Eglise gallicane ont été imprimées dans les œuvres de Jean Gerson; elles n'y paraissent point déplacées ^ Excellent latiniste, logicien d'une rigoureuse exactitude, cet ardent défenseur des droits de la Couronne et de l'Eglise de France pouvait, par ses seules lumières, suffire il la double tâche qui lui incombait : instruire le Dauphin, et lui inculquerles principes d'une morale élevée. Mais Louis eut la rare fortune que le plan de son éducation et le programme de ses études fussent tracés et rédigés par Jean Gerson^.

L'ancien Chancelier de l'Université de Paris,

* Gérard Machet, ne à Blois, vers i38o, fut recteur, puis vice-chancelier de rUniversité de Paris en 141^ î confesseur de Charles VII, il devint évoque de Castres en i432, cardinal en i44o, et mourut en 144^' On ^ de lui trois lettres adressées à Jean Majoris, Bibl. Nat. fonds latin, 8577, n«^ 35;, fol. 94 v« ; n» 239, fol. 58 v^ ; n» 386, fol. io3vo.

* Voici les titres des dissertations de Jean Mîijoris qui nous ont été conservées : Disputatio de statu et poteslatc Ecclesi.T. — DisputatiodeauthoritateConcilii supra Ponlificcm maximum. — Disputatio de poteslate Papoî in rébus temporalibus.

' Jean Charlier, né en i363 au village de Gerson. près Relhel, dont il prit le nom, avait fait ses études au Collège de Navarre sous le docteur Pierre d'Ailly et avait commencé de bonne heure à prendre une part active aux querelles du grand Schisme. Devenu, en 139S, chancelier de l'Université de Paris, il avait travaillé à la réforme des études universitaires ; à dater de 1409, il s'était attaché au parti armagnac, tout en ne cessant de prêcher dans ses nombreux sermons, devant le peuple comme devant la Cour, l'union des partis. En 14 15, il s'était rendu au Concile de Constance, où il avait fait triompher ses doctrines sur la supériorité du Concile; après

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conseiller de tant de princes, le docteur éminent dont les avis avaient triomphé au Concile de Constance, s'était, depuis quelques années, retiré à Lyon pour y passer, dans la prière et dans Thuinilité, les derniers jours de sa vie. Il habita, pendant un certain temps, une cellule du couvent des Célestins dirigé par un de ses frères ; ce serait dans cette cellule que, suivant une opinion populaire*, il aurait composé le livre de « l'Imitation de Jésus-Christ ». Puis, en i4-9 — il avait alors soixante-seize ans — dans le cloître qui reliait la collégiale de Saint-Paul à 1 église de Saint- Laurent, il installa une école pour les enfants des faubourgs, les plus petits et les plus pauvres ; il leur apprenait l'alphabet et la vie de Jésus ; tout doucement, il les amenait à l'aveu de leurs fautes; lui-même, il les conduisait à la Messe et, à la fin du sacrifice, il leur faisait répéter : c( Mon Dieu, mon Créateur, faites miséricorde à votre serviteur Jean Gerson ! » il vivait ainsi ses heures les plus heureuses; au même temps, il écrivait son Traité « De Parvulis ad Christum tia-

avoir séjourné quelque temps en Autriche, il était rentré en France en 1419 et s'était fixé à Lyon; il y mourut le la juillet i4^9- — Cf. pour la biographie de Gerson, Ch. Schmidt, Essai sur Jean Gerson^ (Strasbourg et Paris, 1839 in-S**). — L. Masson, Jean Gerson, Lyon, 1899, in-i6. — La meilleure édition des œuvres du célèbre docteur est celle d'EUies Dupin, Gersonii opéra, (Anvers, 1706, 4 vol. in-f*). — Les dissertations de Jean Majoris s'y trouvent au tome II. col. iiaa-1145.

* Cette opinion est rejetée aujourd'hui par les meilleurs critiques, qui d'ailleurs ne s'accordent pas sur le nom de Tautcur do Vlmiiation.

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iiendis j> paraphrase de la parole de Jésus : a Laissez les petits enfants venir à moi j).

Des qu'il avait été placé auprès du Dauphin, en cette même année 1/129, Jean Majoris avait sollicité les conseils de son vénérable ami, et celui-ci, bien que ses forces déclinassent sensiblement, composa au plus vite douze Considérations sur le caractère et l'esprit des leçons et enseignements à donner au royal élève \

Les paroles de saint Jean a Erunt docibiles Deo » servent d'épigraphe à ces Instructions. L'Epître commence par des conseils à l'usage personnel de Majoris et par le développement de cette haute pensée : a Le Maître doit avoir en vue moins le salaire de son labeur que le royaume de Dieu et sa justice »; puis suivent des préceptes sur la conduite et l'attitude du gouverneur à l'égard des gens de la Maison de son élève : il importe que le précepteur se concilie le bon vouloir des familiers, afin que ceux-ci, par leurs propos toujours honnêtes, le secondent dans sa tâche et s'abstiennent des flatteries si nuisibles aux Grands. En abordant la question des études, Gerson affirme tout de suite son esprit novateur par la recommandation expresse de se servir surtout de livres écrits en français*. Ensuite, l'expert éducateur recommande

* Gersonii opéra,.., t. III, coi. a35-a37 « Instructiones ad Joannem M^orem prœccptorem Ludovici Delphini, filii Carolî VII, Francorum régis, m

^ Gerson avait prononcé de nombreux sermons en langue franaise. II y plaignait les soulFranccs « du pauvre commun » et atta-

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à Majoris de ne jamais faire aucun geste, de ne jamais prononcer aucune parole qui pourrait rendre le travail odieux à son élève ; il considère comme un progrès important tout ce que celui-ci aura appris de lui-même, sans y avoir été contraint. Les petites défaillances ne doivent pas être trop sévèrement punies; le plus souvent, il est préférable d'user de réprimandes que d'infliger des châtiments. La prévoyance de Gerson n'oublie rien, pas même le cas où la curiosité de l'enfant embarrasserait le savoir du maître ; que celui-ci réponde alors : « Rapportons-nous à la Sainte-Ecriture et à la foi catholique qu'enseigne TEglise ». Un peu plus loin, le précepteur est exhorté à prendre soin que le Dauphin apprenne peu à peu les noms, les images des Saints, puis leurs vies et leurs légendes. Plusieurs conseils sont de véritables maximes ou préceptes inspirés par les plus purs sentiments de charité chrétienne. Gerson avait souvent rappelé aux Rois qu'ils tiennent leur mission de Dieu et qu'ils seront comptables devant lui de toutes leurs actions ; aussi prescrit-il de répéter fréquemment au jeune Louis que la fin de l'homme est la vie future et qu'on lui apprenne au plus tôt que tous, pauvres, riches, puissants et rois, malgré les

quait avec violence, les oppresseurs et les ambitieux, artisans du malheur public. Cf. Ch. Auberlin, Histoire de la langue et de la littérature française au Moyen Age, (Paris, i883, 2 vol. in-S*»), t. Il, p. 362-37:. — Bourrct, Essai historique et critique sur les sermons français de Gerson, (Paris, i858, in-8^). L'auteur vante la variété, l'ampleur et l'abondance du style, cl il place Gerson au premier rang des scrmounaircs français de Tépoque.

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apparences, sont nés de même condition, et que les vertus qui conviennent le mieux aux Grands sont rhumilité, la clémence et l'humanité envers leurs frères, leurs futurs égaux dans la béatitude éternelle.

L'Histoire Sainte, la Vie et les Légendes des Saints, quelle admiration elles eussent causée à Louis, s'il avait pu feuilleter les manuscrits aux belles enluminures, les Bibles, les Psautiers et les Heures, ces trésors des Librairies de Charles V et et de Charles VI * ! Mais ces œuvres merveilleuses étaient restées à Paris, à la discrétion du duc de Bedford et, avec elles, les livres de classe qui avaient servi aux enfants de Charles VI. Pourtant, le Dauphin ne fut pas absolument privé de beaux et bons ouvrages ; Charles VII voulut que son fils apprit « à l'escolle en des manuscrits bien écripz, en beau parchemin et richement enluminés* », et il en fit acheter quelques-uns.

Jean Majoris mit d'abord entre les mains de son élève un « ABC S ; puis il lui fit apprendre par cœur un « Sept Pseaulmes », prière tirée des Psaumes

* Cf. J. Labartc, Inventaire du mobilier de Charles V, roi de France. — Inventaire de la bibliothèque du roi Charles VI fait au Louvre en i4a3, Dar ordre de Régent , publ. par la Soc. des Bibliophiles, (Paris, 1867, in-8*^).

* Comptes de l'Argenterie de Marie d'Anjou, Arch. Nat. KK 55.

Quand l'éducation du Dauphin fut terminée, Jean Majoris conserva précieusement ces manuscrits et, en mai i455, il les céda à la reine Marie d'Anjou, au prix de 100 livres tournois, « pour estre donnes à Robert Blondel, maistre d'cscolle de Monseigneur Charles 9, (Charles de France, frère cadet de Louis).

» Arch. Nat. KK 55.

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de la Pénitence; Tenfànt la récita soit mentalemient, soit à voix basse pendant le sacrifice dje la Messe ou la procession, juscpi a ce qu'il pût suivre les Offices dans les livres d'Heures \ Le soin de lui faire répéter ses lettres et ses prières était confié à Maître J-ean d'Arcouville que nous voyons adjoint à Majoris, et qui était sans doute chargé du rudiment*.

JLorsque son- esprit fut un peu débrouillé, on enseigna à Louis la grammaire, puis la rhétorique et kl dialectique, les trois premiers des sept arts libéraux'. Voici les livres principaux qui lui servireat pour ce cycle d études appelé le Triviuni : d'abord un « Donat y>\ traité des huit parties du discours, œuvre de Celius Donatus, grammairien romain- du iv* siècle ' ; puis un « Accidens w^ autre ouvrage de grammaii^e contenant les déclinaûsoaofih et les conjugaisons latines. Pour familiariser son: élève avec le vocabulaire, et orner en même temips sa jeune mémoire, Jean Majoris le fit étudier dans un « Cato » recueil de distiques moraux attribués à Dionysius Cato, poète et grammairien, mort ua

* Cf. Vallet de Viri ville, Histoire de F instruction publique en Europe et principalement en France^ (Paris, 1849, i'^"4'')> p. 206.

- L'existence de ce sous-précepteur du Dauphin est signalée par Le Roux de Lincy, dans son Introduction à 1 édition des Cent Nou- {'elles nom'elles, p. 12, et j)ar Legeay, Histoire de Louis XI, t. I, p. 7a. Ni l'un ni 1 autre de ces historiens n^a indiqué la source où il a pris ce renseignement.

^ La grammaire, la rhétorique et la dialectique formaient,, aa mo^eu âge, un premier cycle d'études.

* Arch. Nat. KK 55.

* Vallet de Viriville, /. c.

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siècle avaBbt Tère chrétienne ; il existait de cet ouvrage différentes éditions, les unes en latin, d'autres en français, d'autres encore dans les deux langues; enfin Louis apprit les règles de la syntaxe dans le « Doctrinal » ; ce livre était un extrait de Priscien qu'un régent de l'Ecole de Paris, Alexandre de Villedieu, avait au xni° siècle, mis en vers léonins, et rédigé dans une forme nouvelle et relativement attrayante ^

Il est très probable que le Dauphin, une fois le Trivium terminé, fut initié par son précepteur aux sciences qui formaient le Quadrivium : l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie; malheureusement, nous n'avons rencontré sur ce point aucun renseignement précis qui nous permette d'être affîrmatif; de même, nous ignorons si Louis aborda l'étude des écrivains de l'antiquité tels qu'on les pouvait connaître à cette époque, c'est-à-dire par des copies de copies, œuvres de scribes presque ignorants; prit-il connaissance de certains traités contemporains où étaient examinés les droits et les devoirs des Rois; a-t-il lu la fameuse traduction de la Politique d'Aristote, faite, pour Charles V, par Nicole Oresme? Essayer de répondre à ces questions nous entraînerait aux hypothèses hasardeuses ; or, nous nous les sommes interdites. Mais il est certain que Louis fut de

* Voy. Arch, Nat. Comptes de TArgenterie de Marie d'Anjou, KK 55. — Yallct de Ylriville, Histoire de r Instruction publique, p. i4oi4i.

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bonne heure assez avancé en latin pour lire la « Vie des Saints », ainsi que les faits et gestes de ses ancêtres dans les a Chroniques de Saint- Denis ». Il s'intéressait fort à l'Histoire, le bréviaire des Rois ; il y trouvait des modèles de sagesse, de beaux traits de vaillance, et aussi <( les grands parjurements, fraudes et tromperies* » des anciens.

Si Ton s'en rapporte au jugement de deux contemporains, les leçons de Jean Majoris donnèrent d'excellents fruits : Louis n'avait que dix ans et demi lorsque l'évèque Jouvenel des Ursins le déclarait a saige et bien morigéné^ », nous dirions aujourd'hui qu'il était docile, studieux et bien élevé. Le témoignage de Mathieu Thomassin sur l'élève de Majoris est plus formel encore ; ce personnage écrit, dans le registre delphinal, (i453) : « cestuy Seigneur daulphin... bien lisant, bien entendant et bien parlant latin et français' » ; c'est là véritablement un brevet de grand savoir pour l'époque, et très rares étaient les princes qui le méritaient. La connaissance du latin assurait à Louis une réelle supériorité : il pourra, sans le secours de scribes ou d'interprètes, lire les dépêches des ambassadeurs, rédiger lui-môme les

* Mémoires de Philippe de CommyneSy liv. I, ch. x, (éd. Bernard de Mandrot, t. I, p. 85).

2 Epître de Jean Jouvenel aux Elats de Blois, cilée par Beaucourt, Histoire de Charles VIl^ t. II, p. 3oj.

' Mathieu Thomassin, Registre Delphinal, Bibl. de Grenoble, mss. io52, fol. 1 13.

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réponses, entendre tous les discours, suivre les discussions ou controverses politiques et théologiques et, à l'occasion, y faire sa partie ; de plus, Tétude de l'italien lui coûtera peu de peine, il apprendra cette langue vite et bien pour le plus grand profit de ses intérêts diplomatiques.

Les études suivies du Dauphin ne furent pas prolongées au delà de sa quatorzième année ; or, dès cet âge, il écrivait volontiers, facilement et avec originalité ; la plupart de ses lettres, écrites, il est, vrai par des secrétaires, mais dictées ou inspirées par lui, témoignent de ses connaissances historiàles et légales, et ses billets autographes, assez nombreux, attestent sa préférence de la langue française sur la langue latine; certaines de ces missives privées ont même une piquante saveur gauloise. Ajoutons que son écriture était remarquablement soignée; le tracé des quatre lettres de sa signature est à la fois ferme et délié; Louis savait calligraphier ; en cela encore, il se distinguait des princes et seigneurs de son temps qui, presque tous, se contentaient d'apposer, d'une main maladroite, leur signature au bas des actes les plus importants, rédigés et écrits par leurs scribes, et qui parvenaient bien difficilement à tracer une courte page d'une écriture grossière et peu lisible, lorsqu'ils devaient expédier une missive particulièrement secrète.

L'éducation physique de Louis fut celle du meilleur chevalier : tout enfant, il fut initié aux prin-

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cipcs de l'équitatioD ; il apprit aussi à grimper, à sauter, à tirer de l'arc, à lancer le javelot, à se servir du bouclier; il eut ensuite des maîtres qui lui enseignèrent le maniement de Tépée et de la lance. Ces jeux et ces exercices étaient ordonnés et dirigés par Guillaume d'Avaugour, seigneur de la Roche-Mabille, bailli de Touraine, qui, depuis 1433, avait le titre de Gouverneur du Dauphin ^ Enfin pendant son enfance, Louis eut constamment auprès de lui le même physicien, Guillaume Léothier, chargé de veiller sur sa santé ^.

Le portrait du Roi Louis XI que Ton trouve dessiné, par traits épars, dans Tœuvre de Philippe de Commines, représente surtout Thomme tel que Tavait façonné une vie toute de travail et d'ennuis; mais, parfois, le judicieux chroniqueur reconnaît que Texpérience seule n'a pas formé Tesprit et le caractère de Louis ; c'est quand il découvre quelqu'une des qualités foncières de ce prince qui, a à la vérité, sembloit mieux [fait] pour secourir et seigneurier un monde qu'un royaume » : alors, il vante le grand sens naturel de Louis, sa mémoire extraordinaire ; il dit et répète qu'il était

* Beaucourt, Histoire de Charles Vif y t. Il, p. 3o3.

' Pendant les annties de détresse de la Monarchie, les gages du physicien n'avaient point été régulièrement payés coiuine le prouve une lettre de Charles VII, datée de Châteauroux, 5 mars i4î»6, accordant audit Guillaume Léothier un don de 200 liv. t. pour une fois (( pour la considéracion des bons et agréables services » qu'il « a fait jà longuement à icelui nostre filz, fait chacun jour et espérons que plus face et pour lui aidera supporter son état et dépense jusques a ce que autrement lui ayons sur ce pourveu. » Bibl. nat., î, fr. ao.59iy toL62.

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assez lettré, — et, au xv® siècle, assez signifiait beaucoup; — il fait Téloge de sa belle éducation, il la déclare supérieure à celle de tous les autres princes dont la plupart n'avaient été élevés « qu'à faire les fols en habillements et en paroles », presque tous sans lettres, sans conseiller sage à leurs côtés; à ce propos, il rappelle que « tous les hommes qui jamais ont este grans et faict grandes choses ont commencé fort jeunes ; et, ajoute-t-iU « cela gist à la nourryture » ou vient de la grâce de Dieu ^ ».

* Mémoires de Philippe de Commynes, . . ., t. I, p. 73.

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