‹ La jeunesse de Louis XI, 1423-1445Chapitre 16 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

On a VU qu'en 1428, les négociations de Charles VU, pour unir son fils à Marguerite d'Ecosse, étaient restées infructueuses. Après avoir longtemps balancé, Jacques 1" avait définitivement refusé la main de sa fille, ne pouvant se résigner à la voir emmener dans un pays alors si troublé et dont l'avenir apparaissait si sombre. Mais, lorsque les victoires de Jeanne d'Arc eurent un peu relevé le prestige du royaume de France, le Roi d'Ecosse se rapprocha de son frère et allié Charles VII ; en 1433, les deux Cours rentrèrent en des pourparlers, d abord actifs, puis lents et languissants jusqu'à durer trois ans sans donner de résultat. Enfin, au commencement de i436, grâce à l'habileté des deux ambassadeurs Regnault Girard et Sir Cand, les pressantes avances de Charles VII triomphèrent des hésitations de Jacques I®'* qui, bientôt, ne considérant plus que l'honneur fait à sa Maison et

* Regnault Girard a écrit une sorte de journal de son ambassade en Ecosse. Cette relation, très intéressante pour l'histoire de la navigation au début du xv® siècle, et remplie de détails curieux sur les mœurs écossaises, est conservée à la Bibl. Nat. f. fr. 17.330. — Un résumé a été fait par M. Jusserand sous le titre de A Jour»

LE MARIAGE ii5

« le remonstrant à la jeune princesse en la inhortant à bien faire », la conduisit lui-même à Dumbarton où l'embarquement devait avoir lieu. Mais, quand il eut remis sa fille aux mains des envoyés français, il ne se sentit pas la force d assister au départ et, précipitamment, il regagna Edimbourg « à grans pleurs du regret de Madame la Dauphine' » (27 mars i4v36).

Conduire Marguerite en France était, pour les capitaines de la flotille franco-écossaise, une expédition périlleuse ' : non seulement ils auraient à lutter contre les vents contraires, si fréquents dans

ney to Sestland in theyear i435, (The Ninateenih Century XXXVII, io36-io5a] , et M. de Beaucourt a emprunté au récit de Regnaull Girard un certain nombre de renseignements, Histoire de Charles Vil, t. III, p. 34-36.

^ Relation de Hegnault Girard, Bibl. Nat. f. fr. 17.330. — Presqu'aussitôt s'éleva un vent favorable, la flotte qui portait la future Dauphine quitta le port, mais la même nuit, les vents, devenus contraires, forcèrent de relâcher dans une baie voisine ; heureusement ce contre-temps dura peu et l'on put remettre à la voile.

' Dans les négociations au sujet du mariage, il avait été convenu que Charles VII fournirait la flotte qui devait conduire Marguerite en France : savoir une grande galère, garnie do vogueurs et d'arbalétriers, sur laquelle monterait la princesse, et des vaisseaux de transport, agiles et roulant peu, en nombre suflisant pour porter les deux mille hommes d'escorte que Jacques I®' donnerait à sa ûlle. Ne possédant alors aucun navire disponible, le Roi de France avait traité avec un certain Jean de Preel, dit Pymor, qui, moyennant dix mille livres, s'était chargé de l'entreprise. Il avait recruté en Espagne onze bons vaisseaux armés, dont de grandes nefs, mais, en raison de la guerre hispano-aragonaise, il n'avait pu se procurer de galère castillanne. Alors Jacques P^, ne voulant pas que sa fille eût trop à soufl*rir de la traversée, lui avait donné sa grande barge <f qui semblait voler sur les eaux », il avait aussi ajouté à la flottille française trois hulkes et six barques ; en tout c'était donc une escadre de vingt vaisseaux, qui portait i.oooà i.^ioo hommes écossais n. choisis et bien en point ». Cf. Relation de Rcgnault Girard. — Francisque Michel, les Ecossais en France, t. I, p. i83. — Ch. de la Roncière, Histoire de la Marine française, (Paris, 1900, in-80), t. II, p. a57-a58.

Il6 LES ORIGINES. X ENFANCE

ces parages, mais ils devraient éviter les embus- •cades des Anglais qui avaient posté une croisière en avant des côtes de Bretagoe^ Bravement, ils <;inglèrent en plein océan, et, durant trois longues semaines, leurs caravelles errèrent loin de tout rivage, ballottées par lesilot8% jusqu'au lundi 17 avril, jour où elles purent jeter l'ancre dans des eaux françaises, au petit port de La Palisse, au nord de l'île de Ré*.

Le lendemain, la grande barge qui portait Marguerite pénétra à Chief de Boys, l'avant-port de la Rochelle; puis, une tempête s'étant élevée, elle quitta cet abri peu sûr pour entrer dans le port même *. Mais, comme il était déjà tard, et que la décoration de la ville n'était pas achevée, la princesse ne fut pas montrée au peuple ce jour-là; on décida même de la conduire à quelque distance dans les terres, au prieuré de Nieul-en-Aunis', où elle se reposerait des fatigues de la traversée et attendrait les ordres de Charles VU ; ce qui fut fait,

* La Roncière, Histoire de la Marine, t. II, p. 257-a58. — La croisière anglaise forlc de cent quatre-vingts vaisseaux, s était lancée à la poursuite d'un convoi flamand, qui était parti delà Rochelle avec une cargaison de vins.

^ Regnault Girard, dans sa Relation, dit que « la Daupdiine eut très beau temps et beau passage ». Il n'est donc pas exact que la traversée ait été terrible, comme l'ont rapporté Vallet de Viriville. Histoire de Charles Vlly t. Il, p. 871 et Francisque Michel dans les Ecossais en France, t. I, p. i83. — Cf. Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, p. 35 et n. 3.

^ Le petit port de la Palisse, dans l'ilc de Ré, n'existe plus aujourd'hui.

^ Relation de Regnault Girard.

* Ibid. — Nieul-sur-Mer, cant. et arr. de la Rochelle, dép. de lu Charente-Inférieure .

le mercredi, de très grand matin et secrètement, pour ainsi dire, au grand désappointement des habitants de la ville et des environs qui désiraient tant voir cette fille des Rois d'Kcosse qui avait traversé les mers et brave de si grands dangers pour venir épouser le Dauphin de France; les bonnes gens se dédommagèrent en admirant les étranges costumes des chevaliers, écuyers et matelots écossais qui (< s'étaient tirés à terre pour se tenir sur le plat pays », caria tempête continuait de faire rage*. Lorsqu'il fut informé de Theureuse arrivée de Marguerite, le Roi en témoigna un vif contentement et, aussitôt, il chargea quatre de ses principaux officiers de se rendre à Nieul pour veiller sur sa future belle-fille et raccompagner dans son voyage de La Rochelle à Tours*. Ces députés étaient : Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France^, le Sire de Graville, grand-maître des arbalétriers*; mes-

* Relation de Regpiault Girard, Bibl. Nat. f. fr. 17.330 « et se blessa fort une nef de Bretagne u.

' Kelation de Regnault Girard. — Perceval do Cagny, Chroniques...., p. aïo.

' Regnault III de Chartres, doyen de Beauvais, camcrier du pape Jean XXIII, avait été élu, en i4i4> archevêque de Reims, mais il sVtait fait suppléer par un vicaire général dans l'administration de son diocèse, et était allé siéger au concile de Constance. Lieutenant de Charles VI et du Dauphin Charles dans le Languedoc, Lyonnais ot Maçonnais en 14 18, il avait, pendant quelques mois, occupé la charge de chancelier de France; en 14^9, il avait accompagné Jeanne d'Arc et le Roi dans le voyage de Reims ; pour la première fois alors, il avait pris possession de son archevêché et il avait sacré Charles VII. Depuis, il avait été l'un des négociateurs de la paix d'Arras i435, et il avait été chargé d'une mission à Calais. Gallia Christiana, t. IX, col. 1 35- 137.

^ Jean Malet V, sire de Graville et de Marcoussis, s'était artlaché

128 LES ORIGINES. l'enfance

sire Le Galloys du Puy-du-Fou, maître d'hôtel du Roi, et Jean Chastenier, général des finances*.

Le séjour de Marguerite à Nieul dura près de trois semaines ; elle en partit, le 5 mai au matin, pour faire son entrée à la Rochelle *. Son cortège était nombreux : aux gens d'Ecosse, aux envoyés de Charles VII s'étaient joints plusieurs barons et seigneurs des pays d'Aunis et de Poitou. A quelque distance de la ville, la petite princesse fut reçue et haranguée par une députation des Etats ; puis, la porte neuve franchie, elle fut conduite au carrefour a des Petits Bans », et, de là, par la Grand'Rue (( aux Jaropins ». Toutes les maisons étaient tendues et ornées ; la foule poussait des vivats enthousiastes et s'extasiait au défilé des Ecossais à la mine fière, aux yeux bleus, aux cheveux blonds, et aussi à la vue de la très belle compagnie de dames et de damoisellesduditpays^ Les bourgeois et le populaire s'étonnaient qu'au delà des mers,

à la personne de Charles, lorsque celui-ci n'était encore que Dauphin, et avait vu ses terres de Normandie confisquées par les Anglais. D'abord fauconnier, puis grand pannetier de France en 14^3, il avait été, peu après, créé grand-maitrc des arbalétriers. Eu i4^6, il avait défendu Montargis contre les Anglais, et en 14^9. il avait pris part à la campagne de Jeanne d'Arc vers Reims. Veuf de Jeanne de Bellengues, il avait épousé, en secondes noces, Jacqueline de Montagu, veuve de Jean de Craon, seigneur de Montbazon. Cf. le Père Anselme, Histoire généalogique .,. y t. VIII, p. 86-87, cl VU, p. 866.

* Relation de Regnault Girard.

* Relation de Regnault Girard. — Pcrccval de Cagny, Chroniques...^ p. aao. — Cf. Amos Barbot, Histoire de la Hochelle, (Paris, 1886, in-8^), t. I.

^ Cf. Liber Pluscardiensisy chronique latine d'Ecosse, publ. par F. Skcne dans The Historians of Scotland^i.Wl (Edimbourg, 1877, in-80), p. 380.

dans une contrée qu'ils croyaient à peine civilisée, seigneurs et dames eussent si grand état et si bel appareil, et qu'on y sût fabriquer et placer sur des vaisseaux, des chars richement parés et couverts «comme à la raigne de France pourroit appartenir*» . Cependant Marguerite était reçue et festoyée à riiôtel des Jaropins par les dames et les bourgeoises de la ville. Après le repas, on lui offrit une vaisselle d'argent; à ce cadeau, elle montra une grande joie « pour ce que c'était le premier qu'elle recevait en ce royaume* ». Dès ce jour même, messire Regnault de Chartres et le sire de Graville, de concert avec le chef de l'ambassade écossaise, le comte d'Orkney *, arrêtèrent a quel nombre et lesquels des Ecossois, tanthommes que femmes », conduiraient la Dauphine auprès de son futur époux*. Suivant les ordres formels du Conseil royal, il s'agissait de restreindre, au plus tôt, la suite de Marguerite vraiment trop considérable, et de désigner les quelques personnes qui resteraient attachées à la princesse pour lui faire honneur; les autres seraient immédiatement renvoyées en leur pays ; « et fut la départie d'entre eulx très forte à faire*». En effet, tous, seigneurs et dames, écuyers et damoiselles, servans et femmes comptaient bien voir les fêtes

* Perceval de Cagny, Chroniques.. .^ p. a 19.

' Relation de Regnault Girard, Bibl. Nal. f. fr. 17.330.

* Ce personnage, seigneur de Saint-Clair et amiral d'Ecosse, portait le titre de comte d'Orkney, c'est-à-dire des lies Orcades.

* Perceval de Cagny, Chroniques..,, p. 2'iO. » Ibid.

l3o LES ORlGl>'ES. l'enfance

du mariage; aussi ceux qui étaient congédiés se répandirent-ils en plaintes, chacun d'eux invoquant ses services et les dangers qu'il avait courus ; la plupart offraient de continuer, ce à leurs dépens », d'escorter la Dauphine; mais « ad ce ne purent estre ouiz, et retournèrent en Ecosse mal contens ^ ».

La nouvelle ordonnance de sa suite étant réglée, Marguerite quitta La Rochelle, le lundi 7 mai, et le voyage se poursuivit à petites journées; à Niort, Mesdames de la Roche-Guyon Taînée -, et de Gamaches^, envoyées par la Reine Marie d'Anjou, se joignirent au cortège*. Partout celui-ci était accueilli en grand honneur et révérence ; à Poitiers, (dimanche 20 mai), la réception fut grandiose : Messieurs du Parlement, presque tous « gens de grand façon et autorité », les docteurs et les écoliers de r Université, le clergé des églises et des collégiales se rendirent, en dehors des murs, à la rencontre delà jeune princesse, et, quand elle fut au moment d'entrer dans la ville, a du haut du

* Percoval de Cagny, Chroniques..., p. aao.

* 11 ne s'agit pas ici de Catherine Tiirpin, fîUe de Lancelot Turpin et de Denise de Montmorency qui avait épousé Guy Vil, sire de la Roche-Guyon, (Cf. le Père Ansehne, Histoire généalogique.... t. Vlll. p. Si'i), mais de sa belle-mère, Perrelte de la Rivière, iille <le Bureau do la Rivière, le conseiller de Charles V et de Charles VI, et veuve de (iuy VI de la Roche-Guyon, tué à Azinconrt. Cette dame s'était honorée par sa fidélité à la cause légitime, et elle avait mieux ainïé perdre tous ses biens en ^tormandie que de prêter serment aux Anglais ; on récompense Charles VII l'avait créée première dame d'honneur de Marie d'Anjou. Elle mourut après 1446.

* Isaheau de Linières, fille de Godemar de Linièrcs et d'Agnès Trousseau avait épousé Jean de Gamaches, maître d'hôtel de la Reine Cf. le Père Anselme, /. r., t. VIII, p. 691.

* Relation de Regnauld Girard, /. c, — Perccval de Cagny, /. c, p. aao.

LE MARIAGE l3l

portail saillit un enfant en figure d'ange qui, descendant à travers les airs, doucement lui posa sur le chef un chaperon que surmontait une couronne fleurdelisée ». Poitiers, qui se considérait comme la capitale administrative du royaume, avait tenu à couronner la Dauphine. Une foule curieuse, bruyante et joyeuse remplissait les rues et, dans les carrefoursétaienta des personnages de diverses manières richement habillés et qu'il faisait bon et plaisanta voir^ ».

Sur Tordre du Roi, Marguerite prit séjour à Poitiers; elle devait s'y ce refreschir et reposer de la paine et travail qu elle avoit eu en lamer^ », jusqu'à ce qu'elle fut mandée à Tours, c'est-à-dire tout le temps que dureraient les préparatifs du mariage. Alors, l'archevêque-chancelier et Regnault Girard se séparèrent de la princesse et se rendirent à Bourges auprès de Charles VII ; « je, dit Regnault en sa relation, luy fis la révérence comme son très humble serviteur, lequel, de sa part, me reçut en bon vouloir et fut bien content de ce que, par son commandement, je avoye besogné en ceste dite ambassade ' ».

Bientôt, le Roi décida que le mariage du Dauphin et de Marguerite serait célébré solennellement à Tours, au château de Montilz, le 25 juin, len-

* Relation de Regnauld Girard. — Perccval de Cagny, Chroniques,

2 Perr.eval de Cagny, Chroniques.., y p. aai.

' Relation de Regnault Girard, Bibl. Nat. f. fr. 17.330.

l3a LES ORIGINES. l'eXFANCE

demain de la saint Jean-Baptiste; et il ordonna au chancelier et à Regnault Girard d'aller à Tours pour arrêter, avec la Reine, le programme des fêtes, et renseigner le Dauphin sur la fiancée que la volonté paternelle lui destinait ^

Mais il restait à régler d'importantes questions dont la plus urgente certainement était celle des dispenses. Au xv* siècle, les théologiens se partageaient entre deux opinions, touchant l'âge canonique du mariage ; les uns, s'appuyant sur l'autorité d'Isidore de Séville et sur les décrétales du pape Grégoire IX, professaient que « sont pubères et mariables tant masles que femelles qui peuvent cohabiter ensemble et se trouvent capables à la copulation corporelle » ; d'autres, plus nombreux, s'en tenaient a la décision de Justinien fixant la puberté (légale) à quatorze ans pour les hommes, età douze ans pour les filles ^ Or, que l'on adoptât l'une ou l'autre de ces doctrines, l'union de Louis et de Marguerite ne pouvait être contractée sans une dispense préalable.

Donc, par lettres datées de Bourges, le 3juin i436, Charles Vil annonçait le projet de mariage arrêté entre les deux cours alliées de France et d'Ecosse, et il autorisait son fils à comparaître devant l'archevêque de Tours, son diocésain; le jeune prince se présenterait en personne devant l'archevêque

^ Relation de Rcgnauld Girard.

■^ P. Viollet, Histoire du Droit canonique français, (Paris, 1893, in-80), p. 415-416.

LE MARIAGE l'i'i

OU ses grands vicaires, ou bien il se ferait suppléer par des procureurs qui requerraient en son nom la dispense et le droit de contracter mariage * . D'autres lettres, portant aussi la date du 3 juin, confiaient à Adam de Cambrai, premier Président du Parlement, et à Baudoin de Champagne, sire de Ruzé et bailli de Touraine, l'un et l'autre Conseillers du Roi, la mission de représenter le Dauphin S Les deux procureurs de Marguerite furent Jean de Cranacli évêque de Brechin% et Maître Jean Sulbart prévôt de l'église collégiale de Methven*.

Les quatre mandataires comparurent le i3 juin devant Philippe de Coëtquis, archevêque de Tours *, qui accorda les lettres de dispense immédiatement et de très bonne grâce, attendu que le Dauphin avait presque quatorze ans, et que la glorieuse union de Louis et de Marguerite apporterait de grands avantages aux deux royaumes et à toute la chrétienté *.

La solennité des épousailles de Monseigneur le

* Arch. Nat. J. 409, n® 57.

2 Arch. Nat. J. 409. n» 58.

' Brechin, très ancienne TÎUe d'Ecosse, située dans le comté de Forfar et érigée en évêché depuis ii5o.

* Arch. Nat. J. 409, n^ $9.

' Philippe de Coëtquis^ d'une noble famille de Bretagne, avait déjà occupé le siège épiscopai de Saint- Pol-de-Léon, puis celui d'fcvreux, lorsqu'il fut élu archevêque de Tours, en i4î»7' Ce prélat, remarquable par son intelligence et par son savoir, avait été à plusieurs reprises employé par Charles VII comme orateur ou comme légat dans des missions difficiles. Il avait siégé au Concile de Bâle (i43a), et il avait soutenu ardemment ses droits d'archevêque contre les chanoines de Saint-Martin de Tours. 11 fut créé cardinal en 1440, et mourut le 12 juillet i44i* Gallia Christiana, t. XIV, col. 126-137 ^^ 9^0*

* Arch. Nat. J* 409, n<> $9.

1^4 LES ORIGINES. - — l'eNFANCE

Dauphin allait être la première fête du règne, franchement joyeuse, aussi Charles Vil désirait-il qu'elle fût célébrée avec magnificence; mais, vu les faibles ressources dont il disposait, il reconnut qu'il ne pouvait entrer en de si grands frais ; son Trésor était presque vide, et récemment, il avait du se faire avancer six cents florins sur les trente mille votés par les Etats du Dauphiné pour Tannée suivante \ 11 fut donc décidé que les réjouissances du mariage ne comporteraient point (( de joustes ne autres grans choses estranges'* »; qu'on n'inviterait pas les seigneurs des provinces éloignées, ni les chevaliers étrangers; le temps manquait d'ailleurs. On convint seulement qu'après la cérémonie religieuse, un grand festin serait offert dans le château superbement décoré des tapisseries et tentures empruntées pour la circonstance au duc Charles d'Orléans'*; pour le reste, le Roi comptait

* Beaucourt, Histoire de Charles Vf/, t. III, p. 36. — Aussitôt qu'ils étaient redevenus les maîtres de Paris (avril i436K les ofliciers de Charles VII s'étaient plaints : « que le roy estoit povre et toute sa gentet qu'il convenoit avoir de l'argent^ où qu'il fust prins » : et ils avaient l'ait un emprunt sur les Parisiens, « espccialemcnt très grief sur ceulx que on cuidoit qu'ils aimassent mieulx les Ângloys que les Françoys ». Et fut a l'emprunt très grand et se monta a très grosse somme d'or et d'argent. » Journal d'un Bour^ geois de Paris , p. 3a3. — Mais le trésor royal ne s'en trouva guère enrichi.

* Perceval de Cagny, Chroniques..., p. aaa.

' Ainsi, pour le mariage de Louis, on se servit, comme on l'avait fait autrefois pour sa naissance, des tapisseries de Charles d'Orléans, toujours prisonnier des Anglais ! — Cf. Lettres du duc d'Orléans, mandant à son trésorier de payer certaines sommes àceux qui ont conduit et fait poser à Tours les tapisseries qui ser virent aux noces du Dauphin. Additionnai Charters, Bristi<»h Mu-

sur la générosité de sa bonne ville de Tours. En effet, celle-ci se préparait à bien faire les choses. Dès qu'ils avaient connu la date fixée pour le mariage de Louis, les bourgeois s'étaient occupés du cadeau qu'il serait convenable d'offrir au Dauphin et à la Dauphine le jour de leurs noces, et l'on trouve, dans les Comptes municipaux de Tours, un curieux témoignage des négociations engagées à cette fin*. Dès le 27 mai, Maître Martin Desargouges et Maître Jean Ruzé avaient été envoyés, le premier à Chinon, le second à Loches porter des lettres aux Elus de ces deux villes et communiquer avec eux « de la manière du présent qu'il est expédient de faire à Monseigneur le Dauphin et à Madame la Dauphine ^ » . Les Tourangeaux proposaient que le don fut fait par tous les pays de Touraine collectivement; les habitants de Chinon s'étaient immédiatement rangés à cet avis ; ils avaient déclaré qu'on pourrait employer jusqu^'à cinquante marcs d'argent' pour ledit cadeau, et un de leurs Elus, Guillaume Papuiseau, s'était rendu à Tours, accompagné de Martin Desargouges, pour conférer à ce sujet*. Au contraire, les habitants de

seum (publ. par Vallet de Viriville dans Notices et extraits de Chartes et de manuscrits appartenant au British Muséum de Londres^ Bibl Ec. Ec. Chartes, an. 1846, p. 1 38- 139).

* Arch. Mun. de Tours, Comptes de la ViUe, année 14^6^ 1. XXVI, fo m vo et iia r<>.

'^ Comptes mun. de la ville de Tours, t. XXVI, f^ lia r**.

' Le marc d'argent iin (2.0 grammes) était Tunité de poids des métaux précieux. Son prix varia beaucoup de \^:i'i à i436 *. il était de II livres tournois en 14^6, de 20 en i43o.

* Comptes mun. de la ville de Tours, /. c.

l36 LES ORIGINES. l'eNFANCE

Loches avaient fait la sourde oreille, soit qu'ils voulussent offrir leur présent à part, ou qu'ils se réservassent pour le jour où le Dauphin et la Dauphine viendraient visiter leur ville *.

Les Tourangeaux et les Chinonnais s'étaient donc mis d'accord pour acheter, à deniers communs, une belle vaisselle d'argent du prix de 571 livres tournois; les premiers devaient fournir les deux tiers de la somme, et l'importante commande avait été faite à Jehan Bernart le meilleur fondeur-orfèvre de la ville de Tours*.

Marguerite cependant mandée dans ladite ville % y arriva, le dimanche 24 juin, sur les quatre heures de l'après-dîner*. Les Sires de Gamaches' et de Maillé* la reçurent à l'entrée et prirent la

* Comptes mun. de la Ville de Tours, t. XXVI, f^ ii3.

* Ibid,, f^ 114 v<*. — La crise politique avait eu pour conséquence une crise économique et monétaire n qui dura jusqu'en i438; elle entraîna, dans Tespace de seize ans, cinquante-deux mutations des monnaies dont les écarts extrêmes portèrent la valeur de la livre tournois à 9 fr. ai et à 3 fr. gS. » N. de Waillv, Mémoire sur les variations de la livre tournois , p. 48. En 1436, la valeur moyenne de la livre tournois était d'environ 6 fr. 85, et le pouvoir des métaux, comparé à leur pouvoir actuel pris comme unité , de 4 i/a. G. d'Avenel., Histoire économique de la propriété, t. I, p. 27.

' Relation de Regnault Girard, Bibl. Nat. f. fr. 17.330.

* Perce val de Cagny, Chroniques..., p. aai.

* Jean seigneur de Gamaches, et de Rosemont du fait de son mariage, iils de Guillaume 1°', sire de Gamaches et de Marie de Fesaamps, élait maître d'Hôtel du Hoi, de la Reine et du Dauphin, pour lesquels il fil plusieurs voyages. Il mourut en i443. Cf le Père Anselme, Histoire généalogique et chronologique des princes de la Maison royale de France j t. VlII. p. 691 .

' Hardouin VIII, baron de Maillé, seigneur de la Clarté et autres lieux, né en i3H3, de Hardouin VII de Maillé et de Mahaut Le Vayer, dame de la Clarté, était, depuis le i®' novembre 1^33, Grand- Maitre de Thôtel de la Reine, à cinquante livres de pension. Il avait

Jliniuturo des Chroniques de Cliaiiei VII. (Bibl. nal. Mit. Tr. IfiSI.)

tele du cortège ; ils s'avançaient à pied, tenant par le frein la haquenée blanche richement couverte que montait la princesse; derrière elle venaient, également à cheval, Madame de la Roche- Guyon Taînée, Madame de Gamaches, le comte d'Orkney *, quelques seigneurs et quelques dames; puis, dans deux grands chariots, plusieurs dames et damoiselles. Une foule nombreuse et avide de voir se pressait sur le passage des arrivants *, mais laffluence était plus considérable encore dans les carrefours et le long des boulevards où les magistrats avaient ménagé des surprises propres à charmer les yeux et les oreilles de la jeune princesse ; « au carroë aux chappeaux ^ » étaient installés des compagnons ménestriers qui, sur le signal de leur chef, Pierre Boussigneul, cornèrent de leurs instruments quand passa le cortège* ; sur le portail du pont-levis du Boulevard de la Riche, on avait élevé un vaste échafaudage recouvert de superbes tentures; là, au prix de quelles peines! les orgues de TEglise Monseigneur Saint-Martin avaient été hissées, et autour d'elles étaient

éponsé en i4i2« PcrrcncUe d'Amboise, dame do Rochecorbon, (îllc d Ingerger d'Amboisc et de Jeanne de Craon. Cf le Père Anselme.. ., t. VÏI, p. 5oo-5oi.

* Récit de rEntrce de Marguerite d'Ecosse, Bibl. Nat. f. fr. 43i8, P* i3-i5 \^. — Montfaucon, Monuments de la Monarchie française, t. III, p. 217.

* « Dieu sait queUc presse il y avoit », dit Perceval de Cagny, Chroniques..., p. 331.

' Un des carrefours de la ville.

* Comptes mun. de la ville de Tours, t. XXVI , f° lao.

l38 LES ORIGINES. L ENFANCE

groupés les enfants de la maîtrise, lesquels chantèrent à la venue de Madame la Dauphine, et reçurent ensuite pour salaire, du vin, du pain et des cerises*.

Marguerite descendit à l'église Saint-Gatien pour y faire sa prière et présenter son offrande au saint patron vénéré comme TEvangéliseur de la Touraine et le premier évéque de la ville*; puis, elle fut conduite au château de Montilz\ Là, aidée par les Sires de Gamaches et de Maillé, elle mit pied à terre ; les comtes de Vendôme et d'Orkney prirent aussitôt place à ses côtés, et, à travers la cour et la galerie, raccompagnèrent jusqu'au bas des degrés où l'on montait à la grand'salle*. Yolande, Reine de Sicile, et Radegonde de France, fille de Charles VII, l'y attendaient; « la prenant chacune par un bras », elles lui firent traverser la salle; la Reine de France y tenait sa cour, assise sous un dais de drap d'or contre le Grand banc paré ; auprès d'elle, était Madame de Vendôme, et, à l'entour, un groupe de jeunes femmes et de jeunes filles ; Marie d'Anjou se leva de son siège et s'avança de quatre ou cinq pas au-devant de Marguerite, Fembrassa affectueusement et la retint tout près d'elle; elle accueillit avec une affabilité marquée les sei-

* Comptes mun. de la ville de Tours, t. XXVI, P* lao.

- Perccval de Cagny, /. c. — L'église Sainl-Galien, cathédrale de la ville de Tours, commencée en ii65, ne fut terminée qu'en i547-

^ Perceval de Cagny, /. c, et Relation de Regnault Girard.

* Monlfaucon, Monuments de la Monarchie française^ t, III, p. 217.

LE MARIAGE ll^

gneurs, et les dames venus d'Ecosse \ Alors arriva Monseigneur le Dauphin « bien accompagné * ». Les deux enfants se donnèrent Faccolade ; et, pour faire tout de suite plus ample connaissance, se mirent à jouer ensemble. Ils s'ébattirent ainsi gaiement jusqu'au souper; celui-ci terminé Marguerite fut reconduite en son logis \

Le lendemain était le jour du mariage ; dans la matinée, l'inquiétude fut grande au château : rheure de la cérémonie approchait, les derniers préparatifs allaient être terminés, et le Roi qui» d'Amboise, avait annoncé sa venue pour le matin, n'était pas arrivé! 11 parut un peu avant midi*; sans prendre le temps de changer de costume, il se hâta vers la chambre de la Dauphine ; la petite princesse était à sa toilette ; « dans les paremens et habillemens qu'elle avoitàportez de son païs*^ », elle était ravissante; en la voyant, le Roi fut tout ému, et il déclara aux seigneurs de sa suite « qu'il était moult content de sa personne » ^ Quand

* Voy. Récit de l'Entrée de Marguerite d'Kcosse, Bibl. Nat. f. fr. 4'ii8, r*' i3-i5. — Relation de Jlegnault Girard. — iMontfaucon, Monuments de la Monarchie^ t. III, p. 217. — Perceval de Cagny...^ Chroniques..., p. 221.

*Bibl. Nat. f. fr. 4Ji8, P> i3-i$.

» Bcaucourt, Ilistoire de Charles VII, t. IIÏ, p. 37. — Bibl. Nat. f. fr. 4^ '8, f* i3-ib. « La Grand salle étoit toute tendue de tapis* série liault et bas moult richement et quatre chambres pareillement tendues de drap d'or et tapisserye de haulte lice. » Ibid.

* Beaucourt, /. c. — Perceval de Cagny, Chroniques,.,^ p. 22 1- — Relation de Regnault Ciirard, Bibl. Nat., f. fr. 17.330.

* Perceval de Cagny, Chroniques..., p. 222,

* Relation de Regnault Girard.

I40 LES ORIGINES. l'eNFANCE

Marguerite fut prête, on lui mit sur les épaules le long manteau royal et on lui posa la couronne sur le chef; puis elle fut conduite à la porte de la chapelle*. Quelques instants après, le Dauphin arriva accompagné des seigneurs de son sang et des gens de son Hôtel ; il avait fort bon air ; son costume royal de velours pers, brodé d'orfèvrerie à grands feuillages finement travaillés, lui seyait à merveille ; son épée, présent du Roi d'Ecosse, était très belle : « la poignée de fouet blanc ; au pommeau, une Notre-Dame d'un côté et saint Michel de l'autre * » . Les fiancés entrèrent dans la chapelle ; le Roi les suivait, vêtu d'une robe grise tout « housé et esperonné' », (il était resté en costume de voyage) ; ensuite s'avançaient : la Reine portant une robe de velours bleu magnifiquement ornée d'orfèvrerie, la Reine de Sicile, les comtes Charles d'Anjou et Jean de Vendôme, le comte d'Orkney, qui représentait le Roi d'Ecosse, tous en grand état ; puis les seigneurs, chevaliers et dames des Hôtels du Roi et de la Reine ainsi que les seigneurs dames et damoiselles venus d'Ecosse, a chacun d'eux le mieulx appareillé que faire le pouvait* >*. La bénédiction nuptiale fut donnée par Regnault III archevêque de Reims et chancelier de

' Relation de Regnault Girard.

* Entrée de Marguerite d'Ecosse, Bibl. Nat. f. fr. 43i8, f^ i3-l5. Relation de Regnault Girard. — Beaucourt, Histoire de Charles VII ^ t. III, p. 38.

* Pcrceval de Cagny, Chroniques..., p. aai,

* Ibid.

France, celui-là même qui avait sacré Charles VII à Reims en 1429.

La cérémonie religieuse fut suivie d'un festin : deux tables avaient été dressées ; à la première, qui était la plus grande et la plus richement servie, prirent place le Roi et la Dauphine, la Reine de France et la Reine de Sicile, l'archevêque de Reims et la (5omtesse de Vendôme, et « en une chayère au bout de la dite table » l'ambassadeur du Roi d'Ecosse, le comte de Orquenay » ; Monseigneur le Dauphin tint la petite table et festoya le surplus des seigneurs du sang et les chevaliers écossais*. Le plus curieux des divertissements de la journée fut « la morisquc », exécutée devant la Dauphine, par trois danseurs vêtus d'habits taillés dans de vieux draps de lit et bizarrement peinturés ; ces baladins avaient aux jambes et aux mains des douzaines de sonnettes, et, sur la tête, des chapeaux garnis de fleurs naturelles".

* Relation de Regnault Girard, Bibl. Nat. f. fr. 17.330. — Voyez aussi Perccval de Cagny, Chronique. ., p. 111, et Jean Chartier, Histoire de Charles Vif, t. I, p. a3'2. — Four le festin « la Confrairie de Dieu et des Apôtres » avait prôté son plus beau linge qui « fust gasté et endouiinaigé. » Comptes mun. de la ville de Tours, t. XXVl, 10 lao r» et v».

^ « ... A Robin le Barbier, envoyé à Chinon et Lodun pour essaier à trouver des habillemens à jouer des personnages à la joyeuse venue de niadite darac la daulphine... XX Vsols. — A RichartSagain, pour IIII vielz draps délit à faire III abiz pour ceux qui dansoient la inorisque devant la daulphine... XVI s. — A Jeham Amsart. couturier, pour ajoir taillé, cousu et fait les babils, XV s... — A Denis le Vitrier, pour avoir richement et hastivcmcnt peint lesdits habits et quatre barbes pour lesdits danseurs... LX s. — A Gervaise le chanteur, pour XXVII douzaines de sonnettes baillées aux dits danseurs et au taborin XXX s.; à lui pour le louage de partie desdites sonnettes qui lui furent rendues VI e. — A André Hacqueteau,

l4a LES ORIGINES. L ENFANCE

Après la fête, comme il convenait, on sépara les deux enfants trop jeunes pour la vie commune; Marguerite habita auprès de Marie d'Anjou qui la traita maternellement ^

Les seigneurs et les dames venus d'Ecosse reçurent du Roi de beaux présents* ; puis, après un séjour de deux semaines dans la ville, ils prirent congé pour retourner en leur pays. La réputation de munificence qu'avaient value aux Princes français la générosité de Charles V et les fastueuses prodigalités de Charles VF était telle que, malgré Timportance des cadeaux de Charles VII, les Ecossais partirent déçus. Ils étaient surtout mécontents de la parcimonie avec laquelle le Roi avait ordonné de leur retour*.

Il ne fut laissé auprès de la Dauphine, pour lui rappeler sa patrie et ses bons parents, que Messire Jehan Othart et sa femme Isabeau dWbrenate, Jehanne de Vynsives et deux ou trois autres Ecossaises; sa Maison fut composée de serviteurs français chargés de lui apprendre la langue; par une attention délicate, la charge de Premier Maî-

cellier pour avoir cousu en cuir lesdilcs sonnettes pour les mettre es mains et jambes desdits danseurs VII s. VI deniers. — A deux femmes qui avoient cueilli des fleurs pour faire des chappeaux aux dits compagnons II s. VI d. — Pour la despense desdits compagnons a déjeuner et diner après qu'ils eurent danse XXX s. »...etc. Comptes mun. de Tours, t. XXVI, f**, lao.

* Beaucourl, Histoire de Charles VII^ t. III, pr2Îa-a33. 2 Relation de Regnault Girard.

' Voy. Isaheau de Bas^ière^ p. 127-128 et 164. ^ Perceval de Cagny, Chroniques p. aaa.

* Relation de Regnault Girard.

LE MARIAGE l43

tre de son Hôtel fut confiée à Regnault Girard en récompense de Theureux succès de sa mission, et le poste d'écuyer d'écurie fut donné au fils de celui-ci, JoachimS

Sans tarder, on commença à instruire la jeune princesse suivant le programme d'éducation qui avait été arrêté entre les deux Rois ; il s'agissait de faire de Marguerite une femme accomplie^, et Charles VII désirait que la future Reine de France s'habituât très vite « à Testât de son nouveau pays ».

* Relation de Regnault Girard, Bibl. Nat. f. fr. 17.330. ^ Beaucourt, Histoire de Charles Vif, t. II, p. 491-304.

Page 1