ROLE DU DAUPHIN DANS CETTE RÉBELLION
La sourde colère qui, depuis plusieurs mois, couvait dans rame du Dauphin venait de faire explosion. Du même coup, le jeune Prince avait avoué ses rancunes et révélé ses espérances. A son retour du Languedoc, il souffrait déjà des grands griefs que lui faisait son Père, et comme alore il n'avait reçu ni récompense de ses services, ni remercîments pour sa belle conduite, son ressentiment s'était accru ; il jugeait qu'il eût dû être mis hors de page après les preuves qu'il avait données de sa bravoure dans l'Ile-de-France, et de ses talents politiques en Languedoc. Or, Charles VII, semblant méconnaître ses mérites, le maintenait dans la dépendance et n'améliorait en rien sa situation matérielle : comme au lendemain de son mariage, Louis avait, pour toutes ressources, douze mille livres annuelles qui, maintenant, suffisaient à peine à l'entretien de sa Maison ; les gages de ses officiers (ceux de son Gouverneur excep-
'^2'| LES A>>'ÉES D APPRENTISSAGE
tés')* étaient plus que modestes, et, cependant,, le Itoi était riche, puisque les finances se rétablissaient et que les trois quarts du domaine royal étaient recouvrés sur les Anglais ; le Dauphin lui, était pauvre, plus pauvre que le dernier des chefs d'Ecorcheurs, car il ne possédait dans tout le pays de France, ni une ville, ni une terre dont il pût tirer quelque argent. Son mariage lui était un autre sujet de mécontentement : Marguerite d'Ecosse lui avait été imposée; laissé libre de choisir, il n'eût probablement pas pris pour femme, cette jeune fille aussi pauvre d'argent que de santé ; son union, du reste, n'était-elle pas comme non avenue, puisque, de par la volonté du Hoi, Marguerite vivait presque constamment séparée de son mari, et, comme une enfant, demeurait, en très petit état, dans la Maison de la Reine?
Ainsi, à seize ans, Louis étoufTait dans son rôle de lieutenant du Roi ; humilié de commander en vertu de pouvoirs révocables, il songeait aux moyens de s'affranchir du joug paternel et de conquérir une large part d'autorité*. Son ambition
^ La pcDKiun du comlc de la Marche avail élé fixée à 6000 livres tuuriiois [Icltros royales du 4 janvier 14^7) ; les gages d'Amaury d*Ii)Hli»8ac à i 'ioo livres (lettres du 28 août i436), ceux de Jean Majoris à 200 livres. Voy. Ktieime (Iliaravay, pièces just. de Féd. de» /.ellres de Louis Dauphin^ p. 164 et 168.
- Certes, le Dauphin n'ignorait pas que Charles d'Anjou et le» autres membres » du parti angevin n travaillaient à raffermisse* ment du pouvoir royal, qu'ils rêvaient d'assurer au Monarque la suprématie sur tous les hauts barons. Il partageait môme, sur beau* roup de points, les idées politiques des conseillers de son père, tels que Raoul de (>aueourt, Martin Gouge, Pierre de Brézé, Prégent de Coétivy, Jeau Bureau, mais il se demandait pourquoi tant
dès lors éveillée, fit de rapides progrès, attisée qu'elle fut par les fols ou perfides encouragements des cabaleurs au milieu desquels il tomba en rentrant à la Cour.
Du groupe nombreux des mécontents qui s'agitaient alors, quatre personnages surtout, attirent rattention : les ducs de Bourbon et d'Alençon, le bâtardd'OrléansDunois, tous trois princes du sang, et un favori disgracié, Georges de la Trémoille. Le duc Charles de Bourbon \ beau comme « le troyen Paris ^ », fier de sa magnifique chevelure et de la merveilleuse souplesse de son corps, glorieux
d'inspirateurs, tant de guides entouraient le Roi, qui eût dû tout seul accomplir son œuvre de souverain. Il s'indignait de l'avidité de la vieille reino de Sicile, Yolande d'Aragon et de Charles d'Anjou, et s'étonnait devoir Charles VII leur prodiguer les titres, les pensions, les gros traitements, sans compter les sommes plus ou moins secrètement détournées du trésor, pour soutenir les lointaines ambitions de René d'Anjou, le frère aîné de Charles !
* Charles P', duc de Bourbon et d'Auvergne, comte de Clermont, de Forez et de l'isle Jourdain..., (ils de Jean I^** duc de Bourbon et de Marie de Berry, né vers i4o3, et accordé dès son enfance avec Catherine de France dernière fille de Charles VI et d'Isabeau de Bavière (qui épousa depuis le Roi d'Angleterre Henri V), avait d'abord porté le titre de^comtc de Clermont. Attaché depuis 1419 à la fortune du dauphin Charles, il avait été institué par celuici son lieutenant-général dans les pays de Languedoc et de Guyenne. Devenu, après i4a3,run des principaux conseillers de Charles VII, il avait été mêlé à toutes les intrigues des favoris jusqu'en i4^9> puis avait occupé successivement le gouvernement de l'Ile de France et celui de la Champagne. En i434f il avait succédé comme duc de Bourbon à son père Jean I fait prisonnier à Azincourt en 141 5 et mort en captivité. Ses bonnes relations avec Philippe le Bon duc de Bourgogne, dont il avait, en 142^) épousé la sœur, Agnès de Bourgogne, l'avaient désigné pour être l'un des négociateurs de la Paix d'Arras 1435. — Cf. le Père Anselme, Ilistoire généalogique et chronologique des princes de la Maison Royale de France , t. I, p. 3o5. — La Mure Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez (éd. Chantelanze, Paris 1860-1878, 3 vol. in-40) t. H, p. 164-186.
^ « Et bien renommé chevalier le plus facondeux de son temps. « G. Chastellain, Chronique.,. ^ t. II, p. i64*
2a6 IXS Jk5>ÊCS D*.VPPR£:rriSSiLGE
et turbulent, ne pouvait se consoler de n'être point
le premier dans TEtat: jadis, il avait rendu à la cause rovale des services signalés, entre autres la négociation du traité d'Arras entre Charles VII et le duc de Bourgogne : mais il s'était jugé trop petitement récompensé, et, depuis cette époque, U ne cessait de conspirer contre le Roi*.
Jean dAIençon avait derrière lui tout un passé de gloire ; Jeanne d'Arc, dont il était le meilleur compagnon, rappelait ic son bon duc ». elle aimait sa bravoure, sa piété, son dévouement' : mais depuis quelques années, ces vertus s'étaient comme flétries à Tair de la Cour; peu à peu le duc Jean avait pris goût aux intrigues : c'est que ses ambitions avaient été en partie déçues, qu'il était animé d'une haine vivace contre Charles d'Anjou, et qu'il avait grand besoin d'argent, la guerre l'ayant aux trois quarts ruiné'.
Sans conteste, le bâtard d'Orléans bunois était le plus vaillant des capitaines de Charles VII ; toutes les victoires remportées depuis dix ans sur les Anglais étaient dues à ses talents militaires, mais, comme il était habile et fort seulement à la tète de ses troupes et sur les champs
* La Mure, Histoire des ducs de Bourbon, Le. — « Grant terricu chiini ccstuy compétamment. dit encore Chastellain, et mouU donne aux aventurcH de la guerre, là où. conduit de fortune moyencment, parattaignoit à moyennes fins. » Chronique.. .y t. II, p. 164.
^ «... Et se tint plus proucliaine et acointe duducd'Alcnçon que de nul antre ; et toujours en parlant do lui l'appelloit : « Mon bon duc » cl non autrement, o Perceval de Cagny, Chronique.. .y p. 148.
'Chastellain, Chronique..., t. II, p. 164.
de bataille, les ambitieux l'avaient facilement gagné à leur cause ; pour le déterminer, ils lui avaient donné à entendre que, malgré les apparences, Charles VII et ses ministres ne souhaitaient pas du tout la délivrance de Charles d'Orléans son frère \
Depuis le jour où il était tombé en disgrâce (1433), Georges de la Trémoille avait traversé de dures épreuves : Charles d'Anjou et les nouveaux conseillers royaux s'étaient acharnés contre lui; ils l'avaient traqué, dépouillé, et à leur instigation, les fils du Sire de Giac le poursuivaient en restitution des biens de leur père * ; mais ces vengeances étaient l'œuvre des ministres et non celle du Roi ; celui-ci, qui ne savait rompre tout net avec personne, avait, à diverses reprises, donné quelques marques d'intérêt à son ancien favori, et, pour le secourir de ses deniers, il s'était reconnu débiteur envers lui de sommes importantes que La Trémoille aurait autrefois dépensées pour le bien du royaume'; insensiblement, l'ancien ministre s'était de nouveau glissé à la Cour, et il ne
^ Jean, bâtard d'Orlésins, avait été créé, eu 1439, par Charles VU comte de Dunois et de Longuevillc.
• Voy. Les la Trémoille pendant cinq siècles i3(t3-î839, t. I, p. aiS-'i2i.
' Lettres de Charles VII, du i5 février 1439, par lesquelles le Roi reconnaît avoir emprunté a 000 livres à la Trémoille et promet de lui continuer sa pension annuelle, dans Les La Trémoille pendant cinq siècles, t. I, p. 22i-'ia2. — Autres lettres de Charles VII, du II août 1439, reconnaissant un emprunt de 3 000 liv. tourn. a pour ses grans aifaires u ibid.^ p. 111. Le Roi d'ailleurs avait, dès i436, coniirmé son ancien favori dans ses biens et revenus. Ibid. p. XXII.
î»28 LES ANNÉES d'aPPRENTISSAGE
désespérait pas, Toccasion aidant, de reprendre le pouvoir.
Chacun de ces quatre personnages pouvait prétendre au rôle de chef des conjurés ; audessous d'eux venaient des conspirateurs de moindre envergure ; seigneurs eux aussi , mais moins puissants : le comte jde Vendôme, le maréchal de La Fayette, Alexandre et Guy, bâtards de Bourbon, Jacques et Antoine de Chabannes ^
Pour couvrir aux yeux des sujets le coup de main qu'ils préparaient contre Charles VII, les conspirateurs pensaient à la personne du Dauphin : ils se promettaient d'opposer le fils au père. Du reste, les adversaires du Roi s'étaient servis, à deux reprises déjà, du nom de Louis; en 1437, le duc de Bourbon, travaillant avec Rodrigue de Villandrando au renversement des ministres, avait mis, pour ainsi dire, le complot sous le patronage du Dauphin ^ ; et, tout récemment (octobre 1439),
* Jacques et Antoine de Chabannes étaient fils de Robert de Chabannes, seigneur de Charlus, tué à Azincourt (141 5) et d'Alix de Bort, damede Pierreiite. — Jacques, seigneur delà Palice, de Charlus de Passy, etc., né vers 1400, maréchal de Bourbonnais en i4a8, avait pris une part active et brillante à la guerre contre les Anglais; capitaine de Corbeil et du Bois de Vincennes en i436, il avait combattu au siège de Montercau, 143;. et avait reçu (17 novembre 1439) l'office de sénéchal de Toulouse avec exemption de résidence. Cf. le Père Anselme, Histoire généalogique... y t. VII p. i3o-i3i et VIII, p. 365-366. — Son frère Antoine, né en 1408, avait servi contre les Anglais dès i4^4 j chef de bandes, puis capitaine d'Ecorcheurs 1431-1439, il était devenu comte de Dammartin en i439 par son mariage avec Marguerite de Nanteuil. Cf. A. Isnard, Antoine de Chabannes (1408-1488), dans les Positions de thèses de l'Ecole des Chartes, année 1887, p. 60.
^ Cf. Mémoire de la chancellerie royale sur les plaintes et demandes faites au conseil du Roi en juin i44o> publ. par Le M^ de
LA PRAGUERIE. ROLE DU DAUPHIN à'Mj
aux Etats Généraux d'Orléans, certaines propositions du Roi (le règlement de la paix avec l'Angleterre entr'autres), avaient été laissées en suspens <c vu l'absence » du Dauphin, à la demande expresse des seigneurs opposants*. Aussi, lorsque Louis reparut à la Cour, les factieux observèrent curieusement son attitude et, de sa mauvaise humeur qui trahissait ses sentiment intimes, ils tirèrent les plus heureux présages pour le succès de leur cause ; il s'agissait seulement d'entretenir le jeune mécontent dans des dispositions hostiles à son Père, et d'obtenir, au plus tôt, des gages de sa complicité. Les grandes lignes du complot ayant été arrêtées par le duc de Bouï*bon et ses amis, on jugea utile de les communiquer à Louis par quelques aflidés : Pierre d'Amboise, Sire de Chaumont, et sa femme Anne de Bueil, Jean Sanglier, Maître d'hôtel du Dauphin, et un capitaine du Roi nommé le Petit Bouciquaut * ; — les ministres seraient chassés, Charles VII mis en tutelle, le Dauphin aurait la régence ; pour les opérations militaires, on s'assurerait un point d'appui en s'emparant d'un certain nombre de places et de châteaux; bien entendu, le changement de gouvernement avait pour but le bien public; le Dau-
Beaucourt ; dans son édit. de la Chronique de Mathieu d'Escouchy^ CoU. de la Soc. de VHist. de France (Paris, 1864, 3 vol. in-8^). t. III, recueil de pièces, p. 4-29-
* Beaucourt, Histoire de Charles VI ly t. III, p. 63-65.
* Cf, Mémoire des plaintes,,, (au t. III de l'éd. de Mathieu d'Escouchy, p. 7) et le Héraut Berry, Chronique,,. 1402-1461, (éd. Godefroy), p. 407.
ïUy LES ANNEES d'aPPRENTISSAGE
phin enverrait des lettres promettant aux sujets la suppression des aides \
Comme on se le rappelle, en transportant naguères la Cour à Angers (décembre 1439)*, Charles VII n'avait fait que déplacer le foyer des intrigues ; dans cette ville, en effet, le complot prit un plus grand développement ; princes et seigneurs tinrent des réunions pour le règlement des détails ; des capitaines d'Ecorcheurs, mandés d'Avranches, reçurent le mot d'ordre : ils devaient s'emparer du château d'Angers, se saisir delà personne « du Uoi et tuer les plus prochains et principaux sei'viteurs qui estoient entour luy »'. Pourtant rien ne fut tenté alors, Louis ayant été brusquement délégué par son père au gouvernement du Poitou.
Installé dans cette province , le Dauphin se tint en relations suivies avec la Cour; des messages secrets venaient Tinstruire des progrès de la conjuration, pendant que, de son côté, il se mettait en mesure d'agir * : afin de gagner les
* Thomas Busin, Histoire de Charles VII et de Louis A'/, p. i35i36. — Mémoire des plaintes f loc. cit., p. 7. — Héraut Berry, Chronique, p. 407-
'^ Bcaucourt, Histoire de Charles Vil, t. III, p. 118. 2 Mémoire des plaintes.... loc. cit., p. 7-8.
* Lettres de Louis à Charles VII, datée» de Pouzanges, 19 jaDvier i44t). ^^' Beaucourl, Histoire de Charles VII, t. III, p. lao, u. 4* — I-**-* ^9 janvier, le Dauphin étant à Fontcnay-le -Comte, ordonnait de payer 100 liv. tourn. h Amaury d'Estissac et à Guillaume d'Avaugour, qu'il envoyait trouver le Roi à Angers, a ou ailleurs c|uel(|ue ])art (|u'il soit, pour certaines grosses besongnes et matières..., grandement touchans mondit seigneur et nous, et pour en raporter respouse quelque part que soyons ». Cf. Etienne Charavay, jVotice sur Amaury d'Eslissac, à la suite de l'éd. des Lettres de Louis Dauphin...^ p. J66.
LA PRAGUERIE. ROLE DU DAUPHIN a3 1
Princes d'Orléans, il prit rengagement de payer aux Anglais, « à ses propres coustz et despenz », la somme de trente mille saluts d'or pour la rançon du duc Charles ^ (décembre i439). Au mois de janvier, il entama avec le duc de Bretagne, Jean V, un commerce de lettres et un échange d'ambassades ; un envoyé du duc vint traiter avec lui de certaines grosses besognes * ; et, Gabriel de Bernes, son homme de confiance, fut immédiatement dépêché auprès de Jean V avec ordre de le chercher quelque part qu'il fût et de lui remettre des lettres de créance; la mission était aussi urgente que délicate ' ; elle eut un heureux succès puisque l'hésitant Jean V signa, le i8 janvier, un traité d'alliance avec le duc de Bourbon*. A partir de ce moment, les événements se précipitèrent : à la fin de janvier, le duc de Bourbon, après une altercation avec Charles Vil, quitta la Cour et se rendit à Blois'. Là, il réunit, en un conciliabule, les principaux des conjurés : le duc d'Alençon, le comte de Dunois, le comte de Ven-
* Lettres du Dauphin du i5 décembre 1439, publ. par Et. Charavay, loc. eit.y p. 176-177.
' Cf. paiement fait à celte occasion par le Dauphin, alors à Ponzanges. Beaucourl, flisioire de Charles VIT, t. III, p. i-io, n. 5.
' Le aS janvier, Gabriel de Bernes quittait Fontenay-le-Comte, pour se rendre auprès du duc de Bretagne, ilï. Et. Charavay, Notice sur Gabriel de Bernes, dans les Lettres de Louis Dauphin^ p. i83. L'envoyé reçut, en paiement de sa mission, la somme importante de 3o liv. tournois. Voy. Lettres de Louis, datées de Saint- Denis, 4 noût i44i- Ibid.
^ Cosneau, le Connétable de liichemontj p. 3o3.
* Mémoire des ilainies,.., (publ. par Beaucourt, éd. de Mathieu d'Escouchy, t. III, p. 10).
a32 LES ANNÉES D APPRENTISSAGE
dôme , les sires de Chaumont et de Prie , et plusieurs capitaines; Georges de la Trémoille, empêché, avait envoyé son adhésion *. Dans cette réunion; il fut décidé que le duc d'Alençon se rendrait auprès du Dauphin pour lui porter le plan définitif de l'insurrection et les résolutions relatives à la campagne que ce prince dirigerait en personne dans le Poitou, pendant que Bourbon soulèverait les provinces du centre*.
En même temps que Louis réunissait ainsi dans sa main tous les (ils de la conspiration, il remplissait avec diligence ses fonctions de lieutenantgénéral ; par de fréquents messages, il renseignait Charles VII sur les affaires du Poitou, et il savait occuper autour de soi tout son monde, officiers et conseillers, de façon à détourner leur attention de ses menées subversives ; mais, après son entrevue avec Jean d'Alencon, il renonça à toute précaution, et, subitement, il perdit toute retenue; il se jeta, tète baissée, dans Taventure, avec la fougueuse témérité d'un jeune homme aveuglé par l'ambition, et qu'aucune considération morale ne pouvait arrêter : dans le cœur de Louis, en effet, la piété filiale n'avait aucune place; il n'aimait, n'estimait, ni ne craignait son père ; on ne trouve pas non plus qu'il ait été un seul instant entravé par des scrupules religieux, — pour-
* Beaiicourt, Histoire de Charles VU, t. III, p. 119. — Les La Trémoille pendant cinq siècles, t. I, Préface. — Le Héraut Berry, Chronique..., p. 407.
^ Héraut Berry, Chronique, p. 407.
tant Dieu sait si sa conscience en était encombrée ! Sans doute que le jeune casuiste se jugeait absous d'avance des pires moyens dont il userait pour atteindre à cette fin glorieuse « faire le profit du Royaume de France ».
Lorsque le Comte de La Marche, si brutalement congédié par son pupille, s'en fut revenu en grande hâte vers le Roi à Angers, et qu'il lui eut raconté (c le gouvernement que avoitprinsle Daulphin », et comment il voulait user de sa seule volonté * Charles VII comprit que les factieux, dont il avait maintes fois déjoué les intrigues, venaient de se grouper autour de son fils, et qu'une véritable sédition allait éclater. La situation du Roi ne laissait pas d'être critique : s'il avait pour lui son bon droit, l'avantage moral d'être dans le cas de légitime défense, il ne disposait que d'un très petit nombre de compagnies organisées, et, par malheur, le connétable de Richemont, leur chef, se trouvait absent dans ces circonstances difficiles ^ Les rebelles, au contraire, avaient à leur service des forces considérables, car ils n'hésitaient pas à enrôler les troupes errantes d'Ecorcheurs et les bandes
* Jean Charticr, Chronique de Charles VU, t. I, p. a53-4.
* G. Grucl, Chronique d'Arthur de Richemont (éd. Le Vavasscur), p. i57-i58. — Cosneau, Le Connétable de Richemont, p. 3o4-3o5.
'li% LES A55ÉES d'apprentissage
de maraudeurs' ; de plus, lisseraient soutenus par le duc de Bretagne qui leur procurerait Tappui des Anglais. Avant même que la lutte fût commencée, Charles Vil semblait être pris entre deux groupes d'ennemis, car sorti d'Angers et entré en Touraine, il trouva le château de Loches occupé par le sire de Chaumont, et celui de Montrichard par les troupes du duc de Bourbon ; Taccès de ces places lui était donc interdit -, et, d'autre part, en Poitou, la sédition éclatait : le Dauphin venait d'adresser aux sujets un appel à la révolte % déclarant qu'il ne prenait les armes que pour le bien public, pour la suppression des aides et pour le renvoi des Conseillers royaux qui retardaient la conclusion de la paix avec TAngletcrrc. Le Roi, ne voulant pas que le duc de Bourbon et ses complices fissent de lui comme les Anglais « avaient fait du roi Bichart * », se mit aussitôt en campagne, et tailla en pièces les bandes de quelques capitaines rebelles; aupa-
* Lft Bourjçoois de Pari» apprécie en ces termes la composition dc> rarniée du Dauphin a... un^ grant nombre que on nommoit les plus larrons (pii fussent... et estoient nommez les Escorcheurs et faisoient guerre au povrc peuple, si forte que on n'osoit yseir hors dtîs bonnes villes et quelque personne qu'ilz eiicontrassent, ilz lui deniandoient : a Qui vive! » S'il estoit de leur party, iln'estoîl seulement qui" desrobbé de quanqu'il avoit. et s'il estoit d'autre party, il estoit tué et desrobbé, ou mené en prison dont jamais il n'yssoit tant estoit tyré, geliainé et mis à grant rançon. » Journal,., (éd. Tuetey), p. Vu.
' Mémoires sur les plaintes...^ loc. cit.^ p. ii-ia.
"' Mémoire...^ loc. cit., p. 7.
* Mémoire.,. y p. 11-12. — Allusion h Richard II, roi d'Angleterre (ri77-i.'i99], qui fui déposé par son cousin le duc de Lancastrc, et étranglé secrètement. Voy. Wallon, Histoire de Richard If»
LA PRAGUERIE. ROLE DU DAUPHIN l'i^
ravant, il avait écrit à ses bonnes villes pour leur défendre de pactiser avec les insurgés * ; dans ces lettres, il faisait allusion au Dauphin ; il le représentait comme un adolescent suborné par de méchants conseillers qui l'avaient arraché à l'affection de son père et à la tutelle de son gouverneur ' : Louis instrument aveugle des seigneurs révoltés, telle fut la mensongère formule qu'adopta la chancellerie royale '.
Cependant Richemont, qui avait été pendant quelques jours arrêté à Blois par les rebelles, parvenait à rejoindre le Roi *. Celui-ci pouvait être tranquille désormais, « puisqu'il avoitle connestable, plus ne craingnoit riens* »; Richemont était, en effet, un général du premier mérite, tacticien habile, vaillant homme de guerre, il savait, en outre, maintenir son armée dans une rigoureuse discipline.
* Cf. le texte de cette circulaire en date du 24 février, conservé aux Arch. com. de IS'arbonnc AA. 141 ; et publ. par G. Mouyuès dans Y Inventaire (Narbonne, 1877, in-4**), p. 391-39'i. — Un autre exemplaire du même mandement, adressé au bailli de Vermandois se trouve aux Arch. com. de ChAlons-sur-Marne, AA3, pièce 10; et une mention dans les Registres du Conseil de ville BB 3, f^ 76.
2 « Le Roy, dit Jean Chartier, print ceste rébellion a très grant desplaisance, comme ille démonslroit bien par efFect, car, depuis le commencement jucques à la lin, ne cessa de tenir les champs >». Chronique de Charles VU, t. I, p. 238.
^ Et cette version, adoptée alors par les Chroniqueurs officiels, fut, dans la suite, acceptée par les historiens : « les seigneurs révoltés avaient besoin d'un nom, dit Michelet {^Histoire de France, t. VII, p. 9), le Dauphin, quoiqu'enfant leur suffit w ; — et, jusqu'à nos jours, dans tous les récits de la Praguerie, Louis est présenté comme complice inconscient ou simple inslrumeul des rebelles.
* Cosneau, le Connétable de Richemont, p. 3o4-3o5.
* G. Gruel, Chronique d'Arthur de Richemont, p. i58.
2*36 LES ANNÉES d'aPPRENTISSAGE
Après avoir sommé, pour la forme, le duc d'Alençon de lui rendre le Dauphin \ Charles VII accompagné du Connétable, de Charles d'Anjou et du comte de La Marche, prit le chemin du Poitou ^ Quand les troupes royales parvinrent dans cette province, la rébellion y avait déjà fait de nombreuses recrues ; les villes, elles-mêmes se montraient prêtes à soutenir le Dauphin, maintenant qu'il supprimait les aides et ne parlait plus de réformer les abus. Déjà, au nom de Louis, le duc d'Alençon avait occupé Melle et La Roche, et mis le siège devant Saint-Maixent\ pendant que le Prince demeurait à Niort, au centre des opérations \
Richemont poussa vigoureusement les hostilités sur plusieurs points ; en quelques jours, Charles VII ayant repris Melle, occupé Mirebeau*, Sainte-Néomaye ' et Tlsle \ parvint aux portes de Niort (2-7 mars) '. Là, le Dauphin et le duc
* Héraut Berry,... Chronique.,. 1402-1461 (éd. Godefroy) , p. 407 : « Et de faict, il cuvoya des ambassadeurs devers Monseigneur d'Alençon, afin qu'il luy voulust remettre sou fils entre ses mains, lequel nen voulut rien faire, »
* Beaucourt, Histoire de Charles VIF, t. III, p. laS.
' Mémoire.,. f loc. cit., p. la.
^ Le Compte de l'Hôtel du Dauphin fut arrêté « pour février à Nyort, le 5 mars ». Et. Charavay, pièces just. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170.
' Mirebeau, ch.-l. de cant., arr. de Poitiers, dép. delà Vienne.
* Sainte-Néomaye, cant. de Saint-Maixent, arr. de Niort, dép. des Deux-Sèvres.
"^ L'Isle, com. de Availles, cant. de Brioux, arr. de Melle, dép. des Deux-Sèvres.
' Mémoire,.,, loc. cit., p. ia-i3. — Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, p. ia3.
(l'Alençon Tarrêtèrent en entamant des négociations avec le comte de La Marche ; ils voulaient ainsi gagner du temps, car ils attendaientla ce venue de mondit seigneur de Bourbon et de sa puissance » et notamment des seize cents hommes d'armes que le capitaine d'Ecorcheurs, Antoine de Chabannes, était allé en toute hâte lever à Creil *. Le Roi, confiant dans la sincérité des médiateurs et dans la loyauté de ses ennemis, s'en fut à Poitiers pour y célébrer les fêtes de Pâques ; mais, comme Bourbon ni Chabannes n'arrivaient, les rebelles sollicitèrent des secours du capitaine anglais Huntingdon. Cette démarche, inspirée par le duc d'Alençon, n'aboutit pas, Huntingdon exigeant, pour prix de ses services, la mise à sa discrétion de plusieurs places du Poitou — que les insurgés n'avaient pas le cœur ou les moyens de luilivrer^ Alors le duc d'Alencon et son lieutenant Jean de La Roche, au mépris des négociations en cours, se jettent sur Saint-Maixent (3 avril) ', le château est pris, la ville est en partie enlevée * ;
* Chronique Martinienne, feuillet CClxxxv v*^.
2 Mémoire... y loc. cit., p. i3.
^ Mémoire,. .y loc. cit., p. i3. — HërautBerry, Chronique. .., p. 407. — Jean Charlier, dans la Chronique de Charles VU, dit que, le Dauphin et le duc de Bourbon (?) prirent part à l'attaque de Saint- Maixent ; mais il est le seul chroniqueur qui mentionne la présence du jeune prince dans ce coup demain (t. I, p. -^54). Cf. A. Richard, Recherches sur l'organisation communale de la s'ille de Saint- Maixentjusquen 1790 (Poitiers, 1870, in-8*^), p. 17.
* Grâce à une trahison. « Le Sire de la Roche-Guyon, dit le Héraut Berry, cstoit celuy auquel le Roy Tavoit donne : si avoit le dit seigneur un valet, lequel il avoit battu et ledit valet esloit amoureux d'une chambrière que ledit Seigneur maintenoit. Si firent leur
238 LES ANNÉES d'aPPRENTISSAGE
mais les religieux, dans l'abbaye, et un groupe de bourgeois, dans la bastille de Sainte-Croix, résistent vaillamment*, tandis que Tun de ces derniers, Pierre Doulx, court à toute bride, avertir Charles Vil *. La nouvelle de cette traîtrise parvint au Roi pendant qu'il dînait ; il se leva de table, très courroucé, et, aussitôt, avec quelques hommes d'armes, il partit pour Saint-Maixent; il y arriva avant que les défenseurs de la bastille fussent tout à fait épuisés ; dans la nuit, la ville fut reconquise, le duc d'Alençon et son lieutenant durent prendre la fuite '.
Le Dauphin et Jean d'Alençon prévoyant que Charles VII serait bientôt maître de la province*,
complot ensemble de trahir leur Maistre. d Chronique y p. 4o8. — Jean Charticr donne le nom du ralet : Jacquet. [Chronique de Charles K//, t. I, p. a54). Cf. Lettres de Charles VII, créant un corps de ville à Saint-Maixent, publ. par A. Richard, loc. cit.,p, 196-199.
* Jean Chartier, Chronique de Charles Vif, t. I, p. a55. — Héraut Berry, Chronique.,., p. 4*^7 •
- Lettres de Charles VII, 16 avril i44o, gratifiant Pierre Doulx d'une pension de 100 liv. pour dix ans ; publ. par A. Richard, loc. cit., p. 199-202.
^ Beaucourt. Histoire de Charles VII, t. III, p. 124. — Les assaillants revinrent à Niort avec une grosso part de butin ; Voy. Chroniques et lettres citées. — Charles VII mit le siè^ devant le château, qui fut pris quelques jours plus tard ; une partie de ses défenseurs furent décapités, mais la plupart (ies traîtres, dit Jean Chartier, « avec le dit Jacquet, qui avoit esté conducteur delà traïson », avaient trouvé asile à Niort, auprès du Dauphin. Chronique de Charles VII, l. I, p. a 56.
* Malgré l'arrivée d'Antoine de Chabannes et de ses Ecorcheurs, voy. Héraut Berry, Chronique...^ p. 408; et Chronique Martinienne, feuillet CClxxxv v". — A en croire cette dernière, Chabannes, après avoir traversé « le royaulme do France, a tout lesditz huyt vingtz hommes d'armes de sa compaignie », aurait donné a au travers de Tost du roy » et se serait retranché dans Niort. En vérité, cette vantardise du chroniqueur dissimule mal une défaite ou une défection de Chabannes.
LA PRAGUERIE. ROLE DU DAUPHIN a39
ne se jugèrent plus en sûreté à Niort*; ils gagnèrent le Bourbonnais - ; puis, leur jonction faite avec Charles de Bourbon, ils cantonnèrent leurs troupes en Auvergne ' ; — comme dernier rempart d'une insurrection, ce pays de montagnes était bien choisi — ; ils s'emparèrent de la ville de Lengois, mirent le siège devant Montferrand et peu s'en fallut qu'ils n'enlevassent Clermont *. Louis, d'ailleurs, se flattait de grouper sous son autorité toutes les provinces du . sud et, dans les lettres qu'il leur adressait, il parlait à chacune d'elles le langage qu'il savait devoir lui plaire *. C'est ainsi
qu'il convoquait à Clermont les Etats d'Auvergne, afin, disait-il, de solliciter leur appui, leurs avis et d'obtenir des seigneurs le serment contre le Roi ' ;
* Jean Charlicr, Chronique de Charles Vif, 1. 1, p. 237. — Louis et ses alliés étaient encore à Niort le 6 avril, date où fut arrêté le compte de l'Hôtel du prince pour le mois de mars. Cf. Et. Charavay, pièces just., éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170.
^ Mémoire..., loc. cit., p. i3. — « Et comme dit est, soudainement se partirent Icsdits dauphin et duc d'Alencon et leur compaignie. . . et s'en allèrent tout d une tire en Bourbonnois ». Jean Chartier, Chronique de Charles Vif, t. I, p. 257. — Après le départ des princes, Niort ne tint pas longtemps, quoique Jean de la Hociie fût resté eu Poitou pour y continuer la guerre. « Cculx de la ville de Nyort, dit Jean Chartier, baillèrent libérallement entrée au roy, auquel fut prins le dit Jacquet, et plusieurs autres de Saint-Maxcut et dudit Nyort. Et fut icellui Jacquet escartellé et les autres décappitez. » Chronique de Charles Vff, t. I, p. 257.
' Jean Chartier, Chronique de Charles Vff, 1. 1, p 2X7. — Héraut Berry, Chronique..., p. 408-409. — Mémoire..., loc. cit., p. i3-i4. — Monstrelel, Chronique. ..s t. V, p. 410. — Thomas Basiu, Histoire des règnes de Charles Vff et de f.ouis A'f, t. I, p. 137. — Le Dauphin s'établit à Moulins; il était encore dans celle ville le 3o avril. Cf. Monstrt'let, loc. cit., et Et. Charavay, pièces just. éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170.
* Mémoire ..., loc. cit., p. 14.
* Monstrelel, Chronique..., t. V, p. 4ïi.
* Cf. Monstrelet. Chronique..., t. V. p. 4ii- — Ant. Thomas,
a4o LES ANNÉES d'aPPRENTISSAGE
— Au Languedoc, il proposait les mesures les plu» propres au soulagement de la contrée dont il connaissait mieux que personne les misères et les besoins. — Aux Dauphinois, il s'adressait comme à des sujets directs, et desquels il pouvait attendre le concours le plus dévoué et les services lesplus efficaces ; à tous, il se présentait comme un sauveur, promettant Tabolition des aides et la conclusion de la paix avec TAngleterre ; il publiait même qu'une assemblée générale des Etats de la Langue d'Oc pouvait seule rétablir Tordre dansle royaume, et il en fixait la réunion prochaine à Lyon \
Charles VII, instruit des faits et gestes de son fils, comprit à quel péril il exposerait la cause légitime, s'il laissait Louis trancher ainsi du souverain dans les provinces du sud ; il renonça donc à se rendre à Bourges, où il devait tenir les Etatsde la Langue d'Oïl % et, à la tète de huit cents hommes d'armes et de deux mille hommes de trait^ il quitta Poitiers et marcha sur le Bourbonnais ^. En môme temps, il envoya aux provinces et à ses bonnes villes des lettres destinées à effacer
Les Etais provinciaux de la France centrale sous Charles VII^ t. I, p. laa.
* Mémoire . ..y loc. cit., p. i4-
^ Mémoire y loc. cit., p. i4-i^. — Cf. Lettres de Charles III, signée» de sa main et datées de Mirebeau, le 2 mars, par lesquelles, en rappelant aux habitants de Narbonne de ne donner aucune adhésion aux princes rebelles et au Dauphin, il leur mandait de nommer des députés pour la journée des Trois-litats à Bourges. Arch. com. de Narbonne AA i4a; Inventaire, p. 392.
* Bcaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, p. ia5-ia6.
l'impression qu'y avaient produites l'appel et les Ordonnances de Louis *. Plus encore que dans ses précédentes circulaires, le Roi diminue l'importance du rôle joué par le Dauphin, et il désigne les ducs de Bourbon, d'Alençon et le comte de Vendôme comme les vrais coupables ; s'adressant aux Dauphinois, qu'il a lieu de croire tout prêts à la révolte, il leur fait, en quelque sorte, l'historique de l'insurrection : il rappelle qu'il a déjà annoncé les entreprises des princes <r subz umbre de nostre fils lequel, — qui est encores en jeune aage comme chascun scet, — ilz ont mis et faict joindre avecque eulx en le voulant eslever en gouvernement et régence par dessus nous » ; les conjurés ont même enlevé plusieurs villes et forteresses dont Niort, Loches, Saint-Maixent ; et voici que, continuant leur œuvre détestable, ils ont fait transporter le Dauphin de la ville de Niort, où il était, au pays de Bourbonnais, « toujours pour procéder subz umbre de luy, » et ainsi, ils empêchent la résistance contre les Anglais, la conclusion de la paix générale et la délivrance du duc d'Orléans (2 mai i44o^).
Lequel des deux partis allaient embrasser ces provinces ainsi travaillées ? La question fut tranchée en faveur de l'autorité légitime par l'arrivée
^ Voy. le texte de la lettre aux habitants de Narbonnc (a4 avril] Arch. com. AA. i43, publ. dans V Inventaire, p. Sga-SgS.
* Archives de Tlsère, B. 3'i73. — Le Grand, Histoire de Louis XI [manuscrite], pièces just. Bibl. nat. f. 6965, fol. 70-71.
24» LES A>>ÉES d'apprentissage
de Charles VII et des troupes qu'il avait en sa compagnie ; du reste, le présomptueux Louis venait d'essuyer un grave échec : les Etats d'Auvergne avaient répondu à ses propositions par une fin de non-recevoir.
« Ce fail après, au Roy offrirent
« Luy aider de corps et chevance * ».
Les affaires de Charles VII prenaient, chaque jour, une tournure meilleure; témoin encore la récente soumission de Dunois, et sa rentrée dans Tarmée royale ^ ; on prévoyait que, bientôt, le Dauphin serait pris au nid, lorsqu'une intervention bourguignonne se produisit. Afin d'accommoder les deux partis, le duc Philippe' leur avait envoyé en ambassade son écuyer tranchant, Bertrandon de la Broquière *. Celui-ci se présenta d'abord devant le Roi, et le pria, au nom et pour l'amour du duc de Bourgogne, qu'il (c luy plut pardonner
* Martial d'Auvergne, les Vigiles de Charles F/A t. I, p. 176. — Les Seigneurs d'Auvergne avaient déclaré au Dauphin par la bouche (lu Sire de Dampierre a que très voulentiers le serviroient en toutes ses affaires, réservé contre le Roy son père ; disoit oultre que, ou cas que le Roy venroit a puissance ou pays et il leur requérist d'avoir leur ayde et aussy de entrer en leurs villes forteresces, ils ne luy oseroientne vouldroient nullement refuser, et que yceulx requérans point ad ce ne se attendissent aultrenient. Laquelle rcsponce ne fu point bien agréable audit Daulphin, ne aux aultres seigneurs. » Monstrelet, Chronique,. .y t. V, p. 41 1«
* Beaucourt, Histoire de Charles VII^ t. III, p. ia6.
^ Dès les débuts de la conjuration, Philippe de Bourgogne avait eu un pied dans les deux camps. — Jean Viguier, son huissier d'armes, avait été envoyé successivement auprès de Charles VII et du Dauphin. Arch. du Nord, B. 1669, fol. i56 v^ — cité par Beaucourt, /, c, p. 125, u. 4.
* Mémoire,.,, loc, ci/., p. 14.
à mondit seigneur le Daulphin età mesdiz seigneurs de Bourbon et d'Alençon » ; peu de jours après, il sollicita de Charles VII son congé pour aller remettre à Louis et aux princes les lettres que le duc Philippe « leur escripvoit pour leur démontrer leurs faultes et les enhorter d'eulx mettre à leur devoir envers le Roy * . » Le Dauphin et les ducs accueillirent fort bien l'envoyé bourguignon, quoiqu'ils n'eussent pas alors la moindre intention de se soumettre ou de traiter, mais parce que ces pourparlers avec le Roi retarderaient certainement la marche des troupes de Richemont et de Dunois ; ils demandèrent donc à Bertrandon de s'en retourner auprès de Charles VII pour lui exposer leurs doléances et les conditions qu'ils mettaient à leur soumis-
sion *,
Cependant le Roi était entré dans Guéret (2 mai ') et, en une journée, ses troupes, sous la conduite de Richemont, avaient enlevé les deux petites places fortes de Bourbon l'Archambault et de Buxière-la-Grue*. Sur ces entrefaites, Bertrandon arriva; mais Charles VII, sans s'arrêter aux propositions des insurgés, sans même vouloir écouter leur émissaire *, poursuivit le cours de ses succès
^ Mémoire.: f loc. ai,, p. i4-
» Ibid.
^ Beaucourt, Histoire de Charles VU, t. III, p. ia6.
^ Mémoire..., l. c. — Bourbon l'Archambault, ch.-l. de cant.i arr. de Moulins, dép. de l'Allier.
* Mémoire..., l. c, p. i5.
a44 LES ANNÉES D APPRENTISSAGE
en prenant Ebreuil *, Gharroux ^ et Aigueperse ' ; alors seulement il fit savoir à Bertrandon « quMI n'entendoit à nul appoinctement se lesdiz seigneurs ne lui rendoient avant toutes autres choses franc et quitte, Monseigneur de Gaucourt * », le gouverneur duDauphiné dont les rebelles s'étaient saisis comme otage '. Bertrandon, porteur de cette réponse, s'en vint trouver Louis à Saint-Pourçain, quartier général des chefs rebelles *. Le Prince,
^ Ebreuil, ch.-l. de cant., arr. de Ganat, dép. de l'Allier. — a Lors le Roy envoya à Cusset (ch.-l. de cant., arr. de la Palisse, dép. de l'Allier]. Et là trouva bonne et vraye obéissance, bien que Monseigneur de Bourbon y cust amené Monseigneur le Dauphin pour essayer d'entrer et estre receu dedans : mais quand ceux de la Ville sceurent la venue du Roy, ils en furent bien joyeux et oncques ne voulurent -ils obéir aux autres seigneurs. » Héraut Berry, Chronique..,, p. 409-
* Charroux-d 'Allier, cant. de Chantelle, arr. de Ganat, dép. de l'Allier.
' Aigueperse, ch.-l. de cant., arr. de Riom, dép. du Puy-de- Dôme.
* Mémoire... y L c, p. i5.
• Raoul, seigneur de Gaucourt et d'Argicourt en Picardie, fils de Raoul V de Gaucourt, chambellan de Charles VI et bailli de Rouen, tué dans une sédition en i4i7> et de Marguerite de Beaumont, dame de Luzarches, était entré, dès 1 âge de treize ans, au service de Charles VI et avait été fait chevalier, pour sa bravoure à la journée de Nicopolis contre les Turcs 1390. Attaché au parti armagnac, il avait été Tun des plus vaillants capitaines de Charles YII; il avait contribué à la victoire de Montargis (1427), à celle de Palay (14^9), et avait accompagné le Roi dans le voyage de Reims. Gouverneur du Dauphiné depuis le i»"^ novembre 14^8, il avait défendu celte province contre le prince d'Orange qu'il avait vaincu à la bataille d'An- Ihon (11 juin i43o). Devenu, en i433, premier chambellan de Charles VII, il avait pris part au siège de Monte reau puis avait rempli d'importantes ambassades, en Allemagne et en Italie. Il avait épousé Jeanne de Preuilly, fille de Gilles, baron de Preuilly, et de Marguerite de Naillac. Cf. le Père Anselme, Histoire généedogique...y t. VIII, p. 366-367 et 370.
• Le Dauphin était installé à Saint-Pourçain le 7 mai, jour où fut réglé le compte des dépenses de son Hôtel pour le mois d'avril. Et. Charavay, pièces jus t. éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170. — Cf. aussi Jean Chartier, Chronique de Charles Vil, 1. 1, ^57.
LA PRAGUERIE. ROLE DU DAUPHIN l^d
bien que toutes ses prévisions fussent démenties par la réalité, gardait 3a fière attitude ; il ne voulut pas cédera Tinjonction de son père ; au fond pourtant, il avait conscience de son infériorité, mais il espérait encore dans le secours que pouvaient lui procurer les bandes d'Ecorcheurs conduites par Jean de Salazar et le bâtard de Béarn, dont on annonçait l'arrivée ^ Ces troupes s'avançaient, en effet, mais ce fut contre les rebelles qu'elles prirent parti *. L'armée de Charles VII, cependant, continuait la série de ses succès ; en quinze jours, elle s'emparait de plus de vingt-cinq forteresses, des unes par la force, des autres sans coup férir, et elle approchait de Saint-Pourçain '. Se voyant pris entre deux armées, les princes perdent toute confiance, mais le Dauphin, conservant son sang-froid, essaye de se tirer de ce mauvais pas en usant de diplomatie. Redoutant d'être enlevé dans Saint-Pourçain, dont l'armée royale va battre
* a Les ditz Seigneurs avoient fiance « Que leur vicomte de Longmaigne a Deust estre de leur aliance
« Et Salczurt soubz leur enseigne. »
Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles Vlf^ t. I, p. 176.
* Par le traité de l'Isle-Albigeoise (la avril i44o)) Jean de Salazar s'était engagé à servir le Roi, moyennant le titre d'écuyer et un don de 6.000 livres. Charles Felgères, Histoire de la Baronnie des ChaudesaigueSy fParis, igoS, in-S*^), p. io3. — Cf. Martial d'Au- Tergne, Vigiles ae Charles Vlly 1. 1, p. 176.
a ... alors déclarèrent (( Kstre pour le Roy venuz Iti a Et de fait aussi s'emploierent « £n son service où et là. »
' Mémoire... j loc. cit., p. i5-i6. — Beaucourl, Histoire de Charles VII, t. III, p. laô-ia;.
246 LES ANNÉES d\pPRENTISSAGE
en brèche les murailles, il avise aux moyens de faire suspendre les hostilités. Sur son ordre, Bertrandon de la Broquière, emmenant avec lui Raoul de Gaucourt, retourne auprès de Charles Vil à qui, il offre, au nom des Princes, Touverture de Conférences pour la paix ^ Le Roi agréa la proposition et choisit pour ses commissaires le connétable de Richemont et le comte de La Marche ; les commissaires du Dauphin et des Princes furent les ducs de Bourbon et d'Alencon ^ Les réunions se tinrent à Montferrand, d'abord au couvent des Cordeliers, ensuite à celui des Jacobins'. Dans un Mémoire de la chancellerie royale sont relatés les divers incidents de ces négociations*. La première partie de ce document ne contient guère que la longue énumération des griefs du Roi contre les principaux des factieux ; mais la deuxième partie renferme les articles accordés où à accorder entre les adversaires : la première condition imposée par le Roi est que les princes
* Mémoire..,, loc. cit., p. i6.
' Montferrand, a ujourd. faubourg de Clerraont.
* Le Mémoire de la Chancellerie royale, auquel nous avons «léjà emprunté de nombreux renseignements pour l'exposé des débuts de la Praguerie, est intitulé « Mémoire des plaintes et demandes faictes au conseil du Roy estant à Montferrant, par les ducs d'Alencou et de Bourbon, tant pour eulx que pour Monseigneur le Daulphin. et demandes et responces du Roy et de Monseigneur le Daulphin *> le texte d'après lequel M. de Beaucourt l'a publié dans le t. III de l'éd. de la Chronique de Mathieu d'Escouchyy est une copie datant de 1670 et faite elle-même sur une copie, existant aux Archives du château de Pau, Coll. Doat, vol. IX, fol. aaô-aSa. — Une autre copie du même document se trouve aux Archives de l'Isère B 3a73, pièce 17.
doivent d'abord lui rendre ce Monseigneur le £)aulphin son fîlz en l'obeïssance qu'il luy doit faire » et il ajoute si Louis « vouloit faire le contraire (que Dieu ne veuille), que, en ce, ne le vueillent aucunement conseiller, ne favoriser ou conforter, ne le recevoir et tenir en leurs villes et places, contre la volenté du Roy son père * ».
Les mots « si le Dauphin voulait faire le contraire », révèlent que Charles VII pénétrait les secrètes intentions de son fils ; au fond, il ne le jugeait pas le jeune homme inconséquent ou inconscient qu'il s'efforçait de représenter dans ses lettres aux bonnes villes ; il se rendait même parfaitement compte que le duc de Bourbon n'était que le chef nominal de l'insurrection et que Louis en était l'ame ^ : aussi, se montre-t-il disposé à la clémence envers les ducs de Bourbon et d'Alençon qu'il ne considère pas comme les conseillers directs du Dauphin, et édicte-t-il de très sévères mesures contre les amis personnels de Louis, tels que les sires de la Trémoille, les seigneurs de Chaumont et de Prie, Jean de la Roche, Jean Sanglier et Bouciquaut qui devront être livrés à la justice royale, ou, du moins, si l'on ne peut les sai-
^ Mémoire des plaintes...^ éd. de la Chronique de Mathieu d^Escouchy^ t. III, p. 18.
2 La Chronique Martiiiicniic donne donc bien ici la noie juste lorsqu'elle dit : «... Monseigneur le Daulphin avoit cntreprins d'avoir le gouvernement du royaulmc de France et mettre le roy son père quasi en tutelle .. Si se aida en icelle compaignie du duc de Bourbon, du duc d'Allenconf de Anthoyne de Chabanncs... » feuillet CC Ixxxv >-^.
9'|S LES a:(5Ées d'appre!ctissage
sir, être mis hors des compagnies, sans qu'il leur soit jamais donné « recep, confort, nv aide' ».
Dans leur réponse aux propositions de Charles VIP, les princes déclarent qu'ils ont toujours tenu et veulent tenir le Roi pour leur naturel et souverain seigneur, qu'ils acceptent les règlements sur Torganisation de rarniée, et qu'ils sont prêts à rendre la plupart des places que le Roi réclame; mais, pour les conditions relatives au Dauphin, ils font des réserves ; après avoir promis d'user de « tout leur loyal pouvoir » pour décider Louis « a venir devers le Roy le plus brief que faire S3 pourra... »', ils insistent sur la fière humeur du Dauphin, ils invitent Charles VII à lui faire de larges concessions ; ils relèvent Tarticle sur la remise des conseillers du Prince comme étant trop « aigre » * ; ils font observer que le Dauphin s'en pourrait troubler, et qu'ainsi se trouverait retardée <r la venue devers le Roy de mondit seigneur qui est chef (Teulx tous et de toute leur compagnie* ».
Quant à Louis, loin de se résigner à s'humilier devant son Père, il revendique hautement ses droits de Dauphin. Dans une sorte d'appendice à la réponse des princes', il expose les motifs qui
* Mémoire. ..f loc. cit., p. 18-19.
"^ Ihid.y p. ao-au.
■ Mémoire.., loc. cit., p. ai.
» Ibid.
* « S'ensuit la requesle que Monseigneur le Daulphiu fait au Roy», Mémoire.,., l. c,, p. 11.
Tont poussé à entreprendre la guerre ; il commence par de respectueuses formules et d'humbles expressions de repentir : Si le Roi <» a prins aucune desplaisance en chose qu'il ait faicte, ne qui soit advenue le temps passé, luy plaise de luy pardonner et les mettre hors de son cuer* » ; mais il assume la responsabilité de ses actes, et requiert de Charles VII des lettres d'abolition pour tous les seigneurs compromis avec lui, pour tous les officiers et serviteurs de quelque état et condition qu'ils soient; il couvre ses amis, car, pour rien, il ne « les voudroit abandonner, attendu que ce qu'ilz ont fait a esté par son ordonnance et commandement' ». Puis, énonçant ses griefs personnels, il se plaint qu'on lui ait fait tort en ne lui donnant pas son Dauphiné « veu que les autres daulphins l'onteu, es temps passez, en moindre âge qu'il n'est de présent^». Il demande même plus que sa province, dont les revenus ne lui suffiraient pas « pour fournir à Testât et despence de sa Maison » ; il supplie donc le Roi qu'il lui plaise «luy ordonner et adviser ailleurs, et l'assigner en lieu seur où il n'y ait point de rompture* ». 11 fait remarquer aussi qu'il était licite et convenable que la Dauphiné résidât désormais auprès de lui, « plaise donc au Roy ordonner le fait de sa dépense \ » Enfin, en
* Mémoire. .,j l. c, p. 11,
* Ihid.^ p. a3-24.
' Mémoire.,,^ /. c, p. 23.
2>0 LES .eC^CESS D APFRE^mSSAGE
assurant qu'il c mettroit peine de bien ser\'îr au bien du Roj et à son honneur >, il sollicite un ^and gouvernement soit celui de Languedoc et Guvenne, soit celui de rile-de-France*.
Charles VII trouva exorbitantes les prétentions de son fils ; son ton décidé le peina : mais, fidèle à sa tactique de ne point paraître sémouvoir plus qu'il ne convenait des actes et des écrits du jeune mutin, il lui répondit avec une douce fermeté : ff Quant Monseigneur le Daulphin viendra devers le Roy en Thumilité qu'il doit, le Roy le traictera comme son seul filz et pour\-eoira à Tétat de luy et de Madame la Dauphine en manière qu'il en devra estre content » ; de même pour les autres requêtes du Dauphin, s'il les venait présenter lui-même, « le Roy en ferait tant et si avant que raisonnablement Louis en devrait estre content' ». Charles VII entendait donc ne pas composer avec son fils, mais, volontiers, il accorderait à cet enfant prodigue sa grâce et certains bienfaits, s'il venait les solliciter et les recevoir de la générosité paternelle.
* Mémoire...^ loc. cit., p. a3.
'^ Le premier échange de vues u ayant pas abouti, un second eut lieu au cours duquel le Roi modéra ses exigences et les seigneurs se firent sensiblement plus humbles. A lire a les articles dernièrement accordez aux Jacobins près Clermont u on sent que les princes désirent traiter, il n'osent s'y décider à cause du Dauphin; leur réponse en ce qui concerne le jeune prince est des plus vagues, évidemment, ils no le tiennent pas en main, o Mcsdiz seigneurs tairont leurs loyaux pouvoirs de l'induire et luy conseilleront de venir devers le Roy son père en toute humilité et obéissance..., par les meilleurs moyens qu'ils sauront et pourront adviser. » — Quant au quatrième article (le renvoi des conseillers de Louis), « il demeurera en suspens jusqu'à ce que mondit seigneur le Daulphin soit venu devers le Roy... » Mémoire, loc, cit.^ p. aS-aG.
Ik
LA PRAGUERIE. ROLE DU DAUPHIN tiSl
Malgré les exhortations des Princes, maintenant désireux de conclure la paix, le Dauphin refuse de se rendre auprès de Charles VII, — le geste d'humilité qu'on exigeait de lui répugnait à son orgueil ; d'ailleurs, il n'était pas encore à bout d'illusions; mais, comme il ne pouvait pas tout seul rallumer la guerre, ni surtout la faire durer, il imagine un moyen de prolonger les négociations en déplaçant le débat, en élargissant son rôle et en se grandissant aux yeux de ce père qui affectait de le traiter en écolier indiscipliné. 11 rédige donc une sorte d'adresse à Charles Vil * dans laquelle il ne parle plus de ses desiderata personnels, mais, se posant en défenseur du bien public, il s'apitoie sur le sort du pauvre peuple, et conseille, « pour l'honneur et reverance de Nostre Seigneur (Jésus-Christ), et la décharge des sujets, et pour éviter « ceste présente division tant dangereuse », que Charles VII envoie tous ses gens de guerre a à Tencontre des anciens ennemis du royaume », et il offre de faire aller pareillement à la guerre tous ceux qui sont à son service et « autres adhérens de son party », assimilant ainsi aux troupes royales les quelques bandes de maraudeurs dont il disposait; puis il propose comme remède aux maux des provinces la réunion des Etats Généraux : ce Plaise au Hoy pour réparacion
^ C'est la responsc que Monseigneur le Daulphinveut et ordonne estre faicte au Roy sur Icb articles que le Roy a dernièrement baillez aux seigneurs. Mémoire.,, (publ. par Bcaucourt, t. III de la Chronique de Mathieu d'Escouchy, p. 28-29).
!»52 LES AXXÉES d'aPPRE>'TISSAGE
de toutes les entreprises et choses mal faictes, tant en son déplaisir comme au préjudice de son royaume », d'assembler où il voudra en bon et suffisant nombre les trois Etats ; le Dauphin s'y rendrait accompagné de tous ses partisans, seigneurs et capitaines, et là il démontrerait et déclarerait « ses justifications et les leurs », c'est-àdire que, scandale sans précédent dans l'histoire de la monarchie, Louis prendrait pour juges de son diflférend avec son père, les représentants du clergé, des nobles et des bonnes villes ; mais il ajoute que si c'était « le conseil desdiz trois Etats », il ferait « reparacion au bon plaisir du Roy », à la condition toutefois que « tous autres qui seraient trouvés en coulpe de ce présent trouble (entendez les conseillers et les fidèles de Charles Vil) se soumettraient et pareillement en feraient réparacions. » Enfin, comme s'il ignorait l'inimitié de Charles Vil contre le duc de Bourgogne, effrontément il écrit : « Pour ce qu'il appert que le Roy désire fort complaire à Monseigneur de Bourgongne, le Dauphin requiert qu'il plaise au Roy de signifier au duc Philippe d'être en personne auxdiz trois Etats, ou y faire estre de par lui notable ambassade, pour plus auctorisement réparer les maléfices passez » ; enfîn^ poussant jusqu'à l'impudence, il déclare que a. si mieux plaist au Roy », il consent à « attendre et tenir le seul appoinctement de mondit seigneur de Bourgongne. j>
LA PRAGUERIE. ROLE DU DAUPHIN a53
Cette fois Charles VII ne répondit pas ; il n'eût pu le faire qu'en rivalisant d'insolence avec son fils ; il préféra donner une nouvelle preuve de sa longanimité ; il attendit que le rebelle fît des avances. Mais, furieux d'être pris en dédain, Louis s'entêta, et non seulement il ne se rendit pas aux conférences des Jacobins où sa visite avait été annoncée par les ducs de Bourbon et d'Alençon*, mais il empêcha ces deux princes d'y retourner au jour convenu*. Le Roi résolut d'en finir par la force : sur son ordre, les négociations furent rompues et les hostilités reprises {7 juin) ; ses généraux menèrent la nouvelle campagne avec la dernière vigueur : après s'être emparés de Vichy, de Cusset et de Varennes, ils pénétrèrent dans le Forez où ils enlevèrent Roanne et Charlieu \ Ces succès provoquaient un
* Cf. Berry, Chronique^ p. 4io- — Beaucourt, Histoire de Charles Vil t. III, p. i3i.
' A quel moment le Dauphin quitta-t-il Saint-Pourcain pour aller s'établir à Moulins ? c'est ce qu'il est assez difficile de déterminer. D'après le Héraut Berry, chroniqueur officiel de Charles VII, le xlépart de Louis, du duc de Bourbon et du seigneur de la Trémoille, « lequel estoit nouveau venu et avoit amené à l'ayde desdits Seigneurs cent hommes d'armes i>, aurait eu lieu aussitôt après la prise par le Roi d'Ebreuil, de Charroux et autres places. — (Voy. Chro^ nique, . ., p. 409] « mais cette opinion n'est pas acceptable, car on lit dans les Comptes de l'Hôtel du Dauphin que la dépense fut arrêtée à Saint- Pourçain « pour ai jours du mois de may, le a3 de may » (Cf. Etienne Chara\ay, pièces just. éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170). C'est donc le ^3 mai ou quelques jours plus tard, au moment où se rompaient les pourparlers de Montferrand, que le Dauphin et ses alliés jugèrent prudent d'abandonner Saint-Pourçain, trop menacé par l'armée royale, pour se retirer à Moulins. — Cf. aussi Pilot de Thorey, Catalogue des actes du Dauphin, t. I, p. a, où sont mentionnées des lettres de Louis datées de Saint-Pourçain, i5 mai i44o.
' Ihid, — Charlieu, ch.-l. de cant., arr. de Roanne, dép. de la Loire.
a54 LES ANNÉES d'aPPUENTISSAGE
grand enthousiasme pour la cause légitime, et la course de Charles VII à travers les provinces du sud avait toutes les apparences d'une chevauchée triomphale. Pendant ce temps, les troupes de Louis fondaient ou se débandaient, soulevant sur leur passage les colères indignées des habitants excédés de leurs rapines et maléfices * ; le désaccord se mettait entre les chefs de l'insurrection, et le duc d'Alencon désabusé, renonçait ouvertement à la lutte pour rentrer en grâce auprès de Charles VII, donnant ainsi aux partisans du Dauphin le signal de la défection ^
Abandonné, presque seul, sans troupes et sans argent, Louis, dit-on, eut un moment le projet de se retirer en Bourgogne ; mais informé qu'il n'y trouverait que l'hospitalité, et que le duc Philippe se refusait à le soutenir dans sa révolte', il se
^ Sur le mouvement d'opinion favorable à la cause royale, qui se produisit alors dans les provinces du centre et du midi, voy. A. Thomas, les Etats provinciaux de la France centrale sous Charles VII ^ l. I, p. laa. — Héraut Berry, Chronique...^ p. 4io- — Bcaucourt, Histoire de Charles Vif, t. III, p. i3o. — Charles VII d'ailleurs continuait par de fréquents messages à mettre ces régions en garde contre les excitations des rebelles : le i"*" juillet, Georges Lancelot, chevaucheur, était envoyé dans le Vivarais, le Gévaudan et le comté d'Alais porter défense de recevoir aucune personne venant de la part des ducs de Bourbon, d'Alençon et autres qui ont emmené le Dauphin de Niort en Bourbonnais. — Le la juillet, Jean Frctamin venait ordonner à la noblesse du Yelay et du Vivarais de se tenir prête à marcher pour le service du Roi. Bibl. Nat. fr. SgôS.fol. 70.
^ Héraut Berry, Chronique. ..y p. 410. — Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, p. i3i.
' « Et entretenant, dit Monstrelet, ledit Daulphin et ceux de son conseil envoyèrent devers le duc de Bourgongne pour sçavoir se il voudroit en ses pays recepvoir luy et les siens, et luy baîllier ayde en toutes ses affaires. Lequel duc, après qu'il eut eu délibéraciou de conseil sur ce, fist responce que tous ses pays, avec ses biens, estoient bien au commandement du Daulphin quand il luy plairoit
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résigna à faire sa paix avec Charles VII ; encore, ne s'abandonna-t-il à cette dure extrémité que quand il eut obtenu du comte d'Eu \ — un nouveau médiateur — , l'assurance que le Roi accorderait aux rebelles une amnistie pleine et entière. Louis, en effet, ne voulait pas que ses amis et ses serviteurs fussent victimes de leur dévoûment à sa cause et, le 1 3 juillet, au plus gravement compromis de ses complices, à Georges de la Trémoille, il donnait des lettres de sauvegarde, lui jurant (( par la foyet serment de son corps et en parole de fils de Roi », de Taimer et de le protéger envers et contre tous dans sa personne et dans ses biens*.
Dans son entrevue avec son Père, Louis faillit tout gâter par son attitude hautaine. Le i4 juillet,
à y venir, mais pour nulle riens ne lui donroit faveur ne ayde pour faire guerre au Roy son père, mais estoit prest, par toutes les manières qu'il pourroit, de iuy aidier à rentrer et cstrc en sa grâce. Disoit oullre qu'il lui consilloit, que ainsi le fcist, et que trop grand déshonneur et dommage eu pourroit advenir ou royaume, se ceste guerre continuoit.» Chronique..., t. V,p. 4ii-4i'-i- — Le Héraut Berry. dans fia Chronique, parle anssi de ce projet de fuite, qu'il place avant les conférences do Monlferrand. — Les princes, dit-il, furent » sur le point de s'en aller en Bourgogne, mais ils curent nouvelles certaines, que s*il8 alloient plus avant, aucune des bonnes villes ne les recevroient ny metlroient dedans sinon en leur simple estât et aussi que le plat pays ne soufriroit point que les gens d'armes vesquissent sur eux, s'ils ne payoicnt leur escot, ainsi se doutèrent, que... les seigneurs de Bourgogne et le peuple ne se émussent et souslevassent contre eux et leurs gens. ))(éd. Godefroy, p. 409). — Le bourguignon, Adrien de But, dans la Chronique des Dunes^ dit de môme « fugere versus Burgundiam prœtendebant. » Coll. des chroniques relatives à l'Histoire de la Belgique sous la domination des ducs de Bourgogne (éd. Kervyn de Lettcnhove, textes latins, Bruxelles, 1870, in-4*'), p. a63.
* Héraut Berry, Chronique, p. 4ïi«
'^ Ces lettres de Louis sont publiées dans Et. Charavay« pièces just., éd. des Leilrts de Lomis Dauphin, p. i8i-i8'j, et dans Les La Trémoille pendant cinq siècles, t. I, p. 2'i3 : « a iceluy nostre cou-
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le Dauphin et le duc de Bourbon, accompagnés de la Trémoille, Ghaumont et Prie, étaient à peine arrivés aux portes de Gusset qu'un messager vint les avertir qu'ils devaient renvoyer leur suite et se présenter seuls devant le Roi*. Louis comprenant qu'il avait été joué, entra en fureur et se répandit en injures contre son père, puis s'adressant au duc de Bourbon, il lui reprocha sa traîtrise : c( Beau compère, vous ne nous avics talent de dire comme la chose estoit faicte, et que le Roy n'avoit point pardonné à ceulx de mon ostel. » Ces paroles dites, il tourna bride, protestant qu'il aimerait mieux ne jamais rentrer en grâce auprès du Roi que de paraître se parjurer envers ses partisans*. Charles de Bourbon qui, vraisemblablement, était dans tout cela de connivence avec le Roi, ne s^émut pas de cette véhémente sortie, à laquelle il s'attendait un peu, mais, de rechef, il livra l'assaut aux résistances du jeune Prince, lui représentant qu'il était trop tard pour reculer, que toute tentative de fuite était impossible ou dangereuse, car les troupes royales occupaient maintenant tous
sin... promettons et jurons... de le garder, soustenir et dcfleadre envers et contre tous ceulx qui nuire ou porter dommaige lui vouldroienl, en corps ou en biens, et de le faire jouir de l'ordonnance ou pension de neuf mille francs par an k lui ordonnée par mondit seigneur sa vie durant, et aussi du don de la gabelle du grenier de Sully-sur-Loire. »
* Cf. le récit de cette scène dans Monstrelet, Chronique, t. V, p. 4ia-4i3.
^ a £t adonc jura ung grand saircmcnt, quil s'en retourneroit et n'iroit point devers le roy son père. » Monstrelet, loc. cit.^ p. 4^3.
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les chemins*. Louis se soumit donc, et, la rage dans le cœur, il alla, accompagné du seul duc de Bourbon, se prosterner aux pieds de Charles VIT'; par trois fois, il le supplia humblement de lui « pardonner son indignacion ». Le Roi accueillit son fils avec un visage calme et lui dit simplement : a Loys, vous soyés le bienvenu! vous avés longuement demouré. Aies vous huy mais reposer en votre hostel, et demain nous parlerons à vous'.» Le lendemain, en effet, à l'issue de la messe, Charles VII donna audience au Dauphin et au duc de Bourbon en présence des membres du Conseil ; en face de ces ministres qu'il avait voulu renverser et qui, maintenant jouissaient de sa détresse,Louis ne put longtemps se maîtriser,et quand le Roi déclara qu'il ne poursuivrait pas les seigneurs de la Trémoille, de Chaumont et de Prie, qu'il permettait à chacun d'eux de demeurer en sa maison, mais quil leur défendait de reparaître à la cour, « Monseigneur, s'écria le Dauphin, donc, faut-il
* Et lors le dit duc de Bourbon lui disi : « Monseigneur, tout se fera bien, n'en soyës en quelque doulte. Vous ne povés retourner, car Tavant-garde du Roy est en votre chemin. Toutefois se n'eust été le conte d'Eu et aulcuns aultres seigneurs aui estoient venus au devant de luy^ lesquels lui re nions trèrent quil feroit grand mal de s* en retourner, il s'en fust râlé. » Monstrelet, Chronique^ t. Y, p. 4i3.
' « Esquelles paroles dites n'y avoit que le Roy, Monseigneur le Dauphin, et Monseigneur de Bourbon présens » Héraut Bcrry, Chronique,.., p. 4ii*
' Monstrelet, Chronique..., t. V, p. 4*5. — Charles VII reprocha assez durement au duc de Bourbon ses cinq attentats contre la Majesté royale, ajoutant qu'il lui eût fait sentir son déplaisir, si d'aucuns qu'il ne \oulait point nommer, n'eussent intercédé en faveur du duc. Ibid.
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que je m'en revoise ; car ainsy leur ay promis* » ; Charles Vil répliqua d'un ton sévère et avec une nuance d'ironie : a Loys, les portes sont ouvertes et se elles ne vous sont assés grandes, je vous en feray abattre seize ou vint toises du mur pour passer ou mieulx vous samblera ; vous êtes mon filz, et ne vous povés obligier à quelque personne sans mon congié; mais s'il vous plaist en aler, si vous en aies, car, au plaisir de Dieu, nous trouverons aulcun de notre sang qui nous aideront mieulx à maintenir notre honneur et signourie que encores n'avés fait jusques à cy »^ Louis demeura % et Charles Vil, qui désirait ardemment la paix, accorda pardon et oubli ; il rétablit le duc de Bourbon dans ses biens, honneurs et prérogatives ; * il amnistia les seigneurs, capitaines et vassaux qui avaient pris part à l'insurrection * et annonça au royaume la fin des troubles et la soumission des rebelles. Après cet acte de clémence, si politique, il s'occupa du Dauphin : le
* Monstrelet, Chronique...^ i. V, p. 4^4 •
* Voy. Bibl. Nat. f. fr. 2682, fol. aoi. — Monslrelet, Chronique..., t. V, p. 4i4. — Bcaucourt, Histoire de Charles VII, l. III, p. i33.
^ « Après lesquelles parolles, dit Monstrelct, le Roy le laissa, et ala parler audit duc de Bourbon, qui prestement lui fist sairement de le servir et obi^yr à tous jours mais. » Chronique, t. V, p. 4i4-
* Par lettres du i5 juillet 1440. — Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, p. i33; et sous la condition que le duc restituerait, a dedens briefz jours ensievans », Corbeil, la Tour de Vincennes, Sancerre, le château de Loches, Brie-Comte-Robert et autres places qu'il détenait indûment. Monstrelet, Chronique.. .j i. Y, p. 4i4-4i^- — Héraut Berry, Chronique. .. ,p. 4^^-
^ (( Et fallut qu'ilz eussent tous grâce du Roy et remission scellée de son grand seel de cire verte. » Jean Chartier, Chronique de Charles V//, t. I, p. 238.
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28 juillet, il lui octroya son Dauphiné, mais en des termes qui blessèrent profondément Tamourpropre de Louis ; le Roi consentait cette donation : « attendu que le Dauphin soit venu en aage soulisant pour avoir cognoissance et soy employer è$ besoignes et affaires du royaume ; et d'avoir estât et gouvernement et aucunes terres dont il se puisse aucunement aidier et soutenir son estât et despence ^ » ; le lendemain, Charles VII alloua à son fils une pension mensuelle de huit cents livres\
Telles furent les principales péripéties de cette fameuse sédition qui, de janvier à juillet i44o» troubla le domaine royal.
A la distance où nous sommes de l'événement, nous avons quelque peine à nous imaginer la grande frayeur que causa au Roi cette révolte, si mal concertée , de quelques seigneurs féodaux, et nous sommes étonnés, môme en tenant compte de ses juvéniles illusions, que le Dauphin ait pu fonder sur sa téméraire entreprise les plus hautes espérances ; il nous est difficile de prendre cette aventure au tragique, et les épisodes de la lutte, échauffourées successives des rebelles, faciles victoires des troupes royales, nous intéressent moins que l'attitude du Père et du fils à rheure des négociations. Certainement Charles Vil
*■ Ordonnances des Jiois...f t. XIII, p. SiS-Sig.
- Cf. Comptes de THôtel du Dauphin publ. par El. Charavay, pièces just. éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170.
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crut à une insurrection, mais Texamen des faits prouve qu'il n'y eut qu'un vaste complot, « une grande briguerie » de seigneurs brouillons et outrecuidants, groupés autour d'un jeune Dauphin dévoré d'ambitions. 11 n'en reste pas moins que les contemporains jugèrent si graves les menées des cabaleurs, qu'ils les comparèrent aux troubles dont la Bohême souffrait depuis plus de vingt-cinq ans; on appela Pragois les complices ou affidés du Dauphin, et le nom de Praguerie fut donné à leur conspiration par les chroniqueurs et les historiens *.
^ a Et de cesie rébellion furent appelez vulgairement ceulx qui se tenoient pour ledit Daulphin de son parti Pragois », dit Jean Chartier, Chronique de Charles VII, t. II, p. a58. — <» Une guerre qui dura peu appelée la Praguerie. » Philippe de Commynes, Mémoires^ (éd. Bernard de Mandrot), t. II, p. 85. — Guillaume Gruel, dans sa Chronique d'Arthur de Richemoni, écrite avant 1466, dit de même : « ... et ja se commenczoit la Praguerie » (éd. A. Le Vavasseur, p. 157).