‹ La jeunesse de Louis XI, 1423-1445Chapitre 28 sur 44 · LA DÉLIVRANCE DE DIEPPE .3 II · texte numérisé non relu

LA DÉLIVRANCE DE DIEPPE .3 II

niers de guerre ; mais, aux transfuges français, rencontrés dans leurs rangs, (huit hommes d'armes, quatre archers, deux canonniers *), aucune merci ne fut accordée ^ ; et même le Dauphin racheta de ses deniers ceux de ces traîtres qui avaient été pris par ses gens, afin de les livrer lui-même au supplice, noyade ou pendaison ; avec eux, quelques prisonniers anglais furent mis à mort, ceux qui, du haut de la bastille, avaient gabé et brocardé les Français pendant Tassant'.

c( ...aussi ceux-là s'en allèrent (c Sans remède par le pendant » *.

Ainsi, Louis ne pardonnait pas à ce ceux mêmes qui, l'ayant offensé du bec, ne pouvoient plus lui faire mal des aisles* ».

Le Dauphin resta cinq jours dans Dieppe, il fit mettre le feu à la bastille, après que les canons et les bombardes qui s'y trouvaient eurent été transportés dans la ville ; il fixa à trois cents hommes le contingent de la garnison dont il nomma capitaine Charles Desmaretz, avec Thomas Drouyn et Olivier Trégouzel comme lieutenants. Ces troupes

* Leurs noms ont été conservés : Richard Loinmcl, Guillaume Gesnil, Jean Rabaut, Jean Dabut, Jean de Cayeau, Richard Merci, le Bâtard du Nord, hommes d'armes ; Jean Vuarde, Jean Smidt, Jean François, Jean de Galles, archers ; Robin Estacque, Robinet Courtelle, canonniers. Bibl. TS'at. f. fr. 6965, f** 100.

* Jean Chartier, Chronique de Charles VII^ t. Il, p. 4^' 3 Ibid.

* Martial d'Auvergne, les Vigiles de Charles VU, t. I, p. iiZ» ^ P. Matthieu, Histoire de Louis XI.

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le Prince était entré des premiers « par dessus les murailles, dedans la bastille » ^ ; ces hauts faits étaient publiés non seulement par les courriers qui avaient été dépêchés à Tours pour informer le Roi du beau succès de son fils, mais aussi par les messagers qui apportaient des bulletins de victoire aux habitants d'Amiens et de Compiègne,bons amis de fraîche date que Louis tenait à cultiver. On lit, en effet, dans les Comptes municipaux de la \dlle d'Amiens : « Au poursiévant Mons. de Saint-Pol,... à Jehan aux Œufs, quachemarée*, chacun XXIIII sous, pour son vin et diligence d'avoir apporté lettres hastivement de la conqueste de Mons. le dalphin faicte sur les Anglois de le bastille de Dieppe. y> — A Benoit de Vaulx, varlet de chambre de mondit seigneur le dalphin, XXIIII sous, pour son vin de leur avoir porté lettres closes signées de la main d'icelluy seigneur adrechans à mesdis seigneurs (!e maire et les échevins), faisans mention de la

^ Registre clelpliinal, par Mathieu Thomassin, Bibl. de Grenoble, mss. loS'i, fol. 114. — Le Bourgeois de Paris écrit dans son Journal <( Item, la 1 1*^ sepniaine d'aoust, le dit Dalphin fut devant Dieppe et par force il leva le siège que les Angloys avoient tenu devant la dicte ville par l'espace de grand temps, et là furent mors grant foison d' Angloys et de bons marcliaus » (éd. Tuetey, p. 368). — Le Journal de Jean Maupoint vante aussi « la très grande prouesse et prudeuce du Dauphin». (Mémoires de la Soc. Ilist, de Paris, t. IV, p. 29). — Thomas Basiu, malgré sa haine contre Louis XI, ne peut s'cmpùchcr d'avouer que « ce lut un heureux commencement des exploits du prince contre les ennemis du royaume. » Mais il se hâte de rapporter le principal mérite de la victoire à Dunois. Histoire de Charles Vil et de Louis XI, t. I, p. i54.

- Quachemarée, forme du dialecte picard, pour chacemarée, c'est-à-dire pêcheur.

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conqueste et victoire qu'il ot le nuit de la myaout contre les Anglois estans à siège devant Dieppe * ». Dès que la levée du siège fut connue à Coinpiègne^ les magistrats municipaux firent sonner les cloches, et ordonnèrent une procession solennelle'; puis, a aux frais des autres bourgeois et autres habitants », ils organisèrent un somptueux banquet auxquels furent conviés les officiers royaux et les principaux des ecclésiastiques de la ville ; le festin eut lieu le lundi XIX® jour d'août, et y furent le révérend père en Dieu, monseigneur l'abbé de Saint-Corneille accompagné de son grand prieur et de son prévôt, les prieurs des Jacobins : Maître Simon Bonnemain et Maître Jean Massieu, Monseigneur le vicomte d'Avy, capitaine du Roi, et Monsieur son lieutenant, le procureur royal, le receveur des aides, les six gouverneurs et plusieurs autres officiers du vicomte, de l'abbé et de la ville ; bref, tous ceux dont les prières ou les bons souhaits avaient accompagné le Dauphin dans son expédition, pendant que le peuple de Compiègne contribuait, de son côté, au succès de l'entreprise en payant sa quote-part de taille \

Quand il eut réglé la situation de Dieppe, le

* Arch. mun. d'Amiens CC 3i, r> 73 r® et ¥<>.

* Benoit de Vaulx, pprteur des lettres du prince, y arriva le 18 août. Arch. mun. de Compiègne, CC 16, P 17 r^ et v**.

3 Ibid.

* Ibid.

3l6 CAMPAGNES ET NÉGOCIATIONS DU DAUPHIN

Dauphin redescendit jusqu'à Paris* où il passa trois jours à la fin d'août ; ensuite, il se rendit à Meaux, (6 septembre'), puis, au lieu de regagner immédiatement la Touraine, il prolongea son séjour dans les pays au nord de la Seine, afin d'y organiser les troupes errantes ; à Gompiègne (8 septembre) ' il s'occupa de trouver quelles mesures seraient les plus propres à assurer l'exécution des Ordonnances royales relatives aux gens d'armes * ; son plan était de cantonner ceux-ci sur les frontières de Picardie et de leur assurer une solde et des garnisons fixes '. En confiant à son

^ Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 869. — Monstrelet dans sa Chronique,,., (éd. Douet d'Arcq, t. VI, p. 80) donne quelques détails sur le voyage de retour du Dauphin, a ...Se partit de là [de Dieppe] et s*cn retourna en la ville de Abbeville, à tout ses gens, où il fut des habitans reçeu moult honnourablement et joieusement. Et en après aulcuns peu de jours, se départi de là et par Amiens chevaulcha jusqucs a Compiengne. Et depuis s'en ala a Chasteler (?) où le comte de Saint-Pol le reçut moult grandement et honnourablement... 0

* Journal d^un Bourgeois de Paris, p. 869. — Lettres du Dauphin, datées de Meaux, 5 septembre i443, et concernant l'administration du Dauphiné, dans Pilot de Thorey, Catalogue des Actes du Dauphin, p. 29.

3 Arch. mun. de Compiègne CC 16, fol. i5 r® et v<*. — Les bourgeois offrirent au Dauphin, en Thonneur de son heureux a retour de lever le siège de Dieppe », une queue de vin vermeil, contenant demi tonncl et trois sextiers, achetée 8 1. 6 den. par. à Jehan Quequet. Ils présentèrent aussi des « los de vin » aux grands personnages présents en l'hôtel du prince, notamment à Messirc Simon Charles. Arch. mun. CC 16, fol i5 r<* et v*^ et 19 r**.

* « A Baudechon Gruyau et Guillaume Prévost, charpentiers, pour leur sallaire d'avoir reflait et assis les planches sur le pont Hodigues au dehors du coing des Jacobins, par l'ordonnance de Monseigneur le Dauphin estant lors audit Compiègne, pour faire passer certain ^rant nombre de gens d'armes qui la tierce semaine de septembre mil CCCCXLIII ont passé par le dit pont... V s., III d. par. • Arch. mun. de Compiègne CC 16, fol. 56 r®.

» Le Grand, /. c, Bibl. Nat. f. fr. 6965, f'^ 100 v^. — A. Tuetey, Les Ecorcheurs sous Charles VII, t. I, p. i33*x35.

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