LA DÉLIVRAI«GE DE DIEPPE
fils le commandement militaire de cette région, Charles VII, en effet, l'avait chargé non-seulement de lutter contre les Anglais, mais encore de protéger les habitants contre les violences et les rapines des Routiers ou Ecorcheurs * ; besogne complexe, s'il en fut, car il fallait obtenir le concours de ces bandes contre les envahisseurs, et, par conséquent, ne pas s'aliéner leur bonne volonté, et en même temps, il fallait les empêcher de marauder en route et de piller après la victoire *.
Pour atteindre ce double but, beaucoup d'argent était nécessaire; aussi, àSenlis (5 octobre), le Dauphin manda-t-il Messire Simon Charles, Président de la Chambre des Comptes, et Etienne de Bonney, Receveur général des finances pour les pays que baignent la Seine et TYonne ; avec eux, il supputa au prix de quelle solde on pourrait empêcher les hommes d'armes de piller, et rechercha le moyen de les enfermer dans les Marches '. De Senlis encore, il envoya Tordre au Prévôt de Paris de faire publier, à son de trompe, TOrdonnance du Roi relative aux gens de guerre ; la lecture des lettres du Dauphin fut faite dans les carrefours, le dimanche i3 octobre*. Ces dis-
* Et. Charavay, Lettres de Louis Dauphin, p. i88.
2 A. Tuetey, Les Ecorcheurs sous Charles Vil, t. I, p. i33-i35.
^ Le Grand, Histoire de Louis AY(inanu8.) Bibl. NaU f. fr GgGS, fo lOO v«.
* A. Tuetey, les Ecorcheurs sous Charles VII, t. I, p. i34.
3l8 CAMPAGNES ET I^EGOGIATIONS DU DAUPHHi
positions prises, le Dauphin revint à Saint-Denis (8 octobre) * ; le i4» il entra de nouveau dans Paris', et dès qu'il « eut sa part de taille' », il reprit le chemin de Tours*, non qu'il fut désireux de rentrer au bercail, mais parce qu'il y était en quelque sorte rappelé, car on publiait que le Roi « avait moult à faire où il estoit très grand besoin et que son fils allast par devers luy et sa compagnie hastivement* d : le comte Jean IV d'Armagnac s'agitait dans le Midi.
^ Pilot de Thorey, Catalogue des Actes du Dauphin, t. I, p. 3o.
» Ihid.
3 Journal d'un Bourgeois de Paris ^ p. 369. — Louis était encore à Paris le 17 octobre, et il y donnait plusieurs mandements sur l'administration du Dauphiné. Cf. Pilot de Thorey, Catalogue des actes..., t. I, p. 3i.
^ Le Dauphin a donc apporte des remèdes au mal des Routiers dans rile-dc-Francc, et, autrement que par des expédients, il a su améliorer une situation difficile; les mesures qu'il a prises étaient réfléchies et prévoyantes, aussi le Bourgeois de Paris nous semblet-il dépasser les bornes de la mauvaise humeur quand il accuse Louis de n'avoir fait (dans l'Ile-dc-France) a aucun bien que de détruire le pays ». Journal,,., p. 369.
* Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 369. — « Duquel temps, le Roy remanda son fils le Dauphin qu'il rctoumast devers luy a Tours, en Touraiiie, où pour lors il se tcnoit. Lequel y ala assés hnstivcmeut. » Monstrelet, Chronique..., t. VI, p. 81.