‹ La jeunesse de Louis XI, 1423-1445Chapitre 3 sur 44 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

adversaire tel que Louis, avec ses mœurs frivoles et son esprit brouillon, n'avait jamais dii paraître très dangereux à la Maison de Bourgogne. Mai* Philippe étant mort, en 1404, son iîls aîné Jeansans-Peur', qui prétendait lui succéder dans sor rôle d'arbitre souverain au Conseil royal, reprit h lutte avec une ardeur extrême, car l'ambition dii frère du Roi lui portait ombrage. Homme au cœui dur et aux façons brutales, il publia sa haine en termes si véhéments que Louis, appréhendant une agression, prépara la guerre. A lautomne de i40ji, une bataille était imminente lorsque la Heine et les Princes s'interposèrent* : leur médiation aboutit â une feinte réconciliation des deux cousins qui pendant près de deux ans, dissimulèrent leur ini mitié. Jean, chez qui la violence le disputait a l fourbe, se fatigua le premier de temporiser ; i résolut d'en finir d'un seul coup : un soir, il attir son ennemi dans un guet-apens et l'y fit assassine (23 novembre 1407)'.

Quand l'émotion causée par ce meurtre pan

* Jean, comte do Ncvcrs, fils aîné de Philippo-le-Hardi duc ^J Bourgogne, né en 1571, avait conduit contre le sultan des ïuroj, Bajazet l, une armée de Croisés, qui avait été battue à Nicopolis iSgç' il avait été surnommé ^ans Peur pour sa bravoure dans cotte gïol rieuse journée.

* Sur les événements do i40>, voy. Kngnorran do Monstrelot Chronique. ..f (éd. Douot d'Arcq. Paris, i8j7-i80i, G vol. in-8")' t. I, p. io8-ia5. — Religieux de Saint-Denis, Chronica Caroli 5ear/i... iSSoi.Jaa, (éd. et trad. Bellaguot, Paris, 1849-18S1, 6 vol. in-4'»), t. III, p. ^91-317. — Arch. Nat., Comptes do lllôtel do la Reine Isabcau, KK. .jô. — Ju>enal dos IJrsins, Histoire de Charles VI. (éd. Denis (iodefroy, Paris, i653. iu-8^).

' Ibid.

LES ARMAGNACS ET LES BOURGUIGNONS â

être calmée, le duc de Bourgogne se vanta cyniquement de son crime et s'occupa d'en recueillir le bénéfice.

Pour assurer sa domination dans Paris, il y convoqua les troupes de ses Etats de Flandre, d'Artois et de Bourgogne ; les mercenaires brabançons, liégeois et hollandais accoururent, alléchés par la perspective d'un riche butin. Après avoir réuni ces forces imposantes, Jean travailla à prendre ascendant sur l'Université, le Parlement et les grandes corporations parisiennes. Aux Docteurs et aux Conseillers, il présenta un plan de réformation générale où les doctrines du sage roi Charles V étaient reprises ; et, comme il était peu disert, il choisit parmi ces gens de robe des apologistes de sa politique et les chargea de développer son projet favori : l'institution auprès du Roi d'un Conseil permanent composé de clercs et de bourgeois. Ces idées, renouvelées d'Etienne Marcel, agréaient fort aux chefs des métiers. Du reste, la personne du duc Jean plaisait aux artisans ; sur la simplicité de sa mise, la vulgarité de son langage, sa facilité à la dépense, ceux-ci tenaient ce prince pour exempt de fierté, pour « un bon homme ». Il n'était pas jusqu'aux bouchers et leur nombreuse clientèle de valets qui ne lui accordassent leurs suffrages. Jean se mettait aisément au niveau du populaire ; au plus humble de ses auditeurs, il parlait de ce qu'il savait l'intéresser : tantôt, à mots couverts, il dénonçait

G CUAPITIIE l'HÉLIMIN.VlKE

les fautes et les crimes des Princes et des sei- ;^neurs ; tantôt, il laissait entendre que des excès étaient inévitables dans les révolutions et que le cas échéant, il leur accorderait une certaine tolérance*.

Cependant, pour venger la mort de leur père, les princes d'Orléans^ avaient fait appel à leurs vassaux; mais, comme les troupes levées dans leurs apanages étaient, de beaucoup, inférieuresen nombre aux forces assemblées par le Bourguignon, ils avaient enrôlé la chevalerie du Midi: la petite noblesse pauvre et batailleuse de TArmagnac et du pays d'Albret, les aventuriers de Gascogne, les routiers du Languedoc. A cette armée, il manquait un chef. L'aîné des princes d'Orléans, Charles, âgé de dix-huit ans, n'ayant ni Tautorité, ni Ténergie nécessaires pour diriger son parti, le commandement en fut donné à son beau-père, le comte Bernard d'Armagnac, seigneur turbulent et vaniteux, inapte à la politique, et d'ailleurs dénué de tout talent militaire, malgré son titre de connétable'. Ce personnage, médiocre a Texcès, était

' Voy. A. CovilL\ Les Cahochicns et V Ordonnance de 11iJ3, (Paris, 1888, in-8«).

^ D«' son mariage* avec Valoutine Viscouli, Louis d'Orléaus avait ru riu'[ (ils, rloul ln»is l'-liilont alurs vivants : Charlos, m- on i iyi, l'liili|>|i(;, rouit(> «le Verhis, né en i jijG, el Jean, cunilo d'Aiigoulêmc, in'r en i.iu|. Cf. le l'ère Anselnn.", Histoire génvalogique cl chronolo- };if/uo des princes de la maison /loyale de France, [Paris, 1726, y \ol. in-P',, l. I, ji. '200-207.

•* Dernard VII, comle d'Armagnac, do Fezcnzac et de Rodez, fils cadet du uonite Jean II el de Jeanne de Périgord, né vers i J70, lit ses premières armes contre les Anglais et porta dans sa jeunesse le titre de comte de la Marche, puis celui de comte de Charolais. Ea

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