‹ La jeunesse de Louis XI, 1423-1445Chapitre 4 sur 44 · LES ARMAGNACS ET LES BOUUGUIGNONS · texte numérisé non relu

LES ARMAGNACS ET LES BOUUGUIGNONS

mû, dans tous ses actes, par un désir immodéré de faire parler de lui ; son ambition fut pleinement satisfaite, puisque son nom a été donné par les contemporains et, depuis, conservé par Tllistoire au parti d'Orléans; fortune imméritée, car, placé à la tète des défenseurs de la couronne, Bernard d'Armagnac resta chef de bande et ne se révéla capable que de violences et de cruauté.

Ainsi, du nord et du midi, affluèrent vers Paris des hordes de gens d'armes qui, divisées en deux troupes, se trouvèrent sinon organisées, du moins à peu près enrégimentées par leurs chefs respectifs. Dès lors, c'en fut fait du brillant héritage de Charles V; la France fastueuse et un peu fanfaronne des vingt dernières années changea totalement d'aspect.

Dans ce conflit de deux factions rivales bouillonnaient les appétits les plus opposés, se mêlaient des ambitions multiples et efl'rénées. On allait voir se déchaîner, et peut-être s'entre-choquer, les clc-

1391, à la mort de son frère aine Jean III, il s'empara du Comté d'Armagnac au détriment de ses nièces; en 1402, par Tassassinat de Gëraud d'Auvergne, son parent, et des deux enfants de celui-ci, il se saisit du comté de Pardiac et de la vironté de Fezonzaguet; en i4o3, il fit alliance avec le duc Louis d'Orléans, puis après le meurtre de ce prince, il prit la direction du parti Orléanais; il reçut l'épée de connétable le 3o décembre 141 5. De son mariage avec Bonne de Berry, il avait eu Bonne d'Armagnac, qu'il avait mariée en 14 10 au duc Charles d'Orléans, déjà veuf d'Isabelle de France, fille de Charles VI. Cf. le Père Anselme, Histoire généalogique et chronologique..,, t. III, p. 4'ii. — P- Durricu, Documents relatifs à la chute de la Maison d'Armagnac Fezensaguet et à la mort du comte de Pardiac, (Paris et Auch, i883, in-8**).

s GHAPITHE PRELIMINAIRE

ments de troubles les plus divers, deux familles ennemies assouvir leur haine, la chevalerie du Midi se ruer sur celle du Nord, les petits seigneurs satisfaire leur besoin de pilleries, les paysans et la populace des villes entrer dans la mêlée. Tous les ferments de discorde étaient surexcités ; tous les ennemis contre lesquels la royauté avait lutté pendant le xiv* siècle réapparaissaient : les Féodaux, la Jacquerie, les Grandes Compagnies !

Pourtant, entre les forces nombreuses dont disposaient les deux partis, il n'y eut point guerre, puisqu'aucune bataille ne fut livrée ; la lutte se poursuivit entretenue par des coups de main, des escarmouches, des émeutes. L'état d'insurrection était devenu chronique dans les villes ; Paris, qui était Tenjeu des combattants, fut le théâtre de fréquentes journées; et, en i4i3, la Terreur des Cabochiens y régna de janvier à août : des bandes d'éncrgumènes, la plupart valets de boucherie, soudoyés ou seulement encouragés par le duc de Bourgogne, assommaient les Armagnacs dans les rues et les massacraient dans les prisons ; à deux reprises (28 avril et 22 mai), Thôtcl Saint-Pol fut envahi et saccagé, le Roi, la Heine et le dauphin Louis de Guyenne*, furent harangués en termes

* Louis de Franco, hiiitiènio enfant cl troisième fîU de Charles VI cl d'Isabeuu do Bavière, né à Paris le 'l'i janvier 1397, devenu le Dauphin par la mor» de son frère aîné Charles, i4oi, avait reçu on apanage le duché de Guyenne; par ordonnance royale du 3Î décembre 1409, il avait été appelé à la présidence du conscU royal. (îf. le Père Anselme, Histoire généalogique et chronologique des princes de la Maison Royale de France ^ t. I, p. 11 3. — Vallct de

LES AnMAGNACS ET LES BOURGUIGNONS <J

injurieux et leurs conseillers furent jetés dans des cachots*, cependant qu'un groupe de Cabochiens et de docteurs, parodiant les Etats Généraux, élaborait une constitution utopique pour Tépoque : cette Ordonnance dite Cabochienne édictait, il est vrai, des réformes sages et généreuses, mais que les forcenés démagogues d'alors eussent été incapables de réaliser^

Quand les bourgeois eurent secoué cette tyrannie (2-8 août i4i3), les Armagnacs se trouvèrent les maîtres de Paris. En représailles de ce qu'ils avaient souffert, ils commirent à leur tour de nombreuses atrocités.

Au même temps, d'horribles scènes avaient lieu dans les campagnes : de la Somme à la Loire, le domaine royal était ensanglanté par des rixes, des meurtres isolés et des exécutions, ravagé par le pillage et l'incendie; dans ces provinces, un

Virivillc, Notes sur l'état des princes et des princesses nés de Charles VI et d'Isaheau de Bavière, (Bibliothèque de l'Ecole des Charles, l. IV, année i857-i858, p. 481).

^ Sur ces dramatiques journées de i4i3, voir principalement le Journald'un Bourgeois de Paris, 1409-1449. (<^d. par A. Tueley dans la Coll. Soc. de l'/Iist. de Paris, Paris, 1881, in-8<*), p. ■i8-47. — Art relation officielle au nom de Charles VI de la domination des Cabochiens et de leur chute, publ. par P. Viollet, dans les Méni. Soc. Ilist, de Paris ^ t. IV, p. 158-167. — Correspondance entre le corps municipal de la Ville de Paris et celui de ta ville de Noyonen iLiS, publ. par F. Bourquelot dans la Bibl. Ec. des Charles, t. VII, p. 52-69. — A. Coville, les Cabochiens et l'Ordonnance de liî3.

■* L'Ordonnance Cabochienne fut promulguée par le Roi le 26-27 mai 141 3, puis cassée et lacérée lo 5 septembre ; le texte en a été public par A. Coville dans la Coll. pour servir à l'étude et à renseignement de l'Histoire, (Paris, 1891, in-8®). — Voir aussi les Bemontrances de t Université et de la Ville de Paris à Charles VI, éd. par H. Moranvillé, dans la Bibl. Ec. des Chartes, t. LI, p. 420-422.

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