LES CONFÉRENCES DE CH\LONS
de Bourgogne qui, pendant si longtemps, avait opprimé le Royaume de France.
A l'issue de ces orageuses séances, Isabelle se rendait auprès de Marie d'Anjou à qui elle ouvrait son cœur. Alors, faisant trêve à ses soucis d'ambassadrice, elle contait les tristesses de sa vie conjugale ; bien faites pour se comprendre, les deux princesses devisaient longuement sur ce thème, et, souvent, pleuraient ensemble, car « toutes deux estoient déjà princesses eaigées et hors de bruyt, et elles avoient une même douleur et maladie qu'on appelle jalousie* ». Mais, parfois, ces pénibles entretiens se trouvaient heureusement interrompus par les gaies saillies de la Dauphine, la gracieuse et fantaisiste Marguerite d'Ecosse', dont les souffrances n'altéraient pas l'enjouement naturel et qui, elle aussi, cherchait à oublier qu'elle n'était pas heureuse. Du reste, quelques fêtes ou de belles réceptions divertissaient, de temps à autre, les courtisans et les ambassadeurs réunis à Châlons ; Isabelle alors se montrait sereine et affable et le Dauphin luimême, si embesogné que fût son esprit, retrouvait des façons courtoises.
Cependant, pas plus que les affaires capitales, les litiges secondaires inscrits au rôle des Confé-
* Olivier delà "Marche ^ Mémoires (i435-i49a), dans la Soc. Histoire de France (3 vol. in 8<*), t. II, p. 54-55. « Et elles se devisoient de leurs passions secrettement, qui estoit cause de leurs privaultez ».
- Beaucourt, Histoire de Charles Vif, t. IV, p. 96-97.
renées ne recevaient de solution. Ainsi, l'examen de la matière de Dieppe n'aboutissait point. Les ambassadeurs français et bourguignons pour appointer ce différend entre ceux de Dieppe d'une part, et les pays de Flandre, Hollande et Zélande d'autre part*, avaient pourtant décidé qu'il serait écrit, de par le Roi, aux capitaines et gens de guerre occupant Dieppe de cesser toutes voies de fait à rencontre des Flamands, et que, Charles Desmarets serait invité à envoyer à Châlons un homme ce bien instruit de la vérité du conflit, pour y trouver aucun bon moyen et appaisement^ » ; ils avaient même stipulé que, cependant, de part et d'autre, les belligérants s'abstiendraient de toute hostilité \ Ces pacifiques avis restaient sans effet, car, par des menées secrètes, le prince Louis empêchait qu'ils ne fussent suivis ; les Dieppois continuaient à faire œuvre de corsaires, enlevant, à Nieuport, deux bateaux de pèche avec a les personnes estans en iceulx * », et ne cessant de « dommagier » les côtes flamandes, « au grant préjudice et retardement du cours de la marchandise * ». Bien plus, au lieu de composer avec ses adversaires comme on Ty invitait, Charles Desmarets écrivait au bourgmestre et échevins de Bruges et de l'Ecluse
^ Mémoire des ambassadeurs bourguignons (2 mai), publ. dans les Preuves de la Chronique de Mathieu d'Escouchy, t. III, p. 100.
^ Ibid,
* Mémoire, /. c, p. 100.
- Ibid.