‹ La jeunesse de Louis XI, 1423-1445Chapitre 38 sur 44 · LES CONFÉRENCES DE GUALONS · texte numérisé non relu

LES CONFÉRENCES DE GUALONS

Non seulement les Bourguignons n'eurent pas un seul instant la forteresse en leur pouvoir, mais la sortie des troupes de Rouhault leur fut un sujet de terreur, car on disait qu'elles avaient l'intention de passer par le duché et « d essorter » et prendre villes et châteaux forts*.

En effet, l'ordonnance de leur retraite, qui avait été réglée le 6 Juillet, ne fut guère observée ; Thiébaudde Neufchâtel, pour tenir en respect ces

Ëcorcheurs, ordonnait que de Vesoul à Beaune, et tout le long du chemin qu'ils devaient suivre, les habitants fussent réunis en armes % que, sur la Saône, on fît rompre les gués et que, devant les champs, on plantât des épieux'. Le i4 Novembre enfm, le maréchal put annoncer que les gens de Montbéliard avaient vidé le duché \

Longtemps, en Bourgogne, on parla des soldats du Dauphin Louis, et de l'épouvante qu'ils y avaient causée; de même qu'autrefois, les femmes sarrasines demandaient à leurs enfants, quand en proie à quelque soudaine frayeur, ils pleuraient et criaient : a As-tu vu l'ombre du roi Richard? » de même, les ombres de Louis et ses terribles capitaines hantèrent les rêves des paysans de la

* Quittance d'Etienne BoîUctet, /. c.

- Cf. Mesures de défenses ordonnées lors du départ des gens du Roi occupant Montbéliard, eitrait de compte, publ. par A. Tuetey, Les Ëcorcheurs .,,, t. II, p. 47.

3 Jbid.p. 46.

^ Lettre missive du maréchal de Bourgogne an Conseil de Dijon, /. c, p. 221.

Comté. Longtemps aussi, le Conseil de Dijon et la Chambre des Comptes de Bourgogne gardèrent le souvenir de l'expédition du Dauphin : sur les énormes dépenses qu'elle avait occasionnées', on raconta des détails fabuleux. Pour n'omettre aucun des incidents qui, en Novembre i445, se trouvèrent compenser en quelque sorte les mécomptes éprouvés par Louis, nous devons mentionner le désaccord qui s'éleva entre Thiébaud de Neufchâtel et les Comtes de Wurtemberg". Le premier, désespérant d'obtenir de Louis des indemnités, s'était tourné vers ceux-ci, et il leur demandait le paiement des dégâts causés par la garnison française. Le jeune Prince, sans entrer personnellement en scène, aviva secrètement la querelle, par l'entremise du Prince d'Orange'; il encouragea les Wurtemberg à ne pas céder et leur fournit des arguments à l'appui de leur résistance.

Thiébaud de Neufchâtel se douta-t-il d'où venait le coup, lorsqu'en réponse à l'une de ses pressantes réclamations, il s'entendit objecter* : « C'est

* Notamment pour le transport de l'artillerie du Dauphin de Montbéliard à Dijon et de Dijon à Troyes ; Voy. à ce sujet les documents publ. par Tuetey, /. c, p. a3i-a56.

-^Voy. les Documents, publ. par Tuetey, dans Les Ecorcheurs.... t. II, p. 260-297 — Id., t. I, p. 35i-353.

3 Louis I le Bon, prince d'Orange (i4i8-i463), appartenait à la maison de ChAlons. II était fils de Jean I d'Orange et de Marie des Baux.

^ Lettre missive du prince d'Orange aux comtes de Wurtemberg, datée du 6 avril i446; extrait publ. par A. Tuetey, Les Ecoreheurs, t. II (Documents), p. 266-267.

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