LES ARMAGNACS ET LES BOURGUIGNONS
cris de « vive le Dauphin » ! les passions démagogiques se déchaînèrent avec fureur, faisant des victimes même parmi les Bourguignons.
Voici, enfin, le dernier acte du drame : pour venger la mort de Jean-sans-Peur assassiné par les chefs armagnacs àMontereau, son fils Philippe fait alliance avec la reine Isabeau, et tous deux signent à Troyes (21 mai 14^0), le traité qui déshérite le dauphin Charles de tous ses droits à la Couronne, institue régent Henri V d'Angleterre, et stipule que Tenfant qui naîtra du mariage de ce prince avec Catherine de France sera l'héritier du trône*.
Ainsi, sans coup férir, les Anglais se trouvent maîtres de Paris, et quand, le premier décembre de la même année, Henri V, chevauchant aux côtés de Charles VI, descend pour la première fois la rue Saint-Denis, de joyeux Noëls retentissent sur son passage'; deux ans plus tard (octobre 1422), des acclamations également enthousiastes, salueront à Paris l'avènement de Henri VI, roi de France et d'Angleterre ^
Dès lors, et pendant quatorze ans, la cité félon-
née à Paris le 27 octobre 1401. Cf. le Père Anselme, Histoire généalogique,.., t. I, p. ii5.
^ Journal d'un Bourgeois de Paris, p. i44-
' Henri VI de Lancastre, fils d'Henri V roi d'Angleterre et de Catherine de France, était né à Londres, en novembre 14^1.
iH CJfVl'ITI'.E IT.LLIMINAlRE
ne s'entêtera dans son hostilité contre Charles VII, sa cour et les Arma^rnacs : elle se passionnera pour le duc Philippe de Bourgog^ne au point que chacune des visites de ce prince chevaleresque et beau parleur lui fera oublier, pour un temps, Taffreuse miscre dont elle souffre* : cependant la domination an;^daise pèsera sur Paris, le déshonorera. Taffamera. sans qu'éclate une révolte générale ^
Sans doute, nombre de bourgeois et d'artisans maudissaient en secret l'odieuse tyrannie et pensaient, comnii! Pieronne ht Bretonne, que k dame Jehanne rpii se armoit avec les Arminalx estoit bonne et ce qu'elle faisoit estoit bien fait et selon Dieu "': mais les partisans de la cause légitime étaient de timides conspirateurs: leurs complots, <lii reste, étaient vite éventés et cruellement réprimés. C'est Paris qui infligera à la Pucelle son prr^mier échec, c'(*st de Paris que s'élèveront les tumidtueux cris de haine qui réclameront son jugement et son supplice\
Kn lYiG, Charles A'II pouvait rentrer dans Tancieiincr capitale, puisqu'elle avait rouvert ses portes ; il n'y revint que l'année suivante, après en
* Voy. i>rificiiial«?nioiit Journal d un Bourgeois de Paris, p. i45iiî. — A. Loii^ion. Pu ris sous la domination anglaise, i.j 20-14 36, dans la VV///. des Mrm. dr la Soc. de l'Histoire de Paris, (Paris, 1878, iii-8"^). — KobrTl lliiart, la Ih'gence du duc de Bedford àParis, df I î'2'2 // I iî"!, riaiisirs Positions dc thi'ses de l'Ecole des Chartes. aiiniWî Hjo>, p. /\\-yy.
- Journal d'un JJourf^eois de Paris, p. 2 59.
•' /hid.y p. 2 f 1-7:1^, 266-272.
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avoir été prié par deux dépu talions successives. En vérité, sa visite fut triomphale ; les Parisiens reçurent somptueusement Théritier des anciens maîtres. Leur magnifique accueil émut Charles un instant, mais sans le convaincre de leur repentir ; car, depuis, toutes les fois que les hasards de ses voyages ou les nécessités de ses campagnes le ramenèrent à Paris, le Roi ne fît que le traverser, a comme en étranger ^ » ; toujours, la vue de la grande cité ravivait en lui le souvenir des émeutes qui l'avaient si fort épouvanté dans son enfance. D'autres raisons, moins personnelles, des considérations d'une plus haute portée, détournaient le Roi de se réinstaller dans la résidence de ses ancêtres: Paris était trop près de la Normandie encore occupée par les Anglais, trop près de la Flandre bourguignonne ; puis, une ville souvent visitée par les loups, menacée par les routiers, décimée par la famine, semblait inhabitable à une Cour qui avait pris goût à la vie paisible et facile des pays de la Loire. Enfin, et surtout, dans Tasile du Dauphin fugitif, la Monarchie avait peu à peu raffermi ses forces, réorganisé son gouvernement et son administration, groupé des sympathies, des dévouements et des alliances; elle s'y était créé un nouveau centre d'action politique et militaire d'où partaient des troupes fidèles pour réconquérir au roi légitime les provinces perdues.
* Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 36i.
'J<> GHAPITUE PRELIMINAIRE
Là, Charles VII règne, sans grand prestige encore, il est vrai, mais avec ses propres ressources : maintenant il est afiranchi de la tutelle bourguignonne qui avait pesé sur son père; et Ton peut dire que les progrès de Tunité française et de Tabsolutisme royal se sont trouvés favorisés, sinon hâtes, par l'exil et le séjour des Valois dans les pays du Centre. En effet, une politique exclusivement française a été élaborée dans ces provinces, politique dont la royauté ne se départira pas de longtemps, et c'est parmi les Angevins, les Tourangeaux et les Berrichons que Charles VII, devenu le « Roi Victorieux », choisira ses ministres, ses conseillers et ses principaux agents.
La clémence et la sérénité du climat, le charme de maintes résidences pittoresques et artistement ornées retiendront dans le Jardin de la France les successeurs de Charles VII jusqu'à François I®*" qui ramènera la Cour et le gouvernement sur les rives de la Seine.
Au xv^ siècle, l'Orléanais, la Touraine et le Berry étaient, par excellence, le pays français; au sud de ces provinces, l'Auvergne et le Languedoc, bien que favorables à la cause nationale, ne voulaient rien lui sacrifier de leurs libertés; à l'est la Bourgogne, à l'ouest la Bretagne, étaient terres féodales; au nord de la Loire, les pays du bassin parisien, si éprouvés, pourtant, par la guerre civile et l'occupation étrangère, étaient et devaient demeu-