ET « DEMANDE LE COECJR
La reine eut ses appartements. Si elle avait à recevoir des visites, on fermait \^ porte qui menait chez les religieuses. Elle descendait au parloir et ne laissait pas monter les filles qui prenaient mesure pour ses vêtements. Elle faisait ouvrir sa chambre à sept heures, se levait à huit heures et, de sept à huit heures, elle recevait les religieuses. Dans les premiers temps, son plaisir fut de faire la récréation avec la communauté : mais on craignit que cette coutume € n'intéressât Tesprit de simplicité et d'humilité dont l'institut faisait profession ». Les jours de grande fête, elle prenait son repas au réfectoire ; et une fois la petite princesse, âgée de neufik^ns, se divertit à servir les religieuses.
La mère Lhuiilier eut tout le cours de sa supériorité troublé de maintes manières. Ce furent d'abord les représailles des héritiers Bassompierre, gens si hardis que, pendant des mois, il fallut les archers du Grand Prévôt à la porte du monastère. La mère Lhuiilier « trouvait mille agréables inventions pour donner à la reine du plaisir dans la retraite » et savait rejoindre la plus polie et la plus délicate complaisance à l'observance régulière des couvents les plus retirés ». C'est une charité gracieuse, le soin de ces Visitandines pour la reine malheureuse. Elles lui donnent ce qu'elles ont : la vie tranquille. Et elles ont, quant à elles, la vie sainte; elles savent que cela ne se donne pas : elles mettent à la portée d'une reine qui est dans le monde, et qui doit y rester, leur idéal. Elles veillent aussi sur la parfaite pureté de leur idéal et veulent, en le communiquant par les côtés où il se prête, le préserver. Mais le public se trompa sur leur bonté. Les dévots affectèrent de croire
âM LA JEUNESSE DC MADAME DE LA FAYETTE
qu'une reioe et son traiji s'étaient installés à Chaiilot. « ïOependani, lorsque Dieu ^àt laissé à ia calomiiie le temps d'éprouver la vertu de nos 6œur« », Ton publia que k nouveau monastère était un afiile de sainteté.
La jgaerre civile apporta des tribulationa. Un jour^ à Chaiik>t, Ton eut peur« Le iils aine de la x-aina, Charles II, roi sans royaume, était à Paris. Il vint; il «mmena sa mère et «a «ceur au Louvre, les Visitandines au Palais Hoyal. Le lendemain, les alarmes ajant cessé, les religieuses rentrèrent à Chailiot. Mais une alerte encore les troubla : elles retournèrent à la rue Saint-Antoine et y fur^nit deux mois-et denii.:L'oa n'avait laissé à Chaillot que l'économe ^ deux converses, quifionnaiexxt comme d'habitude les 'exercices, pour ne pas se sentir si seules.
La mère Lbuillior mourut à soixante-trois an€, le 25 ïJMkTS 1655. Avant de trépasser, elle avait dit à 668 ûlles : € Je vous remets à une mère qui est mille fois capable de vous consoler. » Elle ne di.t pas de nom : les religieudes «comprir^eat l'avis qu'elle leur donnait. Le jour de Télection^ tous les Buffrages se portèr^ent sur la sœur Louise J^ngélique de La Fayette» A cette aeuvelle, la neine d'An.gieteiT'e descendit au chceux pour la complimenter : elle eut à la cons4>Ier. J>e pareilles larmes ^ont répandues en telle occurrence Cet on les retrouve dans les annales de tous les couvents : sincère humilité, sentiment d'as&umer un difliciie devoir, <enQn peur de commander a^irèfi que la coutum>ë d'obéir -esit devenue dou^e. Puis la mare dé La Fayette prenait le pouvoir en des conjoncturefi ificommodes : le temporel «de la maison donnait de l'inquiétude. £lle ^gouverniera de son mieux, & mer-
yfiilie, avecle «oia 4e cacher à la reàfiesoB embarmfi.
rUae fois qu'il n'y avait ni paia, m l'argent qn'il tziit pour 6'en procurer, la mèro de La Fayotte f ut sauvée jMtr le -cadeau que Ai M. Vincent d'une ôLisine de pistoles : et l'opportunité ressemblait à un miracle, si ce n'en était uo. Maifi il ne faut pas compter sur des miracles ; il faut se passer d'eux et ne pas les ^attendre avec ^ne indiscrète sécurité. La mère 4b La Fayette ne pouvait s'adresser ni à la reine d'Angleterre, si pauvre que ses habits n'étaient que de simple, fer-randine noire qui lui servaient jusqu'à ce qn'on dût lies rapiécer et changer de lais ; ni à la maison-^mère de la rue Saint-Antoine, qui elle-même avait assez de difticultés. Pour subvenir aux besoiitf de la communauté, elle accueillit des novices de conditioda, qui apportaient leurs dots; elle -entr^eprrt l'éducation déjeunes filles distinguées et riches.
Voilà le cou¥ent die Chaillot, un asile hors du monde, ot assez près du monde pour qu'on y r^essen^te les aventures de l'époique. L'âme de cette maison, c'est la mère de La Fayette, dont les souvenirs sont de la ooiur, don^ la vie est toute religieuse et qui ainsi r^éunit en elle le d<Mible caractère de GhailloU « Son extérieur donnait de la dévotion ; son oraison éiait fort simple et tranquille ^auprès de Dieu. » Ces mots sttnt charmants et profonds. Elle avait le souci continuel de ses sceurs ; elle les assistait dans leurs maladies : en soignant une sceur du petit -habit atteinte de la xdittgeole, elle fut satsÂe de cette nmladie et pensa mo:i2^rir. Elle s'occupa de la reine malheureuse. £lle Itti apprît la méditatîion. Elle lui partageait la jouarnée &ot;^ la prière et la besogne, selon Tévangile de la ^^ie rêveuse «et active, l'évangile de Marthe et de Marie.
Lé roi sans royaume Charles II étant à Paris, la reine et la mërd de La Fayette lui ménagèrent, k Chaillot, la rencontre et l'entretien d' c habiles gens » qui tâcheraient de le convertir. Les religieuses priaient pour la conversion du jeune prince, afln que, s'il ne recouvrait pas son royaume de la terre, il gagnàtle royaume du ciel : et, s'il régnait un jour ici-bas, ne ramènerait-il pas l'Angleterre à la foi catholique? Un si grand espoir animait de ferveur immense la communauté de Chaillot. Quant à la petite princesse, la reine l'avait rendue catholique dès le berceau ; elle pria la mère de La Fayette de la préparer à la communion, de lui donner renseignement et le zèle de la vérité catholique.
Cette pieuse pédagogie réussit peu. Henriette-Anne d'Angleterre ne fut jamais dévote. Plus tard, on a dit qu'elle était un esprit fort : c'est beaucoup dire. Elle n'opposait pas à la foi une philosophie ; elle était bien éloignée de ces pensées-là. Seulement, elle avait peu de religion, peut-être à cause que d'abord elle en eut deux. Le manuscrit des Visitandines, après avoir dit qu'elle agréa les instructions de la mère de La Fayette, dit que, « si elle les avait retenues, elle aurait donné plus de marques de piété dansi les premières années de son mariage » ; mais « la grande jeunesse, avec la liberté de la cour, l'emporta ». Le Père Cyprien consent qu'elle « paraissait aimer le couvent plus par complaisance au goût de sa mère qu'au sien, car le monde commença bientôt d'entrer dans son cœur ». Elle n'était pas impie : elle l'était si peu qu'en 1660, peu de semaines avant le rétablissement de la monarchie, elle envoyait un scapulaire au roi son frère et le priait de le porter pour l'amour
d'elle* iSptive le ttèm ^ te r^^ur, U y jivi4t de H ten^ ^nefiise (et de ia eonfidasicer, Chajrlen Uf qui e«^t fc BruseUes, écrii à fin ftcevr : ç MaadezHoaoi comm<»)i vous passez voire temps; car, ei vione m&i élé -quet^ne i0ttps4 Chaili^it, f0;r cette méehaide saifidn, wms vous y ôtes on peu beaucoup ennuTée* » U dû l'invente p9».
L'ausiérité de fat reki^e faisait à la prifieasise, dit Jkf^* de La i^ayelte, aïoe « vie enmiyeuse ». Anne d'Âu*irjfdbo i8ûi dé&ôré de iayoïr senveoià la cour. Lareioa d'Aa^terre ne le vauJait faa, mais djott céder aux ènstancas 4ù sa beUfi^ustir bm mois de février iêM» U y mit lin faal poair ie «Mcriage dm prince de Cmdu lia petite priaûesse de dix ans à peine y parnt^sooama « une gradeuse attr^re ». D&ol'x mois pèus tard^ ce fnt sadeirz «ncore : elle nout un rèle dans le ballet royal ées Nopces de Tkétw et de Pelée, œuvre de Ben-^ «erade^ ûè le jaune roi était ApoUos» parmi iee muses* La petite prîneeese deiKant 6ti\e l'une des muses, l'on «cboisst pour elle Erato la plaintive. Elle eut à dire ; « Et c'est à moi qu'on s'adresse r~ Quand on veut plaindre tout haut -t> Le sort des grandes personnes ^ Et dire tout ce qu'il faut -^ ^r la càute des couronsies. ^ Élarange couplet, <lafts im ballet de cour ; tA terrible rappel de ]a calamité peu ancienne, au fflildeu de la fête royale ! Cette petite fille, dans le divertissement où elle est menée, gentille avec sa <^ouronne de iis et ée roeee, \i hxA encore qu'elle ait à lamen^^er ia destinée tragique de sa famille. Quand elle retourne au couvent, le plaieir «'est évanoui. Pour les fêtes de la caur, la reiiae Anne lui ayant donné de très belles robes, «lie fut contente $ piuis, ies lèites passées, ^1\q donne ses robes au couvent
2â8 LA JEUNESSE DE MADAME DE LA FAYETTE
pour qu'on en fasse des ornements d'église. Et il y a, dans son présent, un symbole auquel sans doute elle a songé, le symbole de sa gaieté offerte à la solitude et consacrée à la sévérité religieuse.
En 1656, comme elle avait douze ans, sa sœur atnée la princesse d'Orange vint à Paris. Au Palais Royal, un bal fut donné par Monsieur. La princesse Henriette y assista. Elle dansa. Elle ne devinait pas qu'un jour, en ce Palais Royal, elle serait Madame auprès de qui tous les hommes sont épris, toutes les femmes sont jalouses. Elle était une petite fille dans un bel amusement et une grande princesse qui prélude à ses félicitéÎB. Or, l'étiquette voulait qu'elle dansât d'abord avec le roi. Mais le roi était un adolescent que de plus grandes filles aguichaient, M"® de laMotheet les nièces du Cardinal. Il disait qu'il n'aimait pas les petites filles ; et la princesse d'Angleterre, chétive et innocente, lui déplut de telle sorte qu'il fallut une remontrance de la reine Anne pour qu'il vint à prendre la main de sa cousine. Elle dansa c parfaitement bien > : les connaisseurs louèrent sa grâce et les attraits d'une beauté nouvelle.
La princesse d'Angleterre, à deux ans delà, est dans le recueil des Portraits sous le nom de la princesse Cléopfttre. Les cheveux, d'un. châtain clair et fort déliés ; le teint, de la blancheur « des lys d'où elle sort » ; et les yeux bleus et la bouche incarnate ; et sa « naissante gorge » est belle. Douce, elle a de l'esprit, pourrait se moquer, ne le veut pas. Elle c chante comme un ange et le clavecin n'est jamais mieux touché que par ses belles mains ». C'^st dommage que le portrait soit d'une dame de Brégis un peu dénuée de talent. M"^* de Brégis a vu les yeux de
ET « DEMANDE Ifl CCEUR... »
la princesse bleus ; l'abbé de Choisy les a vuk Comme on a laissé vite s'effacer les visages d fois, dont il fallait noter le souvenir ! -
Soudain, grande joie : le roi sans royaum recouvré son royaume. Ce fut au printemps 466v quand la princese allait avoir seize ans. Charles II était à Bruxelles. Avant de gagner l'Angleterre, il vint en France et rencontra la reine sa mère au couvent de Ghaillot. La reine donna un dîner en l'honneur du roi : plusieurs religieuses y assistaient, et la mère de La Fayette, qui établit que c Tune des trois sœurs qui communiaient chaque jour le ferait aux intentions de Sa Majesté » et qu'il y aurait, aux mêmes intentions, une communion générale tous les mois.
La petite princesse vit ainsi paraître et disparaître, un jour, le roi son frère qui redevenait le roi. Au mois de juin, Charles II fut acclamé dans Londres. La princesse lui écrivit : « De savoir que vous étiez arrivé en Angleterre et, en même temps, que vous vous étiez souvenu de moi m'a donné la plus grande joie du monde et, en vérité, je voudrais pouvoir vous bien exprimer ce que j'ai pensé là-dessus et vous verriez qu'il est vrai qu'il n'y a personne plus votre servante que moi. » La reine était à sa maison de campagne de Colombes ; elle vint à Chaillot faire chanter le Te Deum.
Après le long ennui des années vides, la princesse va sentir ses destinées se hâter. Anne d'Autriche demande sa main pour Monsieur. C'est un jeune homme de vingt ans, étonnamment différent de son frère. Petit, bien fait, joli et trop joli, grand air et pourtant l'air un peu d'une fille. M"""^ de La Fayette l'a trouvé beau, mais « d'une beauté et d'une taille plus
il^àO LA JEUIÏESSfi JIE MADAME DS LA FAYETTE
p^ coBvenaUe à uiub princesee qn'k un prince ». U pMae son temps Mi;prà6 dès-femme» ; il«6 pJait eniettrcMBpagaie. Qu'est-ce fu'U leiir deJBftnde f iH ne tes aune pas; 6t, p&urlas aûner, il esi rirop fille. Maie U tour Gut admirer aa 4>eaAUé, an^iogue à la kur, ^t aiBê parures» "A. la jnortde fiii«t<Hi d Onléaji£, le noi, Ja rejoe sa -mère «&t Moneieur ailère»t eiiez MademoiseUe, h q4ii Je r&i dit : t Vous verrez deioain maa ttèm avae «A iiiaot«au qoi iraine. il a létë ravi de la mart de Taire père, pour la plaisir de parier 'Oe maQieau..Je saia biea heureux que Fotre père ait éU .plas wiewx que moi ; ftaaa quoi mon frôre eûl 8a«.ià«i:té«naiiiorl;, afin de laattre oe manteau qui traine. » C'esi un coquat et, Ton 4traiA aans fauie, «ne coqnetie* Il av«it la passion de a'habiUar len iamme et, ipeur ce jea, jtrouvait ides camarades ieie q«e ce petit sàbé de Gbeâsy, lequel gaNa vn peu longtemps ce trarers et l'uliUsa pour défi tkadiaages de pervieraité. ^ vit Monaieur, babillé en aonaa, faire au Vai de £Mee ttne jPûirflite. U n'appréciait pas ta «c «galanterie ar4î« aaire K U (e<ut quelque aseidaité auprès de U'^'' de Tbianges; mais, dit iP^ de La Fayette, oelat < uaa aonfideace libertine plutôt qu'un eammerce dei^lan'^ tarie >. Égioiisie, et « idai&tre de lui-même », et Iri^ irela plus que personne, toujorns en ièie; an jan^ perdant comme un prince et gagitt.nt comcoie «a bCMurgaoJâ; dissipateur et bstuencx^ manquaai d'argant, dannasit des bals et des dlisiea» plas rithes qae aenx du roi; le iprand maitro du eéréuiiondal ei de i'fétiqvetta; an raffiné, iout plein de vioes; etxtdi- ^cnta, avec une él4gaaee à lui. Les Paariaiena, dans ea jeufuasiae, la prétCéraoent .au rai. C'est qu'il était M&Or- M Biem foère du 3*ai^ Las Pariaiens, après la fronde.