ET (C DEMANDE LE COEUR
gardaient Thabitude frondeuse : en qualité de frère du roi, Monsieur leur donnait de l'espérance. Une espé« rance qu'il déçut, n'étant pas frondeur. Et ce n'est pas l'amitié qu'il avait pour son frère qui l'empècha de taquiner l'autorité royale, mais l'amitié qu'il avait pour une agréable in^iolence. Il n'était pas dangereux, rétait si peu qu'on ne balança point de le rendre beaufrère du roi de la Grande-Bretagne, où l'on eût senti de l'inconvénient s'il avait eu l'esprit porté aux a£faires.
A vingt ans, ces défauts avaient leur grâce, plus attrayante à cause de la rudesse de beaucoup de seigneurs et princes du sang. Subtiles et un peu malsaines, les élégances de Monsieur parurent exquises. Enfin, sa mollesse ne le détournait pas d'être brave. Primi Visconti l'a vu à la guerre, paré de rubans ; toujours sans chapeau, crainte d'écraser sa perruque; perché sur de hauts talons, afin de racheter sa petite taille : c Monsieur faisait toilette et s'habillait en campagne comme s'il devait aller au bal. Il allait, tout fardé et indolent, au feu et aux en droits les plus périlleux, tout comme s'il allait voir M"' de Grancey. Il a une bravoure si naturelle qu'il semble ignorer ce que c'est que la mort. » Peut-être aperçut-il de bonne heure cette alternative : ou nuire ou être inutile. Et, s'il choisît d'être inutile, du moins voulut-il être charmant.
Singulier personnage en tout cas, et non l'époux raisonnablement destiné à la princesse de seize ans qui a grandi dans la mélancolie et la solitude à l'ombre de sa mère en deuil. Seulement, cette petitelà, c'est une âme à surprises et qu'on n'a pas devinée en l'imaginant pareille à sa fortune. Qui donc estelle, un peu exactement ?
282 LA JEUKESSE B£ UAjOAUS D£ LA FAYETTE
M""* à^ La Fayetie <lît qae les terribles lohiBgemenis de la jBOAlsoa d'Angleterre avaient été en quelque «chese favorables -k la prineesee. La r-eine fia mère « B'Ap{»iiqua tout entière au boib de »oa éduoatk>A -et, le maïbâur de ses affaires la faisant >platât ▼ivre ea persoave priyée «qu'en reine, cette Jeuœ priBcesae prit «tou&es les lujaaières, toute ia xûviliié et toute rhamanité des conditions .ordinaires ». Les mois d^embJiônt d'une époque plus r-écente.; et l'on dirait que la pensée devance pluâ d'un siècle. On aper^it de la < philosoj^ie » ; il y en a an peu : il n'oa faut pas voir beaucoup. Madame saura qu^e sa naissanoe royale la distingue ; mais elle aura le goût de n'être pas coofkbée dans fion privilège et, jiar ailleurs, de vivre comme une autre fèmaio. Cotte bumaaité que M'"*' de La Fay<ette signale, 'C'edt ooku Et les conséquenoes sont de quelque liberté.
Quant à «oette liberté, oe sera uno liberté de plaisir. En effet, et voici la particularité de Madame : jù les calamités de «a famille, ni la tristesse de son jeune àga, ni lacontpainte oùelle a vécu, n'eut modifié sa velléité naturelle et, pour aànsi dire, ïkme de soiu àme ; elle est une créature de plaisir <6t d'amusetment. 11 y a en elle un élan de futilité que d'autres pensoQues, légères et anodines, ont également : œ sont les folles de la vie. Elle, princesse d'Anglot^^drie et puis Madame, une Manon lui demanderait -avis pour le divertissement de ses journées.
La reiLne s'était promis de voir son lils dea^nu roi. Elle ot la princesse partirent à l'auiomne. Et, la pràn- 008669 la voici, à Londres, iin soir que le roi lui mène le comte de Soissons : c Nous la brouvàmes en cornette avec une indienne de mille couleux». Jouant
ET € DEMANDE LE CmUH... » i33
à rhombre avec Mgr le duc d'Yôrki»t M'"*laprJLfU)es«e d' Orange y; elldiétaH t aussi beUe .que Aoa |>etit ange gardien Y. Peadaat sg^a ei^oar à LondroK, voici ta première aventure, dès la .teiaps d« «es fianeaiUee^ Buckingham s'est épris d'elle et « Ton peut dire <qa'il en perdit la raisoa »« M'^^ de la l^ayette i^eoaie la folie de fty^kingham, s^s jaloufiies «et, ua peu iplue Iar4, riadulgen^e qu6 la r«iue Anae lui accorde «efii sauvenir d'iun auitrie Buckingham, pÀpe de eelui-*ci et qm l'a aimée. Le voya^ de retour failUt tourAer BkaJ,^ par te vent qui tourmenta le vaisseau, et par la Qèvxe éruptive dont Ja princesse fat atteinte* € Dès que nous fûmes ay^ortiefi, écriit ia VisitaadÂae, aous a4tàin>es nous ^os-temer devant ie «aint sacupeineat et notre Mièr« Louise-^Àogéiliqure ^i vœu que, s'il plaisait à IMueu de reiirer 5a Majesté du péril, nous ferions plusieurs dévotions tous les samedis en l'honneur de la sainte Vierge >. Il y aura toujours de la prière aiit^uf de Madame.
iQûafid la reine et la priiieesse d'Angleterre funent àPontoifie, •elles vôrent priver le roi, la reine et Mon- £Beur. !Le Père Cyprien raconie l'entrevue avec ma^ complaisante émotion, A ia vue de sa iianoée, Mcm* staur <r eru^ èim mi paradis J« M'"* de La Fay^ette a^âsi .nerte les aBapresBemedEUts de ]){<msieur. Smilement, elle n'est dupe ni des apparences, sii de lafiiaoéritë futile du fiancé : Monsieur « continua jusqu'à son mariage à luineadre mille devoirs auxquels il ne manquait que de i'amQtur ». Que veut-eile diire? Elle a une idée de l'amour à laquelle ne reissemible pas ia curiosité sentimeoitale qu'elle devine en MonsieiM** Elle ajxmie : <« Le mixt^te d'^enflamm^sr le oeajur de ce prince n'était réstorvé à aucune Ëeaism-o du oBonnide. »
L'étrange petite phrase, où est dite la vérité à demi mot! La vérité est d'une sorte qu'il plait à M°^® de La Fayette de ne point s'y arrêter ; mais la vilenie du charmant Monsieur, sans qu'on insiste davantage, est indiquée.
Dès avant le mariage, la princesse d'Angleterre sut qn'elie aurait un mari jaloux et ne se promit pas de ménager la jalousie de ce mari. Déjà tourne autour d'elle le plus séduisant jeune Jiomme de la cour, Guiche, Tami le plus intime de Monsieur. Ce n'est pas seulement le mariage qui se prépare, mais le mauvais ménage. Le fiancé le devine, et la fiancée. L'on va néanmoins au mariage, qui est une chose résolue et qui«Mt la destinée en chemin : la destinée va son chemin, sans écouter ce qui se dit, sans regarder ce qui se fait, sans ralentir ou presser sa marche sûre.
Le mariage fut célébré le 31 mars 1661, dans la^ chapelle du Palais<-Royal, < en carême, sans cérémonie ». Ce ne fut ni l'intimité ni la magnificence ; ce fut officiel sans le divertissement qui rachète, par l'étourderie, l'ennui du cérémoniaL Ni l'esprit n'est amusé, ni le cœur attentif. Une pensée pourtant se révéla, vigilante et amicale : compagnes des jours malheureux, les Visitandiaes avaient voulu que l'autel fût paré de l'ouvrage de leurs mains, fleurs en coUe de poisson, peintes de toutes les couleurs et mêlées de feuillage d'or et d'argent.
Quelques jours après son mariage, dit M"' de La Fayette, Madame vint loger aux Tuileries chez Mansieur. Pourquoi ce délai? Lisons le Père Cyprien r « Quelques jours après le mariage contracté. Monsieur voulut avoir sa femme dans ses appartements.