‹ La jeunesse de Madame de La FayetteChapitre 14 sur 24 · ET « DEMANDE LE COBUR · texte numérisé non relu

ET « DEMANDE LE COBUR

La chose était juste et selon Dieu, mais accompagnée de difûcultés et d'ennuis... » Les ennuis et difiicultés, dit le bonhoinme, provenaient de la tendresse qui unissait la mère et la fille et les empêchait de se séparer volontiers. Le Père Gyprien ne dit jamais tout. Mais il note qu'au départ il y eut des larmes. Comme nous savons que, pour très attachée qu'elle fût à sa mère, la princesse s'ennuyait fort, soit à Colombes pu à Chaillot, nous devinons que ces larmes des premiers jours ont une autre signification : les. commencements de ce ménage sont tristes et mêlés d'impressions fâcheuses. Mais la petite Madame, si frêle, est un être d'une étonnante vitalité ; le bonheur qu'elle sent qui lui échappe, elle le remplacera par le plaisir et, faute d'être bien heureuse, elle se divertira.

Elle est charmante. La voici, telle que l'a peinte l'abbé de Choisy. Elle avait les yeux « vifs et pleins du feu contagieux que les hommes ne sauraient fixement regarder sans en sentir l'effet. Ses yeux paraissaient eux-mêmes atteints du désir de plaire à ceux qui les regardaient. Jamais princesse ne fut si touchante, ni n'eut autant qu'elle l'air de vouloir bien que l'on fût charmé du plaisir de la voir... > L'auteur anonyme d'un petit livre intitulé Histoire galante de M. le comte de Guiche et de Madame dit : < Elle a un certain air languissant ; et, quand elle parle à quelqu'un, comme elle est toute aimable, on dirait qu'elle demande le cœur... > Ces mots sont jolis et bien trouvés ; ils peignent une âme et son aspect vivant, son geste. Une séduction, séduite aussi! Un manège, mais avec tant de sincérité. C'est une coquetterie ; et, plutôt, c'est toute une sensibilité.

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il' n'ai pfiFBosae qui, en ce teiB{>&, dH pairU de MadEanie et n*xk poiat noté son art et eon geût de flaire. JÊ^ de La^Fa^elte écrit: c C^étaii prîacipaiei^ ment ce qufeiia arait au sou-veralu degrés q«e le àem. de ploiire ; c» qi^eui appella les grâces et les chmmes^ &t9àX répaftda ea tofuCe sa personne^ dane ses actions et dans son ei^rk:, et jamais prinoesBe n'a été m êgatlâment capable àe se faire mmer des femmes et ado*rer des h;di!iii»e«. y Molière, qui loi dédie ^Écx>lis des femmetj loue en cette priiscesse qualités sur qualités-, qui la font admirer de quiconque Ta ^rae r c eii^osefli avezy du côté de l'âme quî^ si Ton ose ainsi parler,, vous font aimer de tous ceux qui ont llionneur c^approcherda toub. » La Fontaine, qui a oéléLiré &ladanie et n'y a réussi qu'un peu, note pourtant qu'elle areçu « des Grâces le don de plaire :». Racine, dans sa pré*-. lace de Bérénice^ a défini sapoéséeen écrivant r « La principal e^ règle est de plaire^et de touelier... Leplai^ sir de pkeurer et d'èire attendri. ,. Cette: tristesse raajestueusequi faittoutle plaisir de la tragédie... ^El, d^bos la dédicace £An(lromaque: : « La cour vous regarée comme l'arbitre de toutcequi se &.it d'agréable. Et nous qui travaillons pour pl^tire au public, nous n'avons plus que faire de demander aux savants si noofs travaiKons selon les règles. La régie souveraine est de plaire k Votre Altesse Royale, x» Andromaqua avait été assez vivement censurée. MaisEaeiue l'avait lue à la princesse^ qui avait répandu c quelques^ larmea k Et R;acina.se console de la dureté de cous qui ne se laissentpas toucher : c Je leur permets de condanHaer AnctroToaque tant qu'ils voiudront, pourvu qu'il me soit permis d'appeler de toutes les su^btilités de l;'es{»ît au cœur de Votre Altesse Royale*.»^ »> Il demande le

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cœur!.,. Mardame est, (fans ITiistoiredfeceteHrpr, une figuirea^ez racimefine; et pïiis encore qtre a'est cor- Béfienne Mademoiselle a^ec font le romanesque* db son^ bérorsme. Madame paraîH à la cour au déclin die Corneille qui a donné tout sont génî% au*^ décliïr dfe Mademoiselle^ qui n"est pas* Tieille, mais snrannée.

« I! ny avaft rien â la cour qtf on pût lui comparer >y dit M""* de La Fayette. EHe était menue, dfe forme i^mparfttite, assez maigre pour que d'abord le roi n'eût pas àontede rappeler c !ès os des saints Innocents > : propos dont il se repentît. Hélène de Sparte, avec tant de beauté, n'a pas éveifïé pins d'amour que Madame avec fan! de grè«e. Que d'arentlires autour d'elle^ et (jui auraient eu de périlleuses conséquences, si eflc n'avait su gouverner l'intrigue! Son prestige est la nouveauté exquise de ce qu'elle inventait, Ves délices de plaire. Te pîus fin plaisir, et dangweux. Elle inventait le temps cPe Racine.

L'année qu'elle devint Madame, Jean Racine avait à peine un peu phis de vingt et un ans. ti était à deux ou trois ans d'écrire La Thébaide^ où sa grâtcc n'efsrt- point encore; et, dans Alexandre môme, il n'y a point sa grâce. Mais eHe est à merveille dans Anrfrtrmaqne. El il raconte que Madame a <{ daigné prendre soin d'e la conduite de sa tragédie », qu'elle a « prêté quelqnes-unes de ses lumières' pour y ajouter denoiïveaur ornements ». IF est impossibte de savoir ce que furent les conseils de Madame; il est impossible aussi de ne pas voir que la senisiBitîté qui se révèle dans cette tragédie, aussi neuve et soudaine en son genre que Favait été, un quart de si^Fe pFu» tôt, fe Cîtf, Jfedaoïela préparait et y préparait la cour. Certt^ poésie qui veut plaire et demandé le^cœur est sons

la dépendance de Madame. Si l'on en doute, il y a, de cinq ans plus ancienne qxx'Andromaquey une petite œuvre tout & fait racinienne déjà et qui est née auprès de Madame, sous son influence, VHùtoire de la princesse de Montpensier, par M"* de La Fayette.

Après la mort de Madame, le marquis de La Fare écrit : c Ce n'a été, depuis sa mort, que jeu, confusion et impolitesse. » Elle avait inventé une politesse du cœur et de Tesprit. Une princesse qui a'de unes aventures de cœur, et qui les tourne à une sorte d'imprudence racinienne, s'amuse. £n outre, elle a un rôle; et c'est trop dire qu'elle civilise son temps : elle lui enseigne du moins une exquise^délicatesse du sentiment. Elle s'en aperçoit un peu. Quand elle prie son amie M""* de La Fayette d'écrire son histoire, c'est un jeu ; ce n'est pas un jeu seulement : et il lui plaît de laisser le souvenir de son personnage.

Cette ravissante Madame, et si aventureuse, fut pour M"^^ de La Fayette son milieu à la cour.

Au commencement de ïHisioire de Madame Heti" riettey il y a le tableau de la cour à cette époque où se décide le sort de la monarchie et de la France. Mazarin meurt trois semaines avant le mariage de la princesse d'Angleterre et de Monsieur. Il menait tout le royaume; le roi le laissait gouverner. Mazarin disparait : le roi est là, prêt à gouverner. Il a écrit, dans ses mémoires : c Je n^j^ sentis ^mme élever l'esprit et le courage ; je me trouvai tout autre. Il me sembla alors que j'étais roi et né pour l'être. » M"^* de La Fayette a bien vu cela et Ta montré. Le roi se mit à la besogne; il apprit son métier de roi tout en faisant son métier de roi. Il fut laborieux et, dans le royaume, on sut que le roi travaillait. Or, un peu enfermé dans

8ft Normandie, eidaas son étode «sKdue, et dans^ sa gogoenaréeria, Hoet ne s'en dovta gBère» Ménage ]*« tai aanenee. Le eommenlafeor d'OrigèDe répond : € yo«9 me doDoez de la joie en ns'apppenant qoe^ te roi éladie. S'il pouvait prendre quelque goât aar )êtlre«, Il y aurait esp^ance qne la barbarie^qui noniB^ menaee soit retardée, àa mcAïts de qmekquec attnéesv Mais oeia est plellit à ééeîarer qa'à eapérer. » Trods semaiBfsplaB tard : « ILa^Douvelle que tous m'apprenez du pregrè» que fait le roi meréjonit, A ee que je voûs^, il e9t déjà eoogrU) et pourrait aller ea quatrième^ et ateo le temp» être empereur» » IL Hiaiet badine ; et,^ s^^il enteffd qpsie le roi ne sera janmie lecteor de so& Origène^ ri devine bien : mais il a tert de me pas sentir w qu'a d-e beaa la voloftié laboviense du; jeune roi^ U DdMs étoffBe aaMÎ par cette crainte de la barbarie : Tofi sortait k peine de hi Fronde, époque où no fut honorée ni la tittërature ni aucune étudiFi poétique ou savante* Dans s&a églogoe de Ciaristiney Ménage décrit le royaume de France iahabitable aux poètes et aux lettré». Pendant la jeunesse de Louis XÏV, la cour était ignorante ; elle donnait 1% ton : la m^gligenee qu'elle avait poor la littérature se répandait jusqu'en des milieux oà Fou n'a pas besoin dfun tel exemple pour esitimer peu Ies< eboses de l'esprit* La petite Ifeidftme, on ne sait pas olr elle a pris le goût de là littfralure. EMe Ta et, à la cour, sera la patronne des écrrvains. Bile sera rencouragement tte l'esprit, danS' on na^onde où florissait la majestueuse ignorance.

Devenue Madame, délivrée de ses contraintes, elle s'épanouit, et avec une promptitude si belle que la cou^ en fut émerveillée. Aussitôt le roi fut amoin^eux d'elle; et elle ne songea point à le hafr. 11 était beau,

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grand, fort, et le roi. Il avait quelque chose de naturel et de presque un peu farouche qui amusait la princesse tant raffinée. S'il lui manquait les grâces de Monsieur, les grâces de Monsieur n'allaient pas sans inconvénients. Plus tard, quand Madame est au plus fort de' son intrigue avec le comte de Guiche, elle ne résiste pas à trouver le marquis de Vardes très aimable; et M*"* de La Fayette note bien joliment qu'elle a pour lui « une inclination plus naturelle que celle qu'elle avait pour Guiche ». Ce Guiche, c'est du bavardage; et, s'il demande le cœur, c'est tout ce qu'il demande. Madame ne lui accorderai t^as davantage; mais enfin sa modicité amoureuse déconcerte la passion» Vardes, lui, est un homme. Et le roi est un homme, au prix de Monsieur. Ces petites raffinées, quelquefois un peu de rudesse les tente, c Enfin, comme ils étaient tous deux infiniment aimables et tous deux nés avec des dispositions galantes, qu'ils se voyaient tous les jours et qu'ils se voyaient au milieu des plaisirs et des divertissements, il parut aux yeux de tout le monde qu'ils avaient l'un pour l'autre cet agrément qui précède d'ordinaire les violentes passions. » La reine -mère mit le holà. Ils « commencèrent à ouvrir les yeux et à faire peut-être des réflexions qu'ils n'avaient point encore faites. Le dénouement n'est pas celui de Bérénice. Le roi et Madame résolurent, non pas de ne s'aimer plus : c'est impos>ible, ou c'est trop facile ; mais de faire cesser le bruit que l'on menait de leur amour. Le roi serait l'amoureux d'une autre. Le roi s'éprit de La Vallière tout de bon, si bien qu'il négligeait Madame. Ainsi, le jeu a tourné mal. Le roi n'a pas joué à merveille, ou a triché : « Madame vit avec quelque chagrin que le

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