‹ La jeunesse de Madame de La FayetteChapitre 2 sur 24 · SON DEVANTEA0 DESSUS SA TÈTE · texte numérisé non relu

SON DEVANTEA0 DESSUS SA TÈTE

Retz. Et, à cette époque, le duc de Retz était à Belle- Isle, où il faisait la débauche avec divers seigneurs et des lettrés tels que Saiat-Amant. Les deux cousins durent, en Bretagne, réunir quelquefois leurs gaietés et le mathématicien Le Paiileur au poète des Goinfres. D'ailleurs, le poète des Goinfresesi un galant homme, de la meilleure compagnie, grand poète et qui a les plus fines délicatesses de la pensée ; quant à M. Le Paiileur, il sufQt que M. Pascal le père lui attribue de la vertu. Ces débauchés, ce sont des épicuriens. Mais Tépicuréisme n'est pas une doctrine méprisable^ ni une pratique aisée : Arlstippe de Cyrène a ses disciples dans la crapule, en général ; Épîcure a les siens parmi les bonnes tètes qui savent administrer leurs plaisirs. Et Ton n'administre pas ses plaisirs beaucoup plus facilement que ses devoirs. M. Le Paiileur est à sa manière un sceptique et, si Ton veut, un libertin : mais avec tant de précautions ! Plus il était jaloux de son indépendance, et plus il avait soin de la rendre digne de son amour. 11 Tornait de sentiments scrupuleux et exquis. Tout jeune, sans fortune, fils d'un simple lieutenant à Télection de Meulan, on le mit aux Finances, petit commis de J'épargne. Il connut qu'autour de lui l'on grivelait sur les pensions : il ne put souffrir ces « pillauderies »; et il s'en alla. Il vécut désormais ua peu au hasard, avec dignité. Quand il était auprès du comte de Saint-Brisse, il veillait à ne pas coûter cher et payait, par son agrément, les bontés qu'on avait pour lui. L'un de ses talents était la musique : il l'avait apprise c comme une partie des mathématiques », et il la cultivait, ainsi que les mathématiques, en guise de divertissement. Il chantait ; et son

8 lA JE(7Ve«SE DE MAJMUE hE hk Fk'ïZTtE

répertoire était si iteadu qu'ua Siojr de carnaval ii donoA quatre-yingt-rhuit cbaasong. U cUnsait aussi* Et il c0rBjK)sait des ballets. Et ii écrivait ^ sesAjaak des billets joliment riméfi^ où il fiiettait un peu «die pbilosupJiie, «v^ec beaucoup de badinage. U était si gai que le messager de R<ennes à Paris le vouldât pour rien, tant il tenait les Autres voyageurs en b/dsisiie humeur, patience et amiénité disitraUe. XJne aimajbie femme un peu toquée, veuve de trois vieux maris «t (craignant de s'ennuyer dans la solitude où finale* meni Tavait laJs&ée le maxécbai de Tbémines, :SiiA rattacher À sa personne, en qualité de seor^étaire (m intendant, «n quantité mal définie «t préei^huse d'ami, 4e compagnon. Il ne la xjuitta plus et n'eut d'autre zèle .qu'à J.a présor^'ier des périls du désœuvreaneat.

Voilà 3i. Le Pailleur. J'.ai cru qu'il fallait tracer de lui cette petite image, parce qu'il est le seuil «de son temps qui lUoas ait laissé quelques mots relaUls à la petite Aile qui sera M'"" de La Fayette.

En i>637, quaiBidifarie-JMadeleitie a trois aois, M. Le Pailleur, « estant à la campa^e av^ec M"»® la maréchale de Thémines », écrit à If . die La Vergne son ami eA^em vers pimpants, lui fait part de tout île bien qu'il antand dire de cette jk petite Ménie », ei ^^ntille,

Surtout -quand elle fait le loup, &OB devanteau dessus sa tête.

:Ët c'est tout. Uais, le plus <soifve<it, on n'a rieri, sar les primes an&iées des ^personfies qui sont deveiraes eiélèbres. Les itémoias, parce qu'ils ne 4evinent pas, «ont imattentifs. Ils n'ont TÏ&a tu e^ ne éisentrieii. Le devaateau, cm tablier, quB cette petifbe -enfont

fC S0K DETAUTEilT DESBSXB fia lÙIR.^' » 9

caHièn^idessttfl sa tète, «fin de jouer à Caire île ioup, c'est (tout oe ^ift^st ^taîssë de «ouveoîr les puériles eiiôées de iMarie-Mad^leine de la Yergae. £t il ne £aut IMiint obusen* d'une si frMe î&dicaction, ia mener loin^ eradlure dedàtque œtte Ménie donnait déjà la comé- ^e, erséaii Vidions et personnages, préludait à son Jtatent J'jaî icîté iL 'Le PaiU^ur avec un peu de coin«pàaisance, parce qu'il mous <u)nduira dans le milieu osa M^ fde ia Vecgne eut sim enfance.

ËÙc iëtait née 4 P^ris et fut baptisée dans la papcÂsse âaint^ulpice he ::dix^huttièœe jour du moi;; de mars 1634. 'Sur l'acte de ^eu ibapbème, elle est diiej«Élaràe*-'Màgd6leine,'Qlte deMarcPioohe, écuyer, siBur ée La ¥ergne,.et de damoiselle 'Elisabeth Peoa, SB, femme 9. <Ëlie a pour parrain < messîre Uri>ain 'de Maillé, jnarqufts de Brézé, ohevoilier des ordres du roi, eonseiller en son conseil, maréobal de France », et pour marraine € dame'Marie^Hagdeleitiede'Vignerot, dame de Combalet >.

iCSelte dame de Comimlet, ^et qui sera'duefaessed'Ai- ^jûlkon, c'est laiiîèoe de Richelieu. Elle a trente an6 alors. 'Qiiand elle avait quinze ans et qu'elle était M^ile Pontoonrlay, un joli garçon ée-dûx<*sept.ans-7 Hippoljite de Bétbune, comte de Selles, neveu de JBraUy et gentMhomme de la chambre de Gaston d^Or^iéaos,.s''épfit poitr ^ledfune passton si ardente que mÔBire un vo^ge en Italie ne l'en puft distraire. M**de;Pontcoiirlay répondit. àcetamxMir, et l'on vint aux .ifiaBçailles. Puis tes intrÊgues de la 'COur amenèrent une querelle fiameuse ^entre le cardinal de Itichelîeu^ le duc detLuynes-. Ce dernier, pour Ua&ocimmodemont, of&it une alliance de fasniHe : son n^rau, le laarquis Ae Gambalet, •épouserait la nièce

du cardinal. M"* de Pontcourlay dut renoncer à son choix. Elle épousa M. de Combalet, sur la fin de novembre, en 1640. M. de Combalet, comment Teûtelle aimé? Car il était mal bâti et le teint couperosé. Comment ne i'eût-elle point hai? Car il n'était pas M. de Béthune. Mais la volonté du cardinal ne tolérait pas^rindécision. M. de Combalet, tout laid qu'il fût, ne manqua ni de grâce ni d'habileté : il sut, par un déférant amour et discret, forcer la patience et Testime de la jeune femme à qui on Tavait infligé. II eut, en outre, Tart ou le hasard de n'être pas importun. Comme il était colonel du régiment de Normandie, six mois après son mariage, il suivit le cardinal à la guerre, et la seconde année de son mariage n'était point achevée qu'il fut tué, U 3 septembre 16^2, au siège de Montpellier. La petite veuve so retira aux Carmélites. Mais Richelieu la fit retourner au monde et vivre à la cour. Alors se présenta de nouveau M. de Béthune, qui l'aimait encore et la priait de l'épouser. Mais elle ne rêvait qu'aux tranquillités de la vie religieuse ; et l'on ne sait pas ce que pesa, dans sa résolution d'éconduire M. de Béthune, le souvenir de M. de Combalet : on est tenté de voir un peu cette aventuré analogue à celle de M'"" de Clèves qui éconduit, dans le roman, M. de Nemours, après la mort de M. de Clèves. Pour garder à la cour M"' de Combalet, la reine et le ministre eurent à lutter et durent même invoquer Tautorité de la cour romaine.

Ensuite, M*"^ de Combalet subit les péripéties de Richelieu, fut chassée de la cour et y revint. Il semble qu'elle ait eu longtemps de l'aversion pour les fêtes et les honneurs et qu'elle en ait enfin pris son parti et pris le pli, jusqu'à devenir assez

^(H Sm DEV^NTfAU iDfiSSUC .SA TÊTE... > 11

r^muaBie ^ei intrjfgante. Les booiëjs du jcardinal lui £Er;eat d'al>ard £a«ilidieu6es:et,.à la l.c»),gue, précieuses. U K^arut 4e8 liheJiles où -elle est présenkée comoie Tmoe dds nnàitr^sses d/e> sea xxxicle. .Mais il &e iaut CP0k*e ilefiJlibeUes^gue dans la mesure où U'estprudeot de œitiger r^eBth^usiasiKUB des panégyxigues.

.Le ^parrain de W^^ de La Yer^ae fut «un .grand per- SQBBage^ beau-rfrère de Richelieu, qui Je combla de faveurs. tM&is le .maréchal de &réié .caimerYait, malgûé la ^natitttde, ie s<Mici de .sa &erté. il .se JbrauiUa pLttfiiard av^ec le ^tdut-fmissaut sodaiitre et lui r^en- Vt^yaiCe qiuU tenait -de Jui, dji moios jûc qui^pauvait ètne aÂivsi i*:eDvoyé, oomme les pitQvisioos du gouvernftmentide'GaJais ^quaûLau^ordcmMeuet à.la qua- Ulé ide <maréC(haJ àe FsaAce, c'éUH À lui. La iielle .«&anB»o qu'il habitait daDsla,pfovinoe<d'AnJDn, dont il élait.^Qiis^verAeRiu:, portait en ^ej3er,giie ceg .mots : NvUi uÏM voeaii. C'efit%ttae^e«ise à lar£ois.peu^ccQeil- JaflKte et .amicale, fiQcrati(|iLe, .mais a^vec de ia .hauteur.

Ainsi, par «a marraine tôt sâu parrain, la petite de la ¥ûrgBe se drofire, en quelque façon, liée A la «QftisftD de Hichelie^, liée ^u podivoir. .Nous ^rrojis jo» f^\t}àe de^i^iendra let icemment elle profUerra «de ces .gnuidBuffis toUélahteB, iou l^ieaies ^écar^era : ^es «desd^ées'se ^préparemi., «t J^n dirait .q«H!il loe fui j>as ^question ^d'elle:; ce sont |)^ôuiitant -ses .futures iniliaii«es xpae 'dtéterfxÛAent de iloin les hasards.

-KaBS le :mèta%e {tennps et trucnnée mèoie Qu':âU« a (trais /ans <eft lait le loup, il y «a, mais & /Paris et à la leouT, '«ne jfeune sue de dtiic-4ieuf .a&s Àpeine ettqni «Admre de singuliers tnaisas. £Ue s'f^p^dîa W^^ de.iA f*ayetie. BUe :a été éleivée qfuo* une imère pie«fie ^t boBua. A quatorze fSBs, "vei^s f4;6ââ, «Ue esi xle^yeaue

fille d'honneur de la reine. Et puis, peu à peu, non par un élan soudain, mais avec une lenteur pénétrante, elle a séduit le cœur, l'imagination, la confiance du mélancolique, rêveur et inquiet Louis XIII, sans le vouloir et sans aucuns habileté que de parfaite innocence. Le Roi aima son amitié, Taima timidement et lui accorda une sorte de ferveur jalouse et dangereuse. Il renonça pour elle au sentiment que lui avait inspiré M^^"" de Haute fort, très pure aussi, mais plus hardie. Et M^^° de Hautefort était l)Ionde, M^^* de La Fayette était brune. Le Roi causait longuement avec elle, à condition qu'ils ne fussent pas seuls, car il était pusillanime et scrupuleux, sévère h lui-même. A ce moment, le cardinal avait de la difficulté à se maintenir : les partis de la cour lui multipliaient les tourments. V. arriva que M"* de La Fayette fut réclamée par les ennemis du cardinal. Trois de ses parents, deux oncles, dont l'un évèque de Limoges et aumônier de la Reine, et une tante, M"*" de Sennecé, tâchaient de l'endoctriner. Il est malaisé de dire jusqu'où elle entra dans un complot qui, d'ailleurs, paraît assez vague. Mais elle adopta sans doute, ainsi qu'une partie de la cour, l'idée que lo cardinal était mauvais au Roi et à la Reine, mauvais à la France et mauvais k la religion. La pensée de sauver la France et la religion, de délivrer la Reine et le Roi, dut l'effleurer, dut la tenter. Surtout, elle obéissait à un sentiment de tendresse où elle était sAre de ne mêler aucune ambition. Le cardinal essaya de la gagner à sa cause et n'y réussit pas : alors, il décida de la perdre; et il était le plus fort. M"' de La Fayette s'aperçut un jour qu'elle avait de terribles ennemis et des amis plus redoutables. Elle eut peur.

wmiszÂ.^

Page 1