‹ La jeunesse de Madame de La FayetteChapitre 3 sur 24 · H SON DEYANTEAU DESSUS SA TÊTE · texte numérisé non relu

H SON DEYANTEAU DESSUS SA TÊTE

Et bientôt elle eut peur du Roi^ qui tout à coup s'émut d'un entrain tel qu'en ont par crises les timides. Il la pressa de céder à cette impulsion de son amour : il l'installerait à Versailles, loin de tout le monde ; elle serait l'amie du Roi et, car il délirait, ne serait-elle pas la maîtresse du Roi?... Elle fut nonne au courent de Sainte-Marie. Elle quitta pour jamais la cour, le siècle et oublia toutes choses dans le soin de l'éternité.

M^^® de La Fayette, qui prend à la Visitation le nom de sœur Louise-Angélique, ne connaît pas la petite fille au devanteau. Dans quelque vingt ans, cette petite ôlle sera sa belle-sœur et portera le nom de La Fayette. L'aventure qui mena au couvent l'amie de Louis XIII aura de l'influence, plus tard, sur l'âme qui est enfantine encore. Les hasards font leur jeu séparément. Et, dans sa série, chacun d'eux suit une logique de réalité. Aucun d'eux n'est un hasard. C'est leur rencontre qui, étant imprévue, compose le mystère d'une destinée. Une petite enfant qui vient de naître et qui, frivole, attend et qui ne sait ce qu'elle attend et ne sait même pas qu'elle attend, ressemble à cette jeune guerrière de Virgile, Camille allègre et menacée. Elle ne devine pas; et elle ne pourrait deviner : il y a, entre la sûreté des hasards et sa naïveté, le contraste pathétique et dur qui est le caractère étrange et vain de toute vie humaine.

Approchons-nous de Marie-Madeleine de La Vergne, mais sans hâte, et connaissons d'abord ses parents.

Son père, Marc Pioche, écuyer, sieur de La Vergne, n'est pas illustre ; et, sans elle, on ne parlerait pas de lui. C'était un gentilhomme, de petite noblesse.

U LÀ JE0IVBSSE DE JiADAM£ OC JA FAïSTTE

et qui eM fait dans Tai^mée «ae carnère dm :pftB SQOcteBta, i^i Jia jCatiFeiir des lELichûtitxi ne li'arvaût dire des ansploififitubakemoBifit, éa 9raii« de capitadoe^uu négimend (ie PioariUe, aâoaejré à cpialqves ^àaimeyaoBu. Mais il était, dans :1e . métÈer dee lafiaes^ unie s^nde do savant £t .un :leltné. Il ^t rchioisi coiSiine igâiiireffaeair un (jaaoe duc de FstCMD^ac, Jeasi-Aci»and de Mailbé^ Ëxézé^ Bis du manéehaJiet frère de Glaire-ClémBiiee de Maillé, qui épousa le grand Goud'é. Le ^euoDueidQG faottf ra «a 4646 à Ja fastaûiilie d'ûnbitelle^ tmé d'mne Fûlée deflsanoQ et â^é de Yxog-t-fle^)! ans. <Lés d)émoi-gnages ecptitiinaiBifnesàiui aûsordieritioutes Jes veriiifi. ÔD.a dit quil était (l Vi^xaneui Ae Is. FiTwce et de la ûfKur ». II. aurait qnincie aii^, loiM^^fu^ Uairie-iiliad&Ieiae de La Yecgne dDeaqnnit.

M. de iLa Vengi3£jéÉait<v6uf et, d^iin panemier inm'iaga, a^Tait trois ifillee, — daus enitrèneat ^n couvent ; — puis il épauusa, am xnûis de février 16B3, Elisabeth «ou Is&beU^, — isabeUe proiiabiierment; i&ais .on 4ui donne r>un ou Tautre de .€es no«aiBdians les actes^ — iUle de François Peoa, médecin du roi. C'est ia mère ds3 Maxie-iMaibefleine. Elle appartenait à une famMlie fnroveojçale guia.(vait, dii-sn, ^« unar^é^u parlement d'iiix )). iDeua de «^ laocrcètrofi laéidtïfiait d^ètce faiBniionixée : .l'un diu ^it'* «iècle^ .Hugues de Pena, qmi 4&erv£t le r.oi 'GharJÊS de Jla|d€£ et à ;apuâ la rmn^s fiéabrÎEûe donna ite buurier de poètie ; Tauibre )fut, jani XYi** siècle, un fameux mathématicien, Jean Be»a. De Tihou parle de Iid dans bsoa hiâtcdire. ii eidtivâ l'Optâq-iibe et Tasti^nosmeu II aaiPi^re La B»inée?dit Haams pour saon 4élè¥e iOa Juîen pour âo«i «nattre : fK>ur:8on 'élève, si Ufous en eroyons ite Thau; maïs, OûmmB il i'fjppelle une iois prtteceptor mgue, il est

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possible que les rôles soient tout au contraire. Jean Pena mit au jour plusieurs ouvrages (rEuclide, les traduisit en latin, les commenta et, dans la préface des Caloptnqueiy € il dit plusieurs choses du miroir cylindrique, qui sont presque incroyables et qui donnent de i'étonnement, comme si les effets n'en étaient pas naturels >. Le cardinal de Lorraine flt créer pour lui, au collège royal de France, une chaire de mathématiques. Mais, à trente ans, il mourut. Son arrièrepetite-QlIe, Isabelle Pena, je ne crois pas que les mathématiques Talent tourmentée. Elle eut d'autres attraits : la beauté, semble-t>il, et aussi la gaieté. Elle ne démentit pas le sang provençal ; et sa vie a de l'entrain. N'oublions pas ses vertus. Le Pailleur l'appelle c une belle et bonne dame ». Il ajoute : c oiseau rare en cette saison > ! Ce n'est pas là signe de pessimisme; c'est pour la rime seulement et parce qu'il vantera M*" de La Vergne de c bien garder la maison ». Femme d'intérieur ; et qui reçoit et, comme dit le même Le Pailleur, « entretient bien la compagnie ». C'est une femme distinguée, assurément, et que M'^^ de Combalet ne dédaignera pas d'avoir dans son entourage habituel. Mais aussi nous la verrons faire, à l'occasion, de ces petites choses où quelque vulgarité d'âme se révèle : et c'est le coût de son entrain.

A peine au sortir de l'enfance, le marquis de Brézé reçut le titre de grand amiral. M. de La Vergne était alors son gouverneur. Et il avait pour précepteur un personnage un peu bizarre, éminent, de compétence variée, qui s'est lancé plus tard dans une aventure absurde et à laquelle il doit cependant la seule célébrité qui lui reste : Hédelin, abbé d'Aubignac,

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oekii-là >q«i ^^arka de prouver que r7/tai3?' ofétait q'^'un ooéchant poème et qiu'il ne fallait pas s'fsn éteimer, flemère n'spînt frobit exifilé. QtiftanfddIiOTiiMiJait oe paradoxe, il ne «oai^eait qu'au rpkiisir d^on jeu littéraire et au di^vertifisemenide plusieurs iletlrés qu'il 'a^embiait en sa nEai&um le premier jour -de ciiaque mois 'et qn'dl appelait -son académie. £eulement, lies philologues d'oatre-Bftiiu, Walf «td'autces, prérent au sérlstix sa plaisamterie, au bout d'an -siè^B et^eusuite : ils (donnèrent die la rigueur à sa démoirs- Iratian badine, la changèrent en jdootnine ifit llabbé d'Aubignac -se itrouva 4e «précnrseur, plus ou moins franchement peconnu, de toute ame école -et de tou^e unelfolie. D abosti avoeat/piuisientré dans liétateocléeiastique, il fut un orateur sacré, fut l'auteur de tpagiédtes, de pomans, de tcaités érudits, narquois^ pi^lémiques, fut un homme :d'adiraires ;tnrès adroit, fut lïe qu'il avait envie d'être : et »es gdâts, .d'iun jour à l^autFe,'t@umaieFQt au Vient de sa fantaisie. .Son élère ayant été nommé jgrand ^amiral, l-abbé d'Aubigoac étufdie et prompteonent connaît <( les ailCsbireB de jiaFer, les armées jnavales, la fabri^que des -vaisseaux, laclô*ture et r^uveuturedes porte to -y. il «se mêle de « aaég-o- €Îatioiis importantes » et na'efit pas unântruB dafnsle ^ cabinet des mimstresi)!. Fau^r-il l'en croire? Un homme qui dit de soi tant de bien ne proMW que-sa BineériHé. Sans -doute ie petit gr»nd -amiral .avait-il J)e60in diautses collaboratenrB, moins ^agités, tplus compétents : M, de La ¥ergne le «ervit splus précisé- -ffl^nt, ^avec beaucoup dersimplicité. Jl passa jdesjpMes -delà guerre aux états xie la flotte ; et sion titreiut capitaine de la Diartne. Mais il ne parait pas avoir navigué^ Sen^activité est plutèt cëiie d'un cEffkûer du génie«

Jfo'llS36, le6 Impériaux, ^anwc PkeoloBami 6t Jean de Weert, iiyadat pris Corlûe «t forcé iepa^a&ge de :1a Somme, e«vahîreat la Picardie. La cavalerie espagnole sot ées baotlefi de Croaies «et idie Hongrois pilièrejit, incend^^eusrt, empliroert de l^»s criiaiHée le {mys ^nttre la Somœe edJ'Oiêe. A iParis, il y e»! quel- 411166 jours «i'épouA^ante. S^udaio, l'ota s'aperçut q;ue Par^ était mal furoiâgé. ht peuple se {^oba; voirie il accusa ie cardinal : si Paris ittaoïçuait de défense, eh ! hïesLj c'esl q^e le jsardt&al ja'avait «OiOgé «qu'à ae irâtir Sicai palaeis!*.. Et ^pourt«M les iiB^Ms étaient iovrdsL,. <kn mit en dioute ia ^fidëlitë du comte de fioifisons, cJ^f de r.areabée qui couvrait Paris. T:eHe lut cetbe ^alarme qu'jJ y eut à ocaiivdre des émeutes. Mais Ricfaeli en montra .rikojnme qu'i*! -était. Son car«> irt^sse ie iinena ps'ès :de Tfidtel de Ville. Seul, lans siuUe escorte, il Itovecsa la fotrle iNemuaBibe et, par aaûenté bnave, \m imposa. E& peu 'de teiaps^ il tnaaslorma ropkiiiion du. populaire. Un î^and élan paiiCio- AiqifêBuceéda «as tJ^iimbleis et aa:x ^sou^pçons. ;Les teorpsde métieats affirmèrent laur déYO^ueBateat au .roi, «onjtf ibuèrent à la dâpensfe de guerre... £t l'on reprit <IorJ>ie^ l'&ù repoi^sfia Tinvasion.

Mais QûnfïXQGy après le danger, Ton se ^ouviejÉt gmooir^ nn pmi d'avoir été Coirt impriadenft, on fi'avlM Ae tnettne en état de résiister les .anvlronfi de PanHIs. A» msis de n&v«m'bre, le marquis de Bnézé, qui av^it .éij-aept ans^ treçuit mieisJi&n de lotrtiâeir PoutttHse. U j achemina un .Té^m;enL La viUe dut .pourvu à la Mbsistaoce des .èajumes id'^rmes et les o<»UaQt)e;ttcs ^iBrlaHles recueillir ;à cette îQn troismille lirres tooritoiB. Les ffcaroisaes tétaient pa^uYXBS:: déjà plasd^aars passages «de li?ou;pes ies ayaâenit éprouvées. Il y eut

des chicanes, des plaintes ; il y eut de la politique. Néanmoins, les travaux se firent : c'est M. de La Vergne qui les dirigea. M. Le Pailleur lui écrit : c Un soldat me dit l'autre jour -— que Pontoise était ton séjour. — Il me raconta des merveilles — de tes fortifications ^ -— il me nomma des bastions, — des forts, des pièces détachées, — des retranchements, des tranchées, — dos angles fianqués et flanquants, — des demi-lunes et des pans, — des contrescarpes, des courtines, — des parapets, des contremines, — des banquettes, des corridors, — et des dedans et des dehors, — et mille autres termes semblables — que je prenais pour noms de diables... » Il tient à honneur de s'embrouiller dans tout cela ; mais il célèbre la vigilante ardeur de son ami, créateur d'une forteresse si puissante « qu'un Alexandre — en dix ans ne la sauroit prendre ]». Cependant, le marquis de Brézé, par sa douceur et son joli air, conquiert et les notables et la multitude. Chacun travaille selon ses aptitudes les meilleures. Hédelin se rappelle qu'il est abbé : il prêche contre les vices de la chair et de la bonne chère avec une si persuasive éloquence « qu'on ne voit plus dedans les rues — que des vendeuses de morues, » M. de La Vergne avait amené sa famille, sa femme et la petite Ménie, et aussi son beau-frère, Gabriel Pena, seigneur de Saint-Pons, un garçon qui prenait la vie doucement, chassait et, autour de la chasse, trouvait des occasions de rurale galanterie. Voilà un peu les alentours de cette petite fille, quand elle a deux et trois ans : la France envahie, des périls, un grand zèle à s'en délivrer, l'activité des uns, la nonchalance des autres, les honnêtes velléités de l'ordre dans le désordre coutumier.

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